Mort sous la guillotine coloniale
Le chahid Cheriet Ali Chérif

Par Hassina AMROUNI
Publié le 28 juin 2017
L’année 1958 fut meurtrière. Avant l’exécution de Si Miloud, c’est un autre enfant de Sig qui est tué à la guillotine par les forces coloniales.
Des Scouts algériens
Ahmed Zabana

Ce combattant de la première heure dont le courage et la bravoure font encore parler de lui, aujourd’hui, près de 60 ans après sa mort, c’est Ali Cherif Cheriet.
Originaire d’une famille de modeste condition et quatrième d’une fratrie comptant sept enfants, Ali voit le jour le 6 août 1931, dans un quartier populaire de Sig. Son père, marchand de son état, travaille dur pour nourrir sa nombreuse progéniture. Ali est scolarisé à l’école du quartier mais sa fréquentation des bancs de l’école ne se prolonge pas au-delà du cycle primaire, régime colonial oblige !
A l’adolescence, il se lance en quête de travail pour aider son père à subvenir aux besoins de la famille. Il est alors recruté pour divers petits métiers, notamment comme apprenti mécanicien ou encore dans le secteur du bâtiment.
Dans les années 1950, il quitte sa bourgade pour aller s’installer à Oran, plus précisément dans le faubourg Lamur (El Hamri). C’est là qu’il commence à fréquenter des militants du mouvement nationaliste. Leurs idées lui font prendre conscience de la nécessité d’une lutte armée et surtout de l’urgence de l’engagement de toutes les forces vives du pays dans ce combat contre l’oppresseur colonial.
Ali Cherif Cheriet qui intègre d’abord le Mouvement des scouts musulmans algériens d’Oran (SMA) va côtoyer de très près de valeureux militants, à l’image de Kerouicha, Djeffal ou Bizizi. Ensemble, ils diffusent un discours nationaliste, qui verra son écho répercuté à grande échelle, notamment après l’ouverture de la célèbre « Madrassat El Falah », dans le quartier populaire « Village Nègre », aujourd’hui, Medina Djedida qui leur servira de tribune.
Le jeune militant rejoint ensuite les rangs du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA), né de la dissolution de l’Organisation Spéciale (OS). Son courage et son abnégation font très vite de lui un élément essentiel de cette organisation dont les responsables lui confient la direction des actions armées dans la cellule du groupe dirigé par Ahmed Zabana, désigné pour coordonner et préparer les activités paramilitaires dans les villages environnants ainsi que dans la ville d’Oran.  
A la veille du déclenchement de la guerre de libération nationale, Ali Cherif Cheriet et plusieurs de ses compagnons d’armes, parmi lesquels Mabed Ghaouti, Fettah Mohamed, Seghir Abad, Fettah Abdallah, Negaoui Mohamed et Louafi Bachir sont chargés d’une mission, consistant à attaquer un dépôt militaire afin de récupérer des armes et munitions qui serviront à alimenter l’ALN et la préparer matériellement à la lutte armée. La caserne visée, celle du 66e Régiment de Tirailleurs, se trouve à Eckmühl, dans la périphérie sud de la ville d’Oran.
Le 31 octobre, veille du 1er novembre 1954, le groupe se met en route pour la mission, empruntant pour cela un taxi appartenant à Samuel Azoulaï. A hauteur des ateliers « Renault », il somme le chauffeur de taxi de descendre du véhicule, face à son refus, Ali Cherif Cheriet l’abat de deux coups de feu et abandonne le corps, sur le bas-côté de la route. Le groupe poursuit son chemin, et quelques mètres avant d’arriver à la caserne, il décide de continuer à pied pour éviter de se faire repérer. Il est 22h. Une fois arrivé sur place, la sentinelle – un soldat algérien – qui devait lui ouvrir la porte, n’est pas de faction ce soir-là, il escalade tout de même le mur d’enceinte, mais malheureusement, il ne parvient pas à ouvrir le dépôt de munition et l’opération est avortée.
Le lendemain, 2 novembre, Ali Cherif Cheriet est chargé par Ahmed Zabana de prendre contact avec un autre militant pour incendier un dépôt de carburant. Mais il est dénoncé par un traître à la cause et, le 11 novembre, il est arrêté à El Hamri. Pendant plusieurs jours, ses geôliers lui feront subir les plus abjects sévices sans parvenir à lui soutirer la moindre information. Après plus d’une année d’emprisonnement, il comparaît le 18 décembre 1955, avec ses compagnons devant le Tribunal militaire des forces armées d’Oran, un procès expéditif durant lequel ils sont condamnés notamment pour avoir tué le chauffeur de taxi Samuel Azoulaï. Ali Cherif Cheriet qui est, ce jour-là, considéré comme la tête pensante de cette action, se tourne vers la mère d’Azoulaï, présente au procès et qui proférait à son encontre toutes sortes d’injures, et lui dit : « Si ma mort peut apaiser votre douleur, je l’accepte ». Condamné à la peine capitale, Ali-Cherif Cheriet passera deux années et demie dans l’isolement total à la prison civile d’Oran et le 28 janvier 1958, il est passé à la guillotine.  
Sig et Mascara garderont en mémoire le sacrifice de cet homme courageux et pétri de valeurs nationalistes. Uns stèle commémorative a été érigée à sa mémoire au centre-ville de Sig.
 
Hassina Amrouni

Source :
http://www.commune-oran.com/cheriet-ali-cherif

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