Le redoutable fidaï d’Aïn Beïda
Le chahid Boudjemaâ Ilihem

Par La Rédaction
Publié le 18 mai 2017
Son nom suffisait à lui seul à faire trembler l’ennemi. Fidaï, il est l’auteur de plusieurs actions armées dans la ville d’Ain Beida. Au maquis qu’il a rejoint pour échapper à l’étau qui commençait à se resserrer autour de lui, il n’en a pas moins continué à semer la peur dans le camp des soldats français. Boudjemaâ Ilihem, de son vrai nom Ilihem Laïd, a rejoint l’ALN dès le déclenchement de la lutte armée. Il a vu le jour le 14 octobre 1918 à Oued Nini, un petit bourg situé entre Ain Beida et Khenchela.
Révolutionnaires de Aïn Beïda
Lahcène Marir en compagnie de sa mère
Chahid Boujemaâ Ilihem

Fils de Soltane Ben Ali et Fatima Bouteraâ Bent Tahar, il a fréquenté l’école coranique et, dès son âge, appris les rudiments de l’agriculture aux côtés de son père, paysan de son état. Ils travaillaient la terre pour subvenir aux besoins familiaux. Aucune autre ressource de revenu sauf ce qu’ils cultivent en été qu’ils consomment le long de l’année. Son appartenance tribale aux Haraktas a fait qu’il fut l’un des premiers à être contacté par Lahcène Marir, lui aussi issu de la même tribu,  mandaté par le commandement des Aurès pour étendre la révolution à toutes les localités de la région. Dès les premiers contacts, Boudjemaâ Ilihem n’a pas hésité à rejoindre les rangs de l’ALN. Il y est enrôlé comme fidaï, au début de l’année 1955. Combattant urbain, il est redouté par l’ennemi, non aguerri à cette nouvelle forme de guérilla. Boudjemaâ Ilihem n’est pas le seul à avoir répondu à l’appel de la patrie. Ils sont nombreux à s’être ralliés à la cause en cette période où l’élargissement des rangs de l’ALN était non seulement sélectif mais également soumis à des conditions draconiennes, comme par exemple la  périlleuse mise à l’épreuve des candidats au maquis avant qu’ils soient officiellement recrutés. Entre autres, Lakhdar Fadhli dit Lakhdar El-Merouani, Chergui Med Salah, Benzaoui Babay et Keffis Rachid faisaient également partie de la première fournée des fidayine de la ville d’Ain Beida. Bien évidemment, l’organisation de cette ville et ses alentours est dévolue aux Nememchas novembristes, les premiers responsables de la révolution auxquels revient l’insigne honneur d’avoir chapeauté cette rude mission. Une fois cette dernière accomplie, ils ont tous rejoint leur région d’origine passant ainsi le témoin aux combattants haraktas. Boudjemaâ Ilihem évolue alors sous la coupe de Brahim Delfi, le premier chef de cette région. Une fois le maquis mis en place et les rangs de l’ALN consolidés par les nouvelles recrues, il fallait coûte que coûte étendre la guerre aux centres urbains. Ain M’lila, Oum El Bouaghi, Ain Beida et Meskiane sont la cible d’actions armées, notamment à la grenade. Des opérations de ce genre sont sporadiquement menées pour semer la peur, la zizanie et le trouble dans les rangs ennemis. La première attaque armée, en 1955, est l’œuvre de ce même Boudjemaâ Ilihem qui a lancé une grenade contre le bar-restaurant Leboube, aujourd’hui café des Moudjahidine situé à la rue Abbas-Laghrour. Ce lieu fréquenté par les colons et les militaires français a subi d’énormes dégâts et mis l’ennemi sur la défensive bien qu’il ait mené des opérations de répression atroces sur les civils innocents. Le bal des actions armées urbaines est ainsi ouvert et d’autres fidayine entrent en scène, à l’image de Benzaoui Babay, auteur d’un attentat à la grenade contre la ferme Bourahli.  Durant la même année, Mohamed-Salah Chergui et Lakhdar El-Merouani incendient l’usine Guig et quelques mois plus tard, Boudjemaâ Ilihem tire des salves sur le siège de la gendarmerie, situé au centre-ville. Au mois d’avril de la même année, le policier Potard est abattu par le fidaï, Rachid Keffis à proximité du cinéma Alphonse (Le Phare). Comme toute riposte, l’ennemi se venge sur les civils. Mohamed Zaïdi, Méziani Abderrahmane, son oncle Ahmed, et Messai Maâtallah sont alors froidement exécutés dans une corvée de bois des plus inhumaines. Cette série d’opérations continuera à faire trembler l’ennemi. En 1957, Hafsi Mabrouk dit Tchamba, cordonnier de son état et joueur de l’équipe musulmane USM Ain Beida, prend pour cible l’horloger Morio qu’il attaque à la grenade. En 1958, un policier est abattu ainsi que deux indicateurs dans un attentat commis par Lakhdar El-Merouani. D’autres actions armées sont rondement menées par les fidayine qui, à travers leur courage et leur bravoure, ont réussi à faire douter l’ennemi. Le cloisonnement étanche a grandement contribué au succès de toutes les opérations mais peu à peu, et au fil des mois, celui-ci est graduellement percé suite à des délations. Ainsi, Boudjemaâ Ilihem a pu être identifié par les services français. Contraint de prendre le maquis, en 1957, il est immédiatement nommé chef de groupe. A cette époque, le découpage effectué à l’issue du congrès de la Soummam, a érigé la ville d’Ain Beida et ses environs en secteur 3 de la Wilaya I, dirigé à cette époque par Houam Layachi. Il a mené plusieurs batailles et accrochages durant lesquels l’ennemi a essuyé de lourdes défaites. Durant l’année 1957, Boudjemaâ Ilihem s’est montré héroïque dans ses confrontations avec l’ennemi. Il allait même être promu à un rang élevé, n’eût été ce fatidique mois de février 1958 où son parcours de combattant a pris fin dans une rude bataille. Cette dernière a eu lieu, en plein hiver, au douar Tarf des Oueld Beglel, au lieu-dit Sebkha, à l’est d’Oum El Bouaghi, quand une trentaine de moudjahidine, agissant sous ses ordres sont victimes d’une délation. Entre autres, et en plus de Boudjemaâ Ilihem, se trouvaient Khalfaoui Lazhar, Amiar Yahia, Grimet Brahim, Hadjeb Ramdane, Hafsi Mabrouk, alias Tchamba, Sellam, Maouche et une vingtaine d’autres combattants. Encerclés alors qu’ils se reposaient chez un certain Belkheir, ils ripostèrent aux assauts d’un ennemi, soutenu par l’artillerie lourde et les avions bombardiers. Une dure bataille opposa alors ces valeureux guerriers à toute une armée de soldats français dépêchés sur les lieux. Elle dura un peu de cinq heures et pas moins de 19 moudjahidine, dont le chef Boudjemaâ Ilihem, sont tombés au champ d’honneur alors que leurs compagnons restés vivants ont pu sortir indemnes de l’un des plus grands accrochages du secteur 3 de la zone 4 des Aurès-Nememchas. Ce baroudeur dont le nom est encore sur toutes les lèvres des habitants de la région a tenu la dragée haute à l’ennemi en tant que fidaï ou encore en tant que maquisard.   

Zoubir Khelaifia       

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