Le génie d’un dirigeant de la Révolution
Si Salah Boubenider Alias Sawt Al Arab, le dernier colonel ALN de la Wilaya II

Par La Rédaction
Publié le 18 mai 2017
« Le sens de la dignité personnelle de l’homme et son exigence de reconnaissance ont été présentés jusqu’ici comme la source des vertus nobles telles que le courage, la générosité et l’amour du pays comme le siège de la résistance à la tyrannie, et comme l’une des raisons du choix de la démocratie ». Francis Fukuyama (La fin de l’histoire et le dernier homme)
Salah Boubnider dit Sawt El Arab et Brahim Chaïbout
Salah Boubnider dit Sawt El Arab et Brahim Chaïbout

Comment écrire l’histoire de notre Révolution, établir les faits et narrer un récit national sans pouvoir réveiller les souvenirs de notre mémoire collective où se sont déroulés des événements qui ont façonné le devenir de l’Algérie indépendante ? En fait chaque Révolution a sa propre histoire indissociable de son contexte. Il y a des enjeux qui la légitiment ou la discréditent. Si Abdellah Bentobbal à l’occasion du séminaire de la Wilaya II organisé dans l’enceinte de l’auditorium de l’Université des frères Mentouri en 1985 précise que « nous avons fait une Révolution et non une guerre ».
Donc chaque Révolution a sa propre singularité. Nommer une révolution c’est prendre partie et lui imposer un sens. L’enjeu est donc politique et idéologique. La Révolution se construit par les acteurs en fonction de leurs motivations. Elle est une rupture avec l’ordre colonial établi, une mutation socio-politique. Elle est de nature paysanne du fait que plus de 80% habitait la campagne.

Si Salah Boubenider un authentique révolutionnaire

Nous revoilà ensemble Zoheïr fils de Si Salah Boubenider et moi-même en train de revisiter un passé récent de plus d’un demi-siècle, pour rappeler à partir d’informations recueillies et présenter le portrait d’un militant, d’un révolutionnaire qui a marqué par ses qualités d’homme d’action, l’histoire d’un combat anticolonial multiforme dans le Nord Constantinois. Enfant il a fait l’objet d’une humiliation de la part du directeur d’école, racontait sa maman. Avant de rejoindre l’école, sa maman lui remettait une galette écrémée de beurre qu’il mangeait. C’est alors qu’il fut interdit de mettre dans son cartable un tel aliment. C’était une première atteinte à un élève qui se voit déjà conscient des pratiques anti-arabes.
 Depuis, une sorte d’aiguisement de sa conscience allait réveiller en lui l’idée de quitter l’école indigène. Il va s’imprégner en allant fréquenter l’école coranique dont le maître n’était autre que Si Abdelhamid Mehri jusqu’à un âge où il pouvait aller travailler dans le commerce en s’achetant un camion pour faire les souks hebdomadaires. C’est dans cette ambiance qu’il commence à s’intéresser à la politique.
Les premiers pas au PPA/MTLD de Si Salah Boubenider se sont faits grâce à Si Mohamed Keddid ami de Didouche Mourad qui l’accompagnait pendant son séjour dans le Nord Constantinois. Ce qui lui a permis d’adhérer de par, son dynamisme à ce grand parti du peuple algérien et du Mouvement pour le triomphe des libertés et de la démocratie.
Nous constaterons chez l’homme s’élever des désaccords, des controverses dans les plus humbles manifestations, point de départ des divergences entre les hommes. Si Salah avait un sens de jugement moral et de justesse qui l’ont façonné durant tout son parcours militant. Si Salah Boubenider est né en 1929 à Oued Zenati dans la wilaya de Guelma et décédé à l’âge de 76 ans un 27 mai 2005.
Fils de Boubenider Brahim et de Hezili Fatma, Salah Boubenider fait partie déjà des groupes scouts dès l’enfance. Il prendra conscience après les massacres du 8 Mai 1945 de l’action révolutionnaire et sera de l’Organisation Spéciale qui préparera le déclenchement du 1er Novembre après la réunion des 22.

