Sig, le joyau de la Mekerra

Par Hassina AMROUNI
Publié le 28 juin 2017
Commune dépendante de la wilaya de Mascara, Sig est située à seulement 50 m d’altitude, résultat d’un effondrement comblé par les alluvions provenant de l’Atlas tellien.
Monument  à Sig

Cette plaine enclavée a été habitée depuis l’ère préhistorique. Cette présence humaine a été révélée par des recherches archéologiques effectuées dans la région où des outils, tels que des silex taillés ou haches polies, rescapés de l’ère néolithique, ont été mis au jour.
La présence romaine se révèlera aussi à la faveur de ruines qui auront échappé à l’érosion du temps et à la destruction de l’homme. Désignée à cette époque sous le nom de Tasacorra, du Berbère Tara et Corna qui signifie « Défilé de la Mekerra », la région connaîtra, sans doute, une imposante présence romaine. En témoignent ces galeries, pans de murs, chapiteau de colonne sur laquelle a été relevée une inscription datant du règne de l’empereur Trajan (98-117) et on en oublie encore. Tasacorra sera, par ailleurs, une voie de passage, reliant Rusuccuru (Dellys) à Calama (Nedroma).
Toutefois, l’Histoire avec un grand « H » reste assez floue, à cette période et les seules informations recueillies par les historiens et chercheurs sont celles que certaines pierres auront bien voulu révéler. Idem pour la période vandale dont la présence dans la région a été signalée aux alentours de 428, sans plus. Mais à l’instar des autres villes où ils sont passés, ces derniers n’ont laissé que désolation et misère donc il nous est aisé d’imaginer l’état de la ville de Tasacorra après leur départ !
Les Arabes qui arrivent deux siècles plus tard, essayent de redonner vie à la région, l’agriculture sera d’ailleurs, le moyen de subsistance lancé à grande échelle. Il faut dire que cette plaine s’étendant sur plus de 30 000 hectares, arrosée par l’oued Sig a de quoi offrir. Il suffit de travailler cette terre pour lui permettre de donner ce qu’elle a de meilleur.
On sait qu’à cette époque, la tribu zenatienne des Beni Houni sera parmi les premières tribus à s’installer dans cette région agricole, mais vers 1150, les Houara, puissante tribu berbère viennent les en déloger. Convoitée de toutes parts, la région tombe au XIe siècle entre les mains des Hilaliens, et deux tribus, les Beni Ameur et Souyad s’y fixent durablement.

Echec de la conquête espagnole

Se lançant à la conquête d’Oran qu’ils investissent en 1509, après avoir tué 4000 personnes et capturé 8000 autres qu’ils vendent comme esclaves, les Espagnols se lancent à la conquête d’autres villes limitrophes. Mais ce vaste projet d’évangélisation sera stoppé net par les populations sigoises et mostaganémoises qui repoussent avec une grande véhémence les tentatives d’occupation des troupes du cardinal Francisco de Cisneros, commandées par Pedro Navarro.
S’en suit une accalmie de courte durée puisque dès 1708, la région est investie par les Ottomans. Une occupation tardive en comparaison avec d’autres régions du pays mais qui s’avèrera non moins désastreuse. En effet, les Turcs se lancent eux aussi dans une valorisation du secteur de l’agriculture, mais la population restera aux prises avec la misère en raison des forts impôts imposés par les Turcs et cela ne changera guère, après l’arrivée de l’occupant français, après 1830. 

Arrivée des Français

Dans un premier temps, les troupes françaises s’installent à Sig – considérée comme gîte d’étape – afin de pouvoir livrer bataille à l’Emir Abdelkader. D’ailleurs, plusieurs batailles seront livrées dans la plaine dont l’une, le 26 juin 1835, à la ferme de la forêt Moulay Ismaïl, près de Sig.
Cependant, les Français entreprennent de s’y installer durablement, tant cette plaine offre beaucoup d’attraits géo-stratégiques.
Le 20 juin 1845, le Maréchal, duc de Dalmatie et ministre de la Guerre, signe un arrêté, pour la création du centre de Sig qui prend le nom de Saint-Denis-du-Sig. Dès lors, les Français se lancent dans l’érection d’une ville européenne, choisissant pour cela la rive droite de la rivière et ce, pour des considérations défensives et économiques.
Un barrage-déversoir (le Petit Barrage) est réalisé par les hommes du Génie militaire en 1845, adoubé en 1858, d’une digue de 7 mètres, servant à irriguer les terres de la vaste plaine et à étancher la soif des nombreuses familles de colons qui vont venir poser leurs malles dans la région. A noter qu’en raison des très fortes crues de l’oued Sig, la digue est rompue le 8 février 1885 en même temps qu’une partie de celle du  Grand Barrage, construit deux ans plus tôt, en 1883 à 17 kilomètres en amont du premier. Ce dernier est immédiatement restauré : une digue de 100 mètres de long, 30 mètres de hauteur  est érigée.
Les premiers colons sont des Allemands, auxquels vont se joindre les Francs-Comtois puis les Alsaciens-Lorrains dès 1870 et les Espagnols, un an plus tard. Accaparant les terres des Algériens, ils vont les exploiter et en tirer les bénéfices, tout en exploitant de façon inique la main d’œuvre algérienne. Céréales, tabacs, garances, sorgo, plantes maraîchères, mais surtout, coton, y sont cultivés.
La ville, quant à elle s’agrandit à vue d’œil. Constituée de deux grands boulevards, elle compte des magasins, des cafés, un hôpital et tout le reste. Le chemin de fer est construit en 1861, le marché couvert en 1888 et l’Hôtel de Ville en 1898. Cela fait accéder Saint-Denis de Sig, le 22 septembre 1870, au statut de commune de plein exercice, avec un premier maire élu. Cette vie prospère qui se fera au détriment des droits les plus légitimes du peuple algérien prendra fin le 1er novembre 1954, lorsque ce même peuple décidera de prendre les armes pour reprendre sa liberté.
 
Hassina Amrouni
 
Sources :  
http://www.reflexiondz.net/ (21 mars 2009)
www.aps.dz (9 décembre 2015)
www.sigoise.free.fr
www.sigalaune.iquebec.com

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