Un guerrier hors pair
Le chahid Ahmed Maouche dit Ahmed N’Abdallah

Par La Rédaction
Publié le 18 mai 2017
Fils de Abdellah et de Chidouche Daouia, né le 12 juillet 1903 au douar Azru n’Bechar à Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, il a fréquenté l’école de Oued Amizour, jusqu’au cours moyen, où il a quitté l’école pour aider son frère paysan, Hocine. N’arrivant pas à gagner sa vie face à l’enclavement imposé par le colon, il décide de partir en France. A son retour, il loue un local au centre d’Amizour, où il gérera un commerce, qui le fera connaître et apprécier de la population, par sa générosité, sa bonté, son savoir-faire et son engagement anticolonial. Ce sont les premiers pas d’un grand commissaire politique, qui a sacrifié sa jeunesse pour la lutte contre le colonisateur français et son amour pour son pays. En 1936, il présentera une liste aux élections municipales, mais devant la fraude des harkis, il est battu par la liste de ces derniers : Amis de la France. En 1941, il est arrêté et interné au pénitencier de Mecheria pendant 18 mois, période qu’il mit à profit pour nouer des contacts avec d’autres militants nationalistes d’autres contrées politiques, il sera libéré juste après l’arrivée des alliés en 1943. En 1944, élu représentant du Syndicat général des travailleurs, il organise un défilé à l’occasion de la fête du 1er Mai, avec des slogans et des revendications politiques : « Libérez Messali » « A bas le colonialisme ».
Le village d’Aït Oumaouche
Une stèle érigée à la mémoire des 17 martyrs d’Aït Oumaouche

« Ma mère a enfanté un héros »

Saisissant l’occasion du débarquement des Américains durant la Seconde Guerre mondiale à Béjaïa, il achète en cachette et au noir, quelques armes de ses propres fonds auprès des troupes américaines. Le 8 mai 1945 fut l’occasion et l’espoir solide que la guerre de libération va être déclenchée et il prit l’initiative de « monter » au maquis accompagné de trois de ses amis : Driès Salah, Zareb Abdelkader et Ben Aïssa Allaoua. Déçus, ils rejoignirent leurs foyers, mais dénoncés, ils furent arrêtés et transférés à Sétif, deux de ses amis seront libérés, tandis que lui et Ben Aïssa seront jugés et condamnés à trois mois d’emprisonnement par la Cour de cassation de Paris. Après ces événements, le PPA sera dissous, il se présentera aux élections municipales, cette fois-ci, sous le sigle du MTLD. Présent lors des dépouillements, et constatant le bourrage des urnes, il déclarera : « J’ai perdu la compétition, mais je serais toujours là. » En 1947, il mène une liste pour les élections législatives, les autorités coloniales intimident la population pour l’empêcher de voter pour lui, mais en dépit de cette manœuvre machiavélique, il aura les faveurs de siens, encore une fois on aura recours à la fraude. Le pressentant comme un danger, toute une série de procès est enclenchée contre lui : rapports administratifs de la gendarmerie, du garde-champêtre et faux témoignages. Des jugements seront rendus à El Kseur par des peines d’emprisonnement et amendes. En pleine audience, il tiendra ces propos héroïques. « C’est aujourd’hui que je me rends compte que ma mère a enfanté un héros, si vous voulez me tuer, tuez-moi. » Après plusieurs recours, il sera acquitté par la Cour de cassation de Paris. Son combat ne s’arrête pas pour autant et il continue à militer dans les rangs du PPA-MTLD. En 1948, bravant tous les interdits, il accueille une réunion secrète du bureau politique du PPA-MTLD, dans sa ferme à Tahemmamt

Tahemmamt le sanctuaire des révolutionnaires

 Certains assistèrent à cette réunion : Messali Hadj, M’hamed Yazid, Mohamed Khider, Mezerna Ahmed, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, Chadli El Mekki, Boukadoum et bien d’autres (une cinquantaine). Il participe ensuite au plan préparatoire de la Révolution et met en place la première organisation militaire de la région avant de rallier leurs différentes katiba. Au déclenchement de la guerre de Libération en 1954, lors d’une réunion secrète à Smaoun dans la wilaya de Bejaia, il sera arrêté et écroué en compagnie d’Amghar Mohand Tahar, et de Benmouhoub Mohand Tayeb. Ils seront relâchés fin 1955, mais il ne renoncera pas au combat. Il sera interpellé encore une fois et arrêté, mais sera acquitté faute de preuves en janvier 1956, ce sera sa dernière arrestation. Entre-temps, la bataille d’Amacin, qui a eu lieu l’année où si Arezki l’Aurès tomba au champ d’honneur, et où il sera humilié par le colon. Attaché sur le capot d’un camion militaire, il sera exhibé devant le local commercial de notre héros, voulant lui faire comprendre qu’il sera la prochaine victime. Ses deux frères seront assassinés et tous ses biens incendiés. En apprenant la nouvelle après son retour au village, il décidera de rester définitivement au maquis. Lors d’un accrochage dans la région de Timezrit, il sera blessé et secouru par ses camarades. En dépit, de tous ces maux et blessures, Si Ahmed, toujours intrépide, continuera sa lutte dans les maquis de la région d’Aït Ourtilane et se battra jusqu’à son dernier souffle.

