« Si Zoubir n’est pas mort ! »

Par Hassina AMROUNI
Publié le 28 juin 2017
Le 28 janvier 1957, une grève générale de 8 jours est lancée par le FLN pour exercer une pression sur l’Assemblée générale des Nations Unies, réunie en session et l’amener à adopter un texte sur l’autodétermination algérienne.
Grève des 8 jours
Mohamed Cherif Ould El Hocine
Les parachutistes du général Massu cassent la grève. Les étudiants algériens rejoignent en masse le mouvement de protestation, beaucoup décident, suite à cet acte de contestation, de monter au maquis. Lorsque les paras de Massu investissent les quartiers de la capitale, multipliant les contrôles et les fouilles, ils sont plus de quatre cents à fuir les villes, pour échapper aux arrestations. Ils trouvent refuge au douar Sbaghnia, dans la wilaya de Blida, en attendant d’être envoyés en Tunisie et au Maroc. Mais là encore, leur nombre important finit par éveiller les soupçons des soldats français qui ne tardent pas à encercler la région. Si Zoubir de Soumaâ, Souleiman Tayeb, de son vrai nom, demande alors aux étudiants sans armes de sortir des refuges et de se replier, en remontant l’oued. Pour faire diversion, il mitraille les hélicoptères pour les empêcher de se poser. En dépit de son courage, le combat est inégal. Si Zoubir est mortellement touché d’une balle, il meurt héroïquement en ce 22 février 1957 ainsi que vingt-sept étudiants dont une étudiante, sur lesquels les parachutistes s’étaient acharnés avec une rare férocité. La nouvelle de la mort de Si Zoubir se répand comme une traînée de poudre dans les maquis. Ses amis le pleurent car ils viennent de perdre un frère de combat mais aussi un guide. L’heure de la vengeance a sonnéQuelques semaines après sa disparition, plus précisément, le 21 mars, et alors que le commando se trouve du côté de Lodi-Damiette, non loin de la ville de Médéa, un agent de liaison vient les informer de la présence de soldats français au douar Mechmèche. Pour les compagnons de Si Zoubir, c’est le moment d’aller venger leur compagnon. Ils marchent environ six à sept heures pour arriver à Mechmèche. « Nous devions faire très attention, car il faisait jour et les appareils ennemis survolaient sans arrêt la région. Il existait un poste militaire, installé au lieu-dit Haouch El-Yassourette (la ferme des petites soeurs de Jésus), à partir duquel les soldats français pouvaient nous repérer avec leurs jumelles. Aussi, pour pouvoir traverser les espaces non boisés, nous devions nous résoudre à ramper sur de très longues distances, ce qui était un exercice très éprouvant », se souvent Mohamed Cherif Ould El Hocine. Ils arrivent au village aux environs de 17h mais une fois sur place, ils apprennent que les soldats ennemis sont déjà repartis. « Cette nouvelle nous a causé une grande déception, car nous estimions que le fait d’être arrivés en retard sur les lieux nous avait privé de l’occasion de déclencher une attaque vengeresse contre l’armée française. De plus, nous sentions que la population du douar ne nous faisait pas un accueil habituel des plus chaleureux, et nous avions parfaitement saisi la raison du comportement des habitants du douar. Les gens estimaient que nous aurions dû arriver plus tôt pour pouvoir affronter les parachutistes qui brûlaient leurs maisons et semaient la terreur et la désolation sur leur passage… Nous ne devions pas tenir rigueur à ces pauvres gens de l’accueil froid, distant et lourd qu’ils nous infligeaient, car nous comprenions leurs souffrances », se remémore encore Ould El Hocine. Les moudjahidine se retirent dans un abri à quelques 300 mètres du douar pour se reposer et casser la croûte. Mais le lendemain très tôt, ils sont réveillés par les cris des villageois qui les alertent de l’approche de soldats français. Malgré la présence des moudjahidine à leurs côtés qui aurait dû les rassurer, les villageois prennent la fuite. Le chef du groupe, Si Moussa rassemble alors ses hommes et donne des instructions sur la tactique à suivre et les précautions à prendre. « Nous devions scrupuleusement garder un intervalle de 100 mètres d’un groupe à l’autre, prendre la direction opposée à celle prise par les civils dans leur fuite… Le point de rendez-vous avait été fixé sur la crête de la montagne de Tamesguida. Si Moussa nous a dit : « Que le premier groupe qui repère l’ennemi l’attaque ! » Si Rezki, chef de groupe, demanda à Si Moussa : « Et si les soldats sont trop nombreux ? », « Même s’ils sont toute une division, il faudra les attaquer. Et maintenant, courage, mes frères ! Avancez et ayez foi en Dieu, et qu’Allah soit avec nous ! » nous dit Si Moussa », raconte le moudjahid Ould El Hocine.