Terreau d’artistes et d’intellectuels
Personnalités d’Azeffoun

Par Hassina AMROUNI
Publié le 09 juin 2019
Qu’ils soient écrivains, poètes, musiciens, comédiens, plasticiens ou sportifs, Azeffoun n’a cessé de donner à l’Algérie des femmes et des hommes de haut acabit qui, à travers leurs parcours respectifs, ont été les meilleurs ambassadeurs de l’Algérie à travers le monde.
Tahar Djaout
Tahar Djaout
Bachir Hadj Ali
Mohamed Aouine
El Hadj Mohamed El Anka
Salim Hallali
Mohamed Fellag
Rouiched
Rouiched

Tahar Djaout, Bachir Hadj Ali et Mohamed Aouine font notamment partie de ces écrivains et poètes qui ont, à travers leurs plumes, fait entendre la voix du peuple algérien au-delà des frontières du pays.
Né le 11 janvier 1954 à Oulkhou, dans la commune d’Aït Chafaâ, daïra d’Azeffoun, Tahar Djaout arrive à Alger avec sa famille à l’âge de 10 ans. Après de brillantes études en mathématiques, sanctionnées par une licence décrochée à l’université d’Alger en 1974, il laisse libre cours à sa passion pour l’écriture, encouragé par le succès de son premier recueil de nouvelles paru en 1970 sous le titre Les insoumis.
Publiant ses premières critiques dans les colonnes du quotidien El-Moudjahid, il est entre 1980 et 1984 chargé de la rubrique culturelle de l’hebdomadaire Algérie-Actualités.
En 1992, il crée avec d’anciens compagnons dont Abdelkrim Djaâd et Arezki Metref l’hebdomadaire Ruptures dont il sera le directeur. Le premier numéro paraît le 16 janvier 1993. Quelques mois plus tard, plus exactement le 26 mai, Tahar Djaout est victime d’un attentat terroriste perpétré près de son domicile à Baïnem. Atteint de deux balles dans la tête, il sombre dans un coma avant de succomber à ses blessures le 2 juin 1993.
C’est suite à cet abject assassinat que sera créé le Parlement international des écrivains, suite à l’appel lancé par le Carrefour des littératures (Strasbourg, France) pour la création d’une structure de protection des écrivains.
Malgré une carrière fulgurante, happée en pleine ascension, Tahar Djaout laissera derrière lui une œuvre foisonnante à valeur de patrimoine dont certains titres comme Solstice barbelé (poèmes), L’Arche à vau-l’eau (poèmes), L’Exproprié (roman), Les Chercheurs d’os (roman), L’invention du désert, Les Vigiles, (roman) ou Le Dernier été de la raison (roman) sont souvent cités en référence.
Egalement originaire d’Azeffoun, Bachir Hadj-Ali voit le jour le 10 décembre 1920 à la Casbah d’Alger. Pour aider à subvenir aux besoins de la famille, il interrompt ses études à 19 ans, renonçant ainsi à rallier l’Ecole normale de Bouzareah.
A la fin de l’année 1945, il adhère au Parti communiste algérien et, trois ans plus tard, il devient rédacteur en chef du journal Liberté, l’organe central du parti. En 1953, il est arrêté par la police coloniale et condamné à deux ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat.
A sa sortie de prison, il entre dans la clandestinité et prend part à la guerre de libération nationale. En 1956, il négocie avec Sadek Hadjerès l’intégration dans les rangs du FLN à titre individuel des « Combattants de la libération », organisation militaire des communistes algériens, créée en 1954, dont il est responsable. Il prend alors la direction du PCA.
Au lendemain de l’indépendance, il continue à militer. Il sera arrêté en 1965, torturé et emprisonné à Lambèse jusqu’en 1968, date à laquelle il sera placé en résidence surveillée à Saïda puis à Aïn-Sefra. Il ne regagne Alger qu’en 1974. C’est du fond de sa geôle à la prison de Lambèse qu’il écrit son œuvre-phare L’Arbitraire où il décrit ses années de détention. Il publiera d’autres ouvrages (poèmes, essais…). Il meurt le 8 mai 1991 à Alger.
Moins connu que ses deux aînés mais non moins talentueux, Mohamed Aouine est né le 29 janvier 1981 à Azeffoun. Diplômé en économie de l’université de Tizi-Ouzou, Mohamed Aouine s’installe en 2005 en France où il publie plusieurs recueils de poésie (La Jachère, Le Rêve et l’Attente, Les prières ne suffisent plus, Ephémères…), un roman (Perdrix), des nouvelles (L’élan du cœur)…

Plusieurs maîtres de la chanson algérienne

Azeffoun enfantera plusieurs grands artistes, à l’image des maîtres du chaâbi El Hadj M’Hamed El Anka, Boudjemaâ El Ankis, Abdelkader Chercham et Abderrahmane Aziz, du chantre du hawzi, Farid Oujdi ou encore du compositeur Mohand Igerbouchène, un maître mondialement connu et reconnu.
Concernant ce dernier, il a vu le jour le 13 novembre 1907 à Aït Ouchène, commune d’Aghrib, daïra d’Azeffoun mais c’est à Alger qu’il grandit. A l’âge de 6 ans, ses parents l’inscrivent à l’école de Sarrouy à Soustara. La musique, il ne la découvre réellement qu’à partir de l’âge de 12 ans, en suivant des cours de solfège.
Extrêmement doué, il est, dès l’âge de 15 ans, pris sous l’aile d’un comte écossais, Fraser Ross qui lui propose de l’aider à approfondir ses connaissances. Il intègre ainsi, grâce à la générosité de ce dernier le Royal Northern College of Music. Puis, grâce à des relations nouées sur place, il rallie ensuite la Royal Academy of Music.
En 1924, Igerbouchène, toujours soutenu par le comte Fraser Ross, se rend à Vienne où il parfait son art auprès d’Alfred Kronfeld. Et, un an plus tard et, à tout juste 18 ans, il donne son premier concert sur le lac de Constance. Il subjugue alors l’assistance avec ses propres compositions. Il obtient le premier prix de composition d’harmonie et contrepoint ainsi que le premier prix d’instrumentation et de piano.
La suite de son parcours sera des plus exceptionnels, d’autant que Mohand Iguerbouchen va, peu à peu, s’éloigner de la musique symphonique pour aller vers le cinéma où il signera quelques bandes son de grande qualité comme pour Pépé le Moko ou Terre idéale.
Installé vers la fin des années 1930 à Paris, il fait quelques belles rencontres, suivies de collaborations fructueuses, comme celle avec Salim Hallali pour lequel il écrira une cinquantaine de chansons dans le style flamenco en arabe et une vingtaine de chansons en kabyle.
Il continuera à mener sa carrière entre Paris, Londres, signant des pièces musicales de légende et se produisant sur les plus prestigieuses scènes.
Mohand Igerbouchène décède prématurément, le 23 août 1966 à Hydra. Il n’avait que 56 ans.
Azeffoun sera aussi la patrie des personnalités les plus iconiques des planches théâtrales mais aussi du petit ou du grand écran. De Mohamed Ifticène à Mohamed Fellag, en passant par les cousins Mohamed et Saïd Hilmi ou encore Ahmed Ayad plus connu sous le nom de Rouiched, cette ville sera à juste titre surnommée la ville des artistes.

Hassina Amrouni

Sources :
http://azeffoun.over-blog.net/
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