Zighoud/boubenider vaincre ou mourir en martyr

Il rejoint le PPA/MTLD dans l’une des branches de l’OS dirigée par Slimane Barkat, un évadé de la prison d’Annaba. Il fut arrêté lors du démantèlement de l’OS en 1050 à Tébessa et sera condamné à 18 mois de prison. C’est durant son incarcération en prison qu’il se lia d’amitié avec Si Ahmed (Zighoud Youcef).
A sa sortie de prison en 1952, il reprend ses activités et formera dès 1955 son groupe à Oued Zenati composé notamment de Si Abdelmadjid Kahlras, Rabah Belloucif alias Rabah Al Oumma, Mahdjoub Laïfa…pour rejoindre en février de la même année le groupe de Zighoud Youcef qui venait d’assurer la relève de Si Mourad Didouche tombé au champ d’honneur. Si Salah Boubenider sera chargé par Si Ahmed Zighoud du secteur de Constantine-Aïn Abid- Oued Zenati. Il montrera ses capacités d’organisation en tant que meneur d’hommes et un fin stratège.

Salah sawt al arab en premieres lignes du combat

Ce n’est pas par hasard qu’il prit le pseudonyme de « Sawt al Arab » du fait qu’il a le sens de l’éloquence révolutionnaire qui encourage ses élément à aller affronter l’ennemi en se mettant lui-même en première ligne du combat libérateur.
Lorsque le Nidham dirigé par Aouati Mostefa et Ali Zaâmouche à Constantine fut disloqué, il se charge de réorganiser la ville de Constantine en s’appuyant pour cela sur Si Messaoud Boudjériou dit Al Kasentini. Si Salah Sawt Al Arab à l’issue du congrès de la Soummam, devint chef de zone puis membre du commandement de la Wilaya II (Nord-Constantinois) lors du départ de Si Abdellah Bentobbal pour la Tunisie (première réunion du CCE en Tunisie), lequel avait auparavant succédé à Zighoud Youcef tombé au champ d’honneur à son retour de la Soummam.

Le génie de Si Salah Boubenider face au plan Challe

C’est en sa qualité de responsable militaire qu’il assuma alors pleinement la charge de chef de la Wilaya II en remplacement d’Ali Kafi qui venait de partir aussi pour la Tunisie en janvier 1959 pour le conclave des dix colonels. Pour Si Salah Sawt Al Arab il assumera la plus longue et la plus lourde responsabilité d’un chef de Wilaya dans l’histoire de la résistance intérieure de l’Algérie en guerre.
Il faut dire que jusqu’au début de 1959 hormis les avions d’observation de l’ennemi (mouchara) et les avions de chasse T6, la situation du maquis semblait être en position d’attente. Six mois après, ce sont les opérations ravageuses et terrifiantes de Challe du nom du général qui les dirige avec l’aide du général Crépin qui ont encerclé tous les refuges du maquis où campent les moudjahidines. Dans le Nord Constantinois, ces opérations ont pris le nom de « Pierres précieuses ».

L’échec du plan de Constantine face à la révolution

Pour rappel avec l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir en 1958, un plan de guerre fut élaboré. Il portera le nom de Plan de Constantine, mais c’est surtout les moyens colossaux mis pour venir à bout de la Révolution en doublant les barrages électrifiés sur les deux frontières nord appelées « Lignes Challe et Morice » construites pour arrêter tout acheminement des armes pour les maquisards de Tunisie et du Maroc. L’objectif étant aussi de couper tout contact des populations avec l’ALN et toutes formes de relations pour saper la résistance du peuple.

Boubenider/Boudjeriou, Constantine citadelle du Fida

Pour faire face au plan Challe, Si Salah Boubenider sera aidé par deux de ces adjoints que sont Si Hocine Rouibah et Si Tahar Bouderbala alias Tahar Annabi. A l’issue d’une réunion tenue à Ouled Askar réunissant les chefs de zones, des dispositions furent prises notamment l’approvisionnement en armes et matériel de guerre.
Désormais, les comités de douars composés de cinq membres se voient confier la lourde charge d’assurer à la fois les liaisons et la logistique des groupes et des sections de combat.
 Des caches sont spécialement aménagées afin de sauvegarder les archives et autres objets. Constantine fut érigée en zone autonome (zone V) sous la responsabilité de Si Messaoud Boudjeriou et se voit renforcer en cadres à l’intérieur même de la ville devenant « la citadelle du Fida ».

