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Par Fateh Adli, juin 2019.

Un duo improbable

Adjel Adjoul - Mostefa Benboulaïd

Les bouleversements qu’a connus la Révolution dans la région des Aurès restent, de l’avis de tous les historiens, l’un des aspects les plus complexes et les pus difficiles à cerner de toute l’histoire de la guerre de Libération nationale. Tant est si bien que des épisodes entiers échappent encore à l’historiographie.

L’ambivalence qui caractérise les relations entre le chef historique Mostefa Benboulaïd et son trublion adjoint Adjel Adjoul illustre cette complexité et passionne toujours les chercheurs. Y a-t-il vraiment eu des problèmes de leadership entre les deux hommes ? Et pourquoi cette focalisation sur eux, alors qu’on sait que les rivalités dans ce berceau de la Révolution ont été encore plus visibles et autrement plus féroces entre une multitude de chefs subalternes dont chacun se voyait digne d’être le chef suprême ?
Par ailleurs, poser la question sous cette forme ne diminuerait-il pas de l’autorité, jugée pourtant comme incontestée et incontestable, de Benboulaïd ? Quel crédit donner à la thèse, très répandue selon laquelle ce dernier a été victime d’un complot qui aurait été fomenté par ses supposés «rivaux» auréssiens, en tête desquels on cite Adjel Adjoul, lesquels n’auraient jamais apprécié «la mainmise» de la tribu de Benboulaid (les Touabas) sur le commandement des maquis dans la région ? Les partisans de cette version rappellent, sans cesse, que Mostefa Benboulaid envisageait de faire passer Adjoul devant un tribunal révolutionnaire, ce qui aurait poussé ce dernier à réagir.
Or, ceux qui connaissent le parcours et la philosophie de l’homme affirment que Benboulaid s’est, au contraire, démené pour aplanir les rivalités et raffermir l’unité des rangs, en rappelant à tous, à chaque occasion, le devoir de combattre le seul ennemi qui était la France coloniale.
Ceci dit, si les avis demeurent à ce jour partagés sur cette question, c’est bien la preuve qu’il mérite d’être revisité et exploré de façon à lever le voile sur les côtés les plus obscurs de cette relation qui reste un sujet d’école.
Pour essayer de comprendre les soubassements de cette histoire, il faut revenir à la genèse, à ces premières années du militantisme dans la région des Aurès.
Membre des six chefs historiques qui ont créé le CRUA, en octobre 1954, Mostefa Benboulaïd était, aux yeux des dirigeants de la Révolution, une valeur sûre sur qui ils pouvaient compter pour parachever l’implantation des maquis dans sa région réputée difficile, en raison des rivalités tribales qui l’ont toujours marquée. En effet, Benboulaïd a non seulement réussi à structurer et à fédérer tous les combattants de cette région, mais il a surtout fait des Aurès le berceau de la Révolution. Or, son attitude vis-vis des militants dits «radicaux», qui étaient impatients de passer à la lutte armée, reste ambigüe. Car, lui-même était, jusqu’à 1953, encore réticent, préférant continuer à faire l’arbitre entre les groupes rivaux.
Prêts au combat depuis longtemps, les militants nationalistes dans la région des Aurès n’attendaient que le signal pour s’y engager. Benboulaïd tardait à trancher, même si, lui-même, n’a jamais cessé ses rencontres avec les autres dirigeants nationalistes du parti pour sortir de l’impasse et entrevoir des perspectives salutaires. Plus impatients que d’autres, les militants des Aurès, dont Adjoul et Laghrour étaient les plus dynamiques, vont bientôt le faire entendre au cours d’un débat houleux à Constantine, face à une forte délégation du MTLD conduite par Mezghenna, parlant au nom de Messali. Adjel Adjoul et Abbas Laghrour refusent l’entrée à Mezghenna. Ils seront expulsés. Le groupe de l’Aurès, plus acquis à la nécessité de passer à l’insurrection, retourne dans l’Aurès, plus déterminé que jamais.
Cela dit, aucune rupture n’était encore visible entre Benboulaïd et Adjoul. Au contraire, tout semblait baigner dans une harmonie exemplaire. Selon des témoignages, les deux se faisaient confiance et étaient animé par un respect mutuel. Pour preuve, Adjoul figurait dans le premier noyau qui s’est créé autour de Benboulaid, qui comprenait également Abbas Laghrour, Tahar Nouichi et Messaoud Bellagoune. Ensemble, ils ont prêté le serment de s’engager dans la lutte armée. Quelques jours plus tard, ce groupe sera renforcé, entre autres, par Chihani Bachir, Lazher Cheriet, Grine Belkacem, Meddour Azoui ou encore Mostefa Boucetta. Ce noyau s’est attelé à parachever l’implantation de l’organisation dans cette région réputée si difficile, en raison des rivalités tribales qui l’ont toujours marquée, et en même temps à préparer des actions armées le jour «J».
Mieux, Adjoul était, avec Laghrour et Hadji, le premier à avoir été informé de la date prévue par la direction nationale pour le déclenchement de l’insurrection armée.
Tout semble avoir commencé lors de l’affrontement qui a éclaté entre centralistes et messalistes durant le deuxième congrès du MTLD, réuni au mois d’avril 1953, à Alger, en l’absence des membres de l’OS. Les querelles du sommet se répercutèrent vite sur la base militante. Au niveau de l’Aurès, pour Benboulaïd, membre à la fois du comité central et ancien de l’OS, c’est un moment de doute. Il préfère, au début, observer une certaine neutralité entre les deux courants qui se livrent une bataille sans merci. C’est dans ce contexte de guerre larvée au sein de la direction que Adjel Adjoul est convoqué à l’idara du parti, à Batna, par Bachir Chihani. Ce dernier avait invité les différents responsables de l’Aurès à demeurer à l’écart des conflits du sommet. Partisan de la ligne radicale, Adjel Adjoul continue néanmoins de consolider la formation de son secteur.

Adel Fathi

Les soubresauts

Deux semaines plus tôt, Benboulaïd avait convoqué ses hommes pour les informer de son départ en Libye, où il devait récupérer un lot d’armes et y rencontrer des membres de la délégation de l’extérieur du FLN.

Omar Benboulaïd

Le tombeur d’Adjoul

A l’ouverture de la séance, Mohamed-Tahar Labidi, dit Hadj Lakhdar, proposa Adjal Adjoul comme commandant de la future Wilaya I, mettant en avant ses qualités de chef aguerri et inflexible, tout en essayant de convai

Deux destins singuliers

C’est pourquoi, il est intéressant d’analyser ces deux séquences décisives de la vie des maquis dans la Wilaya I, en les replaçant dans leur contexte politique local.

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