« Si Zoubir n’est pas mort ! »Bien qu’invisible à leurs yeux, les différents groupes de moudjahidine se lancent à la recherche de l’ennemi. Deux groupes avaient déjà ratissé tous les environs et n’avaient pas vu l’ombre d’un soldat français. Restait le troisième groupe. Si Moussa qui scrutait au loin avec sa paire de jumelle repéra enfin les groupes de paras français. Ils se trouvaient dans une clairière, circulant par groupes de 5 à 6 militaires. Ils étaient vêtus de gandouras pour tromper la population. C’est alors que Si Moussa donne l’ordre à ses hommes de passer à l’attaque. « Nous devions, en faisant très attention, descendre en toute vitesse pour pouvoir prendre l’ennemi en tir croisé. Le troisième groupe, commandé par Si Ahmed Khelassi, l’adjoint de Si Moussa, attaqua les paras au moment même où nous sortions de l’oued pour prendre l’ennemi en sandwich ». Alors qu’ils s’apprêtaient à en découdre avec les militaires français, les moudjahidine entendent à nouveaux des cris de villageois : « Les soldats ! Les soldats ! » Surpris par ces appels, ils marquent un instant d’hésitation, croyant que l’ennemi se trouvait derrière eux. « Cette hésitation de notre part s’était révélée salutaire pour les paras, qui avaient commencé à prendre la fuite en emportant leurs blessés », avoue Mohamed Cherfid Ould El Hocine. Les soldats français se réfugient dans la koubba du wali Sidi El-Madani. « L’embuscade n’ayant pas réussi, l’accrochage a tout de suite commencé. L’ennemi occupait une position de tir meilleure que la nôtre, et nous devions donc faire très attention à ne pas nous exposer lors de nos tirs », explique le moudjahid. A ce moment là, le moudjahid Si Abdelkader Chamouni, d’Aïn-Defla, reçoit une balle qui lui écorche le cou alors qu’il tirait sur l’ennemi. Si Maâmar abat des feux nourris de mitrailleuse sur les deux côtés de l’oued pour faire croire à l’ennemi que les moudjahidine étaient lourdement armés. Alors qu’ils sont dans le feu de l’action, ils voient enfin arriver les renforts. Les moudjahidine du commando du bataillon de la wilaya IV, qui revenaient avec des armes lourdes récupérées dans l’embuscade de Dupleix (Damous) étaient venus leur apporter leur aide. Disposant d’un poste de transmission, les soldats français sollicitent des renforts, l’aviation ne tarde pas à survoler la région mais ils ne peuvent intervenir en raison du brouillard dense qui rend leur visibilité quasi nulle.Au sol, le commando Si Zoubir reçoit également l’aide d’une section commandée par Si Nacer de Ahmeur El-Aïn. L’officier de l’ALN poursuit son récit, en disant : « Si Moussa, résolu à en finir une fois pour toutes avec les paras, nous ordonna de faire un tir de barrage, de lancer nos grenades et de faire un assaut massif sur l’ennemi : « Allâhou Akbar, wal-houdjoûm fî sabîli ‘Llâh » (Dieu est le plus Grand ! À l’assaut dans la Voie de Dieu !). À l’intérieur de la kouba du wâlî, nous avons découvert des cadavres de paras, dont celui d’un lieutenant, ainsi que ceux de deux traîtres ». Malgré des échanges de feu nourris qui ont duré toute la journée, les moudjahidine n’accusent aucune perte dans leurs rangs, contrairement au côté français. Ils parviennent même à faire un prisonnier martiniquais, qui portait le grade de sergent-chef. Si Moussa lui ordonne de se déshabiller, puis ils passent à l’interrogatoire pour lui soutirer des informations. Si Moussa s’adresse ensuite à Ould El Hocine, en lui disant : « Si Cherif, prépare-toi, tu sais ce que tu dois faire ».  J’ai retiré une feuille de mon bloc-notes où j’ai écrit : « Si Zoubir n’est pas mort, il est toujours vivant ». Ensuite, Si Moussa ordonna à un moudjahid de charger son fusil de chasse de chevrotines et de tirer à bout portant sur le para martiniquais. Après cela, j’ai glissé ma feuille de papier entre les dents du para », confie l’ancien officier de l’ALN. Après leurs opérations au douar Mechmèche, le colonel Bigeard demande des volontaires pour passer la nuit au maquis en contrepartie d’une promotion dans le grade et d’une prime conséquente. Cinquante huit soldats se portent volontaires. Mal leur en prit car ils ne feront pas le poids face aux commandos de l’ALN qui les attendaient de pied ferme. « Après notre victoire sur les paras, toute la population de la région de Tamesguida, Kahahla, Mouzaïa était en liesse, les visages étaient rayonnants, particulièrement dans le douar Mechmèche dont les habitants avaient beaucoup regretté le mauvais accueil qu’ils nous avaient fait la veille. Nous avons pu leur prouver ensuite que nous n’avions pas peur des soldats français » et d’ajouter : « Nous étions grandement satisfaits d’avoir pu venger notre valeureux chahid Si Zoubir et les vingt sept étudiants qui avaient trouvé la mort avec lui, ainsi que les civils blessés par le Commando Noir de paras qui avait semé la terreur dans la région de Médéa, Blida, Mouzaïa, Chiffa, El Affroun… »Hassina AmrouniSources : http://nadorculture.unblog.fr/2010/01/22/le-moudjahid-mohamed-cherif-oul...http://www.liberte-algerie.com/contribution/le-petit-carnet-de-route-dun...
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