De Gaulle, la faillite militaro-financière et politique

Il faut rappeler que durant cette période plus de 50 000 soldats français ont encerclé et ratissé tout le massif de Collo. Le plan Challe dans le Nord Constantinois s’éternisa jusqu’au 19 mars 1962. Cette présence était une saignée pour le budget français poussant le général de Gaulle à aller à la table des négociations surtout après les manifestations du 11 décembre 1960 qui pesèrent sur l’opinion internationale pour la revendication du peuple algérien à l’autodétermination.
 L’intérieur éprouvait d’énormes difficultés pour traverser ses barrages électrifiés au prix de centaines de vies humaines ; même les mulets qui transportaient armements et provisions périront au travers des fils survoltés électrifiés. Des Ouled Aïdoun dans la région d’El Milia, Si Salah Sawt Al Arab gérait et dirigeait les offensives contre les troupes du général Challe et du colonel Roger Trinquier chargé d’appliquer le plan Challe dans le Nord Constantinois sous le nom de « Pierres précieuses ». Ce dernier qui succéda au colonel Marey fut abattu lors d’une embuscade par nos vaillants moudjahidines.

Foi et bravoure contre opération « Pierres précieuses »

Durant cette période, raconte un moudjahid Omar Chidekh dans son livre (Le Royaume des fellagas), « il y a eu le bombardement des Béni Sbih au mois de février 1958 et Béni Aïcha le mois de mai de la même année avec deux cents bombardiers dans le cadre du plan Sauvignac ». A la mort de Hocine Rouibah, responsable politique de la Wilaya II, un homme éclairé et instruit, Si Salah Boubenider est resté seul à sillonner le territoire de la wilaya et à désigner de nouveaux responsables des moudjahidines tombés au champ d’honneur.
Si Salah Boubenider est parmi les rares à promouvoir et à booster les jeunes cadres intellectuels à prendre des responsabilités dont un bon nombre d’entre eux périrent en plein combat comme Saïd Bentobbal, Bachir Lakehal, Mohamed Boubazine, Bachir Bennacer, Amar Rouag, Kahal Abdellaziz, Fadhila Saâdane, Mériem Bouatoura, Kouicem Abdelhak etc. Ceux qui ont survécu, certains parmi eux, occupèrent de hautes fonctions au lendemain de l’indépendance.

