Bataille dans l’Azrou Iflane à Beni Ourtilane

Par La Rédaction
Publié le 28 juin 2017
« Le 15 mai 1957, aux environs de Beni Ourtilane, un accrochage sérieux oppose le régiment à un groupe de 200 rebelles. Huit dragons sont tués et huit portés disparus », a écrit le général J.-F. Marchand dans Historique succinct du 4e régiment de dragons.
Compagnie de la Zone I - Wilaya III (1957). Assis de g. à dr. : L’aspirant Chettout Brahim, (chahid de Beni Mouhli). L’aspirant Akou Smail (Beni Chebana).  L’aspirant Medjani Layachi (Chahid de Beni Ourtilane)
Compagnie de la Zone I - Wilaya III (1957). Assis de g. à dr. : L’aspirant Chettout Brahim, (chahid de Beni Mouhli). L’aspirant Akou Smail (Beni Chebana).  L’aspirant Medjani Layachi (Chahid de Beni Ourtilane)

Une compagnie d’acheminement d’armes (composée de moudjahidine de Souk-Ahras) est venue de Tunisie, pour approvisionner la Wilaya III. Une fois arrivé à destination et avant de rebrousser chemin, Si H’mimi Feddal – plus tard commandant de la zone 1, Wilaya III historique – leur intime l’ordre d’aller se reposer à Friha, à Beni Ourtilane. Escortés par une compagnie locale, les moudjahidine de cette compagnie prennent la route vers ce village où ils constatent l’évacuation forcée des habitants par l’armée coloniale. Ils ont reçu l’ordre de quitter les lieux. Une partie de ces habitants est déjà partie s’installer dans les villages voisins. L’armée de libération nationale ne laisse pas la population abdiquer face au chantage de l’ennemi, elle recommande aux villageois d’annuler leur départ et d’appeler ceux qui sont déjà partis à rentrer dans les brefs délais, sinon cet isolement engendrera des conséquences néfastes pour la révolution.
Depuis le 1er mai 57, les villages Tiguenatine, Friha et Tazrout sont déclarés zones interdites par l’armée coloniale, parce que le FLN a arrêté sept membres d’autodéfense d’un village de la commune voisine Ain Legradj. Pour avoir accepté de monter la garde pour l’ennemi et remis un moudjahid mourant à l’ennemi au poste de Beni Hafed, ces individus ont été sévèrement châtiés par le FLN. Ils doivent être jugés pour leur acte et répondre de leurs faits. Enfermés dans un gourbi à Tazrout, ils attendent de passer devant un tribunal de l’ALN. Les moudjahidine ignorent que l’ennemi est dans les parages et suit de près leur moindre mouvement.  L’inévitable accrochage a lieu à Fouza de Tazrout, à Beni Ourtilane. L’ennemi fait appel à l’aviation, le combat dure toute la journée. Avant de se replier, les moudjahidine lancent une grenade à l’intérieur du gourbi où un seul prisonnier échappe à la mort. Parmi les blessés du côté de  l’ALN, il y avait le moudjahid Seddiki Rabia, commandant de l’ANP en retraite.
Ainsi, le soir du 14 mai 1957, pas moins de 500 moudjahidine de deux compagnies se sont organisés pour se diriger au village Talmat. Trois sections prennent la garde à Igheldane (sous les ordres de Touati Mouloud de Ras Tala Tinzar), à Tiâouinine (sous les ordres de Bighar Salah de Beni Mouhli), à Ighil Nat Malek (sous les ordres de Mehani Med Cherif de Beni Chebana) épaulé par le moudjahid Akkou Smail. Les chefs de l’ALN de la région décident de riposter aux attaques ennemies. Ils préparent minutieusement une contre-attaque contre la caserne de Ldjemâa Nat Wertilan (Beni Ourtilane). À l’orée de la guerre de libération, cette région a été choisie comme centre de pourvoi logistique et comme lieu stratégique servant à contrôler les tribus avoisinantes. C’est alors qu’une caserne – constituée de quatre étages et d’un sous-sol – a été bâtie par des matériaux saisis à la population. Située au centre de Beni Ourtilane, la caserne permettait aux soldats de contrôler les moindres mouvements des populations. Elle était entourée d’un fil barbelé électrifié et gratifiée d’une bande minée, laquelle, servait de protection à la soldatesque française. Cette bande volera la vie à beaucoup de citoyens. La caserne servait de lieu de détention et de torture  – les séances de torture allant jusqu’à l’exécution des détenus.