« Mon combat est à l’intérieur »

Ahmed Maouche refuse de rejoindre Tunis sur proposition du FLN et préfère lutter à l’intérieur en disant : « Mon combat est à l’intérieur. » Affecté dans la région d’Aït Ourtilane il exerce en qualité de commissaire politique. En juillet 1956, il rendra l’âme les armes à la main sous les tirs des avions bombardiers coloniaux et sera enterré au soleil levant d’Aït Ouartilane. Après l’Indépendance en 1962, ce sera la première dépouille exhumée, rapatriée et enterrée dans son village natal, Aït Oumaouche – un village se situant à 4 km du chef-lieu de la daïra d’Amizour.
Pour avoir plus d’informations sur l’itinéraire de ce grand martyr, nous avons recueilli quelques témoignages au niveau de son village natal, en l’occurrence, Aït Oumaouche, mais également à Aït Ourtilane, la région où il était tombé au champ d’honneur. « Il a été le premier responsable (commissaire politique) désigné par le front de libération nationale sur la région d’Aït Ourtilane, en compagnie de si El Bachir n Tala n Tinzar et de son secrétaire à savoir Idir Agagoua. Ils s’abritent à Fighou (Tala n Tsefsaft). Oumachiche Cherif, Medjani Layachi (chahid) et Ziata H’mimi, plus tard officiers s’occupent de leur approvisionnement. Ils chargent deux enfants, Medjani Rabia et Aksas Boualem pour leur ramener à manger », se souvient avec émotion le moudjahid Benghouba Abderrahmane. Et d’ajouter : « Suite à l’opération Dufour menée par l’ennemi sur l’étendue de la région depuis la bataille du pont de Bousselam, situé à la limite frontalière entre Aït Ourtilane et Aït Maouche, le 29 mai 1956, il est tombé au champ d’honneur en mois de juillet 1956 à Iskarene à Aït Ourtilane. Il y avait avec lui Saïd Redjdal qui a été blessé, son secrétaire a pu s’échapper. Il rejoint le village Igheldane situé à quelques mètres du lieu des événements. Sa dépouille a été récupérée par l’ennemi pour l’enterrer à Aït Ourtilane centre. Là où il avait tenu son discours de remerciement pour les élections qu’il avait gagnées il y a quelques années contre un membre de la famille Benabid. Il est très connu et très estimé dans la région d’Aït Ourtilane, avant même le déclenchement de la guerre de libération. Après sa mort, en juillet 1956, plusieurs problèmes ont été surgis dans les rangs des moudjahidine dans la région d’Aït Ourtilane, telle l’affaire des neufs citoyens exécutés par l’ALN au village Akrouy n Ouakli. Ils sont réhabilités par le commandant si H’mimi en 1985, car s’il était (Si Ahmed Ndlr) encore vivant, ce genre d’incident ne serait jamais arrivé, car rien ne sert d’éveiller la vengeance » affirme-t-il.

Le bien-aimé de la région d’Aït Ourtilane

Le sergent politique, Mohamed Mezheri rappelle qu’avant de rejoindre Aït Ourtilane en juin 1956, le martyr Ahmed Maouche, était dans la région de Boufanzer (Djaafra), pour préparer avec les responsables du FLN/ALN de la Wilaya III la réunion des cadres prévue pour le 30 juillet 1956. « Il a donc chargé deux moudjahidine à savoir Bella Foudil et Mezheri Mohamed pour acheminer le courrier, onze lettres, qu’ils devaient remettre aux responsables des moussebiline de la région d’Aït Ourtilane et prendre contact avec Bella Lekhder, l’un des responsables du village, Ighil Oufella, afin de récupérer deux fusils de chasse en panne auprès de Siboussi Mouloud dit El Mouloud Oumansour (chahid). Ainsi il leur avait promis avec un troisième moudjahid d’origine d’El Kseur de les envoyer en Tunis. Malheureusement, à mi-chemin, plus exactement au lieu-dit Takkerart situé pas loin d’Assif n Hmain, les deux moudjahidines tombent dans une embuscade. Gravement blessés, ils sont secourus par Ali Oulhadj (bandit d’honneur). Ils reçoivent les premiers soins puis sont évacués à Adrar Oumaza, vu l’avancement des soldats ennemis vers le village. Si Foudil est pris en charge par le moudjahid si M’hand Sâid Meâalou à Tâalba. Mohamed a perdu un de ses doigts. Il est rentré à son village Ighil Ouffela, quelques semaines après. Le chahid Bella Foudil, est tombé au champ d’honneur le 5 janvier 1961 à Tiouel dans la commune d’Aït Maouche, avec cinq autres martyrs dont deux ont été prisonniers », a tenu à témoigner le moudjahid Mezheri Mohamed.

Yahia Maouchi

Avec le témoignage de :
Mezheri Mostapha
Maouche Arezki
Le Moudjahed Mezheri Mohamed et Benghouba Abderrahmane
Les citoyens d’Ait Oumaouche,
et ceux d’Aït Ourtilane.

DOSSIER

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MEMOIRE

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