Salah Sawt al Arab et gestion intelligente de la crise d’été

Pour parler du programme de Tripoli qui a fait émerger au grand jour les divergences tant doctrinales que de leaderships, il y a eu amalgame, comme le précise Mohamed Harbi « d’éléments de conceptions différentes dont le programme reflète une vision nationaliste et populiste qui sacralise et idéalise le peuple et en même temps déifie l’Etat ».
Ainsi l’histoire du FLN, des origines au cessez-le-feu, a engendré une situation telle qu’aucune question ne pouvait se poser ouvertement et honnêtement.
La réunion de Tripoli consacre la désunion. La Wilaya II se trouve être confrontée à l’EMG pour avoir pas pris position avec le GPRA. Les émissaires de l’EMG que sont Chadli Bendjedid, Hachemi Hdjeres, Mohamed Atailia et Mohamed Salah Bechichi seront arrêtés sur ordre du commandement de la Wilaya II et seront dirigés comme prisonniers vers la région d’El Milia. Il faut dire que les chefs de secteurs de la Wilaya II réunis en assemblée extraordinaire ont pris les décisions importantes. Il s’agit de leur refus d’accepter l’autorité de l’EMG et d’appeler à l’intégration des bataillons de l’armée des frontières dans leur wilaya d’origine. En fait, le conflit éclate au moment de la désignation du bureau politique à la session du CNRA qui se tenait du 25 mai au 7 juin 1962. Même si une commission chargée d’opérer des consultations pour faire partie du BP, qui, selon les sondages, donnait 33 voix sur la liste de Ben Bella contre celle de Krim Belkacem qui a recueilli 31 voix.
Il en ressort que la majorité des deux tiers n’a pas été requise. Il faut donc passer à des alliances sans lesquelles il y aurait un blocage. Certaines procurations vont fausser donc le vote (celui de Yazouren pour la Wilaya III et celle d’Ahmed Bencherif pour la IV qui ont soutenu Ben Bella). Alors que les dirigeants de la Wilaya II expriment des intentions différentes. Les Commandants Larbi Benredjem dit Larbi El Mili (responsable de l’intendance) et Rabah Belloucif alias Rabah El Oumma (responsable des renseignements et des liaisons) se désolidarisent de leurs collègues de la Wilaya II et voteront pour la liste de Ben Bella.
La séance du CNRA sera donc suspendue dans un brouhaha sans commune mesure. Dans la nuit du 6 au 7 juin, Benkhedda quitte Tripoli sans en référer au bureau du CNRA et ses collègues du Gouvernement, mettant l’assemblée dans l’impossibilité de clore normalement et statutairement sa mission. En réalité, l’impasse de juin 1962 est en partie le résultat de la fuite en avant. Selon Mohamed Harbi dans son livre Le FLN-mirage et réalité, quarante membres du CNRA signent personnellement ou par procuration un procès-verbal de carence à l’encontre de Benkhedda.
 Trente et un seulement d’entre eux sont fermes partisans de Ben Bella (les neuf autres contestent le vote émis en leur nom). lorsque le 10 juin 1962, les deux vice-présidents du GPRA, Belkacem Krim et Mohamed Boudiaf rentrent à Alger, c’est pour rencontrer et s’assurer l’appui de la Wilaya II. Le commandant Ahmed Bencherif a été arrêté à Rovigo et libéré sur intervention du commandant Lakhdar Bouregaâ et assigné à résidence à Blida.
 Pour montrer ses bonnes intentions, Ahmed Bencherif déchirera l’ordre de mission qui l’avait nommé en dépit des règlements, chef de Wilaya IV en présence de Hassan Khatib. Pour ce qui est de Kaïd Ahmed, il sera arrêté à Constantine. Seuls Abdelhamid Brahimi et Abderahmmane Bendjaber prendront contact avec les cadres de la Wilaya II, Si Salah Sawt Al Arab était absent et c’est Belkacem Fantazi qui assure la direction en l’absence du colonel Salah Boubenider. Cette rencontre n’a servi à rien.
En ce moment, les 24 et 25 juin 1962 une réunion aura lieu à Zemourah y participent les Wilayas II, III, IV, la ZAA et la Fédération de France. Les Wilayas I, VI ne répondent pas à l’invitation tandis que la Wilaya V tout en étant favorable, reste hésitante. Par contre, Krim Belkacem et Mohamed Boudiaf envoient à la réunion inter wilayas un message de soutien.
L’objectif primordial est de préparer les listes des candidatures à l’Assemblée constituante ainsi que les conditions de déroulement et de participation au Congrès national du FLN, sans oublier l’intégration des unités de l’ALN stationnées aux frontières et de ce fait proclamer l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire. Le 26 juin 1962 marque la fin du gouvernement. La crise de la direction devient publique. Les ressentiments, les intrigues enveniment les antagonismes politiques.
Il n’y a pas de règles mais un jeu terrible et complexe dans lequel interfèrent les alliances extérieures et les calculs stratégiques de la Tunisie, du Maroc, de l’Egypte et de la France. L’histoire s’accélère dans le dédale des intrigues, des intérêts personnels et des passions. Si Salah Boubenider négocie avec Ben Bella et Khider la levée de l’état d’urgence dans le Nord Constantinois en vigueur depuis le 24 juin et en échange il obtient la promesse de la convocation du CNRA.
Il revient donc à Constantine le 24 juin 1962 pour annoncer la fin de la crise. Le lendemain Larbi Benredjem, en violation des accords, occupe Constantine grâce aux unités des frontières stationnées à Aïn M’lila et procède à de nombreuses arrestations des cadres de la Wilaya II dont un ministre en la personne de Abdellah Bentobbal. La crise continuera encore quelques jours. Celle-ci a libéré des forces incontrôlées dont le commandant Larbi Beredjem responsable de la région d’El Milia de 1956 à 1961 et accédera plus tard au Conseil de wilaya. La victoire du Bureau politique sur les wilayas et la Wilaya II se trouve être dans un imbroglio. En fait Ben Bella se trouve être pris en tenaille entre ses alliés de l’EMG et le commandant Larbi Benredjem, d’une part, et les partisans du colonel Salah Boubenider d’autre part. Cette wilaya qui a tant évité les déchirements se trouve être secouée par les divergences au sommet. Le 6 août 1962, Ben Bella se rend à Constantine et procède à la séparation du pouvoir politique et du pouvoir militaire.
Sur les cinq membres du Comité de wilaya, trois d’entre eux sont chargés de former le FLN. Ce sont le colonel Salah Boubenider et les commandants Abdelmadjid Kahlras et Rabah Belloucif. Les deux autres, les commandants Larbi Beredjem et Tahar Bouderbala, ont la direction de l’armée. Mais cette solution n’agrée pas Larbi Beredjem allié à Ali Mendjeli de l’EMG qui refuse d’appliquer cette décision.
En fait, Larbi Beredjem n’est rien sans l’appui de l’EMG. Mais le pouvoir réel est entre les mains des commandants Bensalem, Chabou et Chadli Bendjedid qui recouvre sa liberté après la prise de Constantine. Le conflit au sommet de la Wilaya II entre les dirigeants appelle le BP à intervenir et les convoque à Alger. C’est Hadj Ben Alla et Rabah Bitat qui doivent appliquer la décision prise. Si Salah Boubenider est assuré de l’emporter sur ses rivaux. La veille de leur arrivée à Constantine, le commandant Larbi Benredjem fait un coup de force.
Il fait arrêter des centaines de cadres. Kaddour Boumedous est grièvement blessé lui qui s’est distingué au cours du fida à Constantine.