Le 15 mai 1957, à 7 h, un détachement de harkis conduit par l’adjudant Bellon et un gendarme se rend au village Tirzit, à l’aide de mulets pour saisir les biens de Adjaout Med Ameziane Nat Ali  sous le prétexte de ravitailler le maquis en blé. A la sortie du village Arasa, plus exactement à Adjebas, l’ennemi remarque plusieurs traces de pataugas allant vers le village Talmat. Les soldats se scindent en deux groupes, l’adjudant Bellon prend le raccourci qui mène vers Talmat. A l’entrée du village, l’artilleur les assiége Les harkis se réfugient dans une école, alors qu’un harki se fait capturer et égorger. Le second groupe escorté par le gendarme prend la route carrossable, les djounoud installés à Igheldane leur piégent le chemin. Cinq harkis sont contraints de se réfugier dans un garage plein de paille, le reste, y compris le gendarme, prend la poudre d’escampette… Les cernés refusent de se rendre malgré les appels des moudjahidine. Ils répondent par des salves de tirs. De guerre lasse, les éléments de l’ALN aspergent les lieux de pétrole et y mettent le feu. Ils sont morts brûlés vifs.
Les renforts du 4e régiment de dragons, qui était sous les ordres d’un capitaine, installé à la caserne de Ledjemaa, ne tardent pas à porter secours aux soldats français. Un autre accrochage éclate à l’intérieur du village Talmat, il dure plus de deux heures, plusieurs dragons sont blessés.  Sept autres dragons sont contraints d’abandonner la bataille pour se sauver vers Arassa. A mi-chemin, ils se font intercepter par les djounoud, et emmenés vers le village de Tazrout, puis d’un village à l’autre jusqu’au village Tachouafet… Parmi les prisonniers, il y avait un officier. Ils continuent la route vers Aguemoun Nat Khiar où ils rencontrent Bourdouz Abderrahmane officier de l’ALN (chahid), il leur recommande de veiller sur la sécurité des prisonniers.
A Talmat, quatre maquisards de la compagnie d’acheminement tombent au champ d’honneur, le cinquième blessé, s’est replié sur le village Kaa Ouzrou Un jeune du village, Harfouche Mohand Ouamer, lui sert d’appui, pour l’évacuer vers l’Azrou. Malheureusement, les balles d’une mitrailleuse les interceptent et ils tombent au champ d’honneur ensemble au village Tizi Ouatou. Pas loin du village M’zien, un autre jeune, Djedjig Lahcene, connaît le même sort alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le maquis. Les moudjahiddins se sont repliés vers Azrou, l’avion qui les guettait a été abattu à Tacift n Hrira, un camion a été renversé à Tizi Lâinser par les tirs des djounoud embusqués à Ighil Nat Malek. Les prisonniers sont emmenés vers Tazrout n Friha. Des renforts de l’armée ennemie aidée par l’aviation ont procédé au bouclage total de la région dans l’espoir de récupérer les prisonniers mais ces derniers sont à leur tour exécutés par l’ALN.
Le même jour, l’armée française revient à la charge pour se venger contre des innocents. Elle assassine 13 civils au village Talmat : les trois frères Benghanem (Mohand, Mohamed, Cherif), Benghanem Messaoud, Bounouh Allaoua, Bounouh Slimane, Bounouh Hamana, Ait Idir Tayeb, Ben Idir Hamimi, Benboubetra Mouloud, Benboubetra Mohamed Amokrane, Boukhechem Allaoua, Hamaoui Mohamed Ameziane, un au village Arassa : Mekideche Mahmoud, un autre au village Tirzit : Adjaout Belkacem.
Depuis, l’armée ennemie n’a cesse de multiplier ses atrocités contre les populations civiles, plusieurs villages furent évacués. Les populations furent entassées dans d’autres villages, équipés de postes militaires, entourés de fils barbelés. Les soldats français ne laissaient sortir personne sans autorisation. L’ennemi et ses supplétifs harka, par haine, choisissent leurs victimes parmi les civils, pour les arrêter, les torturer ou les envoyer dans les prisons (Ain Roua, Lemayda à Kherrata et à Kser Tir), parfois même les exécuter sans motif. La France coloniale termine sa sale besogne avec un bilan de plus de 900 martyrs, des centaines de veuves et d’orphelins et de handicapés à vie, uniquement dans la commune de Beni Ourtilane
 Gloires à nos valeureux Martyrs
Mezheri Mostepha

CONTRIBUTION
FIGURES HISTORIQUES

Le Chahid sans sépulture

Le Chahid Saâd Djerboua

GRANDES DATES

La réunion fatale pour le chef de la zone 4, de la wilaya 1

Si Mansour raconte la fin de Khélaifia Rebai

MEMOIRE

Il avait l’Algérie au cœur

Décès du moudjahid et diplomate Redha Malek

UNE VILLE, UNE HISTOIRE