Salah Boubenider et l’été de la discorde

Le BP impuissant et même complaisant croit affirmer son autorité en nommant le colonel Boubenider commissaire national du FLN pour le Nord Constantinois avec deux adjoints que sont Abderahmane Guerras et Bachir Boumaza. Cette solution a été rejetée par l’EMG. De nouveau Si Salah sera arrêté et vite libéré par les siens qui ont intervenu en force.
 Le Nord Constantinois vit à l’heure du pillage, selon Mohamed Harbi « Les officiers de l’intérieur, une petite minorité, se servent les premiers et rachètent les commerces européens de luxe de la rue Caraman et de la rue de France à Constantine ».
Certains sont arrêtés avec leur butin et vite libérés. Le capitaine Abdelhamid Brahimi alerte le colonel Boumediene et le commandant Ali Mendjeli et leur fait part du mécontentement de la population exaspérée par l’arbitraire et les seigneurs de la guerre. La réponse qui fut donnée : « Nous avons toujours besoin de Si Larbi » lui répondent-ils. Sidéré par un tel langage, le capitaine Abdelhamid Brahimi donne sa démission et quitte l’armée.
Les chefs de wilaya ont droit de regard dans le choix des députés pour la prochaine assemblée. Il se trouve que les départements contrôlés par les Wilayas II, III, et IV ont eu un quota de 128 députés sur 196, ce qui met le BP dans une situation où leurs adversaires seront majoritaires et constitueront une forte opposition. La crise de la Wilaya IV ramène sur le devant de la scène tous les acteurs de la crise de Juillet.
A la demande du Colonel Hassan Khatib, le colonel Mohand Ould Hadj négocie un cessez-le-feu. Les contingents de la wilaya IV se retirent d’Alger le 9 septembre où les troupes des frontières, devenues ANP font leur rentrée à Alger. La position de l’EMG sort renforcée de l’épreuve de force avec la wilaya IV. Cette crise du FLN prend fin dans le sang et les larmes.

Le marchandage autour des listes des députés de 1962

Le marchandage autour des listes de députés est un précieux indice du nouvel équilibre des forces et des tendances. Sont éliminés et rayés des listes de députés une cinquantaine de dirigeants et de cadres dont Benkhedda, Boussouf, Bentobbal, Dahlab, les colonel Boubenider, Ali Kafi, Benaouada, les commandants Tahar Bouderbala, Abelmadjid Kahlras ainsi que Mohamed Benyahia, Mostefa Lacheraf, tous membres du CNRA et Abdesselam Belaïd délégué FLN dans l’exécutif provisoire.
 La répartition des postes ministériels dans la formation du nouveau Gouvernement d’une vingtaine de membres partisans du groupe d’Oujda (Tlemcen) le 26 décembre 1962 est un savant dosage entre les tendances en présence.
Si Salah Boubenider que j’ai connu après l’indépendance me laissa une impression d’un grand homme de dialogue et d’écoute. Lui qui a eu la lourde responsabilité de continuer le combat jusqu’ à la fin des hostilités avec les Français n’a pas joui de cette allégresse et de la joie de notre indépendance. Il fut arrêté par les forces de l’EMG des frontières à la suite de sa position avec le GPRA. Il sera relâché par Ben Bella et fut arrêté une seconde fois avec Mohamed Boudiaf.
En 1964, Houari Boumediene le désigne comme membre du commandement arabe uni au Caire. Il sera mis au parfum du redressement révolutionnaire ou coup d’Etat et rentre à Alger après le 19 juin 1965 pour être membre du Conseil de la Révolution chargé des organisations de masses au Secrétariat exécutif du Parti FLN que dirigeait Chérif Belkacem alias Si Djamel.
Après le coup d’Etat fomenté par Si Tahar Zbiri contre Boumediene, Si Salah se retire de la politique et va s’occuper de ses activités dans le monde des affaires. En 1994, le Président Zaroual le choisit pour présider la commission nationale des élections dont il s’acquitte avec brio. Il sera désigné ensuite comme sénateur du tiers présidentiel par le Président Zéroual dont il démissionne avec deux de ses compagnons en s’opposant à la loi pénalisant le délit de presse. Il fondera au lendemain de la démission du Président Zéroual, un mouvement de rassemblement des forces républicaines dénommé CCDR (Comité de coordination pour la défense de la République).

Si Salah Boubenider un démocrate au service de la révolution

Si les héros meurent jeunes, ceux qui ont survécu ont connu des situations amères dans le pays qui l’ont libéré. Point de place pour ceux dont la foi et la détermination reflètent les idéaux pour lesquels ils ont combattu. Devant l’impossible personne n’est tenu.
L’Algérie a payé un lourd tribut en vies humaines pour recouvrer son indépendance face à la machine de guerre infernale du colonialisme. L’Histoire retiendra devant Dieu et les hommes la part congrue de leur engagement, de leur sincérité et de leur intégrité à servir la Nation.
Chacun sera comptable de ses actes devant le panthéon de l’Histoire. Si Salah Boubenider alias Sawt al Arab est de cette trompe d’une génération qui a sacrifié sa jeunesse dont la sagesse lui a donné toute la mesure et le génie de ne pas entraîner son peuple dans une guerre fratricide en faisant abstraction de tout égo.
Seuls comptent la stabilité et le bien-être de son peuple. Le 25 mai 2005, une oraison funèbre est lue par Si Abdelhamid Mehri, devant une foule nombreuse venue rendre un dernier adieu, les hommages unanimes de la Nation à l’homme, à son humilité et à son légalisme envers les institutions de la République dans le cimetière de Sidi Yahia à Alger.

DrBoudjemâa Haichour,
chercheur universitaire- ancien ministre

Bibliographie
1- Gilber meynier : « histoire intérieure du fln 1954/1962 fayard 2002.
2- Yves courrière : « la guerre d’algérie tome iv –les feux du désespoir » collections le livre de poche- librairie générale française.
3- gilbert meynier et mohamed harbi : « le fln – documents et histoire 1954/1962 fayard 2004.
4- Bernard tricot : « les sentiers de la paix – algérie 1958/1962» edition plon 1972.
5- Ali  haroun  : «algerie 1962 la grande dérive» - éditions l’harmattan, paris 2005
6- Ali  haroun  : «l’été de la discorde: algérie, 1962   »casbah  éditions, alger  2000
7- Chidekh omar el aïdouni  : « le royaume des fellaga» imprimerie guerfi batna 2014.
8- Ahmed  boudjeriou   : « mintaka 25 guerre d’algérie  »onda n°365 année 2008.
9- Mohammed harbi : « le fln, mirage et réalité  des origines à la prise du pouvoir (1945-1962) » ,editions jeune afrique, paris, 1980
10- Slimane chikh : « l’algérie en armes ou le temps des certitudes.» casbah  éditions, alger  2005

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