1e embuscade tendue à l’ennemi colonial dans la wilaya de Sétif
Embuscadede Delagua

Par La Rédaction
Publié le 28 juin 2017
Fadhel H'mimi
De g. à dr :  1- Commandant Si H'mimi.  2- Krim Belkacem 3- Mohamed Boudiaf.  A Beni Maouche,1962

C’est à la veille des événements survenus au Nord Constantinois le 20 août 1955 qu’une opération d’envergure nationale fut menée par les maquisards activant dans la région de Beni Ourtilane (wilaya de Sétif). Un groupe de soldats français, venu de Lafayette (Bougaa) vers Beni Ourtilane, escortait l’administrateur qui était en mission d’inspection au marché hebdomadaire de Ledjemaa n At Wertiran. Au retour dudit groupe, une embuscade fut tendue par un groupe de moudjahiddine, qui opérait sous les ordres de Bairi Rezki dit Arezki Laurès. Les militaires français furent accrochés au lieu dit Tighouine (plus exactement au col de Delagua dans la région de Beni Ourtilane, à la limite territoriale de la commune d'Ain Legradj). L’opération était dirigée par si H'mimi Feddal (plus tard commandant de la zone 1, Wilaya III) et son groupe, composé d'Allaouchiche Abdellah, Bouzenad Ahmed Salem, Zemmour Mohamed Arab, Redjdal Said ben Laarbi, Haroumi Mohamed Akli,  était épaulé par les mousseblines Sahabi Seddik (cheikh), Djiaba Saadi et un certain Tahar…
La veille de l'embuscade, les moudjahiddine étaient au village Igheldane à Beni Ourtilane. ils se sont réunis, dans le but d'aller à Zakou de Beni Gheboula résoudre le problème du moudjahid Ayoub Seddik Oubelkhir (chahid). Ce dernier avait des problèmes avec les quelques messalistes, qui s'opposaient à l’essor de la Révolution et à toutes les opérations qui lui étaient propres. Le matin du vendredi 19 août 1955, un des chefs de la révolution dans la région de la petite Kabylie, Houdjal Md Chérif Oudjenad (chahid) rejoint le groupe à Beni Ourtilane. Si H’mimi reçoit un message dans lequel on lui ordonnait de tendre une embuscade à l’ennemi, afin de desserrer l’étau colonial sur la région des Aurès. Le marché hebdomadaire de Beni Ourtilane étant réputé dans la région, une offensive de telle envergure pouvait mobiliser les masses populaires dans la lutte armée. Il avait rassemblé les mousseblines de la région à Tistoua n Lawlia (arbres ayant marqué la mémoire et le patrimoine de la région)– arbres situés dans l'enceinte de la mosquée de Ledjamaa n Ledjoumoua à Beni Ourtilane. Si H’mimi leur avait déclaré qu'ils allaient organiser une embuscade contre l'ennemi français. Un des membres demanda à si H'mimi de leur accorder encore quelques jours, pour mieux se préparer. Si H'mimi lui avait répondu que l'affaire ne dépendait pas de son autorité, pour annuler ou reporter l'opération : « Amirouche nous a enjoint par le biais de notre chef Arezki Laures d'accomplir la mission aujourd'hui même, et puis l'administrateur et son escorte sont là, un avantage de plus en notre faveur... » indiqua le responsable.  Avant que l'administrateur et son escorte retournent vers Lafayette, les moudjahidine : Feddal H'mimi, Allaouchiche Abdellah (chahid), Bouzenad Ahmed Salem (chahid), Zemmour Mohamed Arab (chahid), Redjedal Said (chahid), Harouni Mohamed Akli (chahid) se sont déjà positionnés à Tighouine, lieu de l'attaque. Les trois mousseblines Djiaba Saadi, Sahabi Seddik et Tahar sont chargés de monter la garde sur la crête de Takintouchet et de surveiller les sbaices installés à Beni Brahim. Les moudjahiddine embusqués aux abords de la route surprennent le convoi, en ouvrant le feu de tous les côtés. L'accrochage dure moins d'une heure. Dans les rangs de l'ALN deux moudjahiddines tombent au champ d'honneur ; il s’agit de Bouzenad Ahmed Salem et Zemmour Mohamed Arab, et un blessé, à savoir Allaouchiche Abdellah. Du côté de l’ennemi, on dénombre quelques morts et blessés. Avant qu'ils ne partent, le caïd Amer Bouzid Ben Abid arrive avec son chauffeur Z. Boubetra sur le lieu de l'embuscade, ils veulent secourir les soldats français, mais l'officier les en empêche: « Il n'y a plus de caïd, vous êtes tous pareils. ». Les soldats français partent, avec les cadavres des deux martyrs (les deux premiers martyrs de la wilaya de Sétif). Si H'mimi attendait les trois mousseblines. Il a demandé à Sahabi Seddik et à Djiaba Saadi de rentrer chez eux. Si H'mimi, Said, Md Akli et Tahar, ont emmené le blessé Allaouchiche Abdellah dans un gourbi. Repliés dans les vergers, ils trouvent Oumansour Aissa dans son moulin à eau à Ighzer n Isbous. Ils le chargent d'aller au village Igheldane avertir les moussesblines : Ouagouri Mohand Ourabah (chahid), Ouagouri Cherif (chahid), Harouni Remtane (chahid), Harouni Seddik (chahid), Adjout Zidane (chahid), Ouagouri Hocine (chahid), Redjdal Lahcene (chahid), Sekfane Ali (chahid), Belbal Messaoud, Redjdal Ali... pour venir secourir le blessé. Celui-ci est emmené jusqu'à Targat n Thouairth par les deux frères Harouni Remtane et Seddik, Adjout Zidane, Redjdal Ali. Quelque temps plus tard, Benlounis Larbi (chahid), avec l'aide de son mulet, arrive et le ramène à Thasgenchath au village Igheldane. C'est là qu'il reçoit les premiers soins donnés par Ouagouri Mohand Ourabah. Une semaine après, il est transféré à dos de mulet au village Oulmoutene à Beni Ourtilane, puis à Tala Tinzar de Beni Maouche où il fut pris en charge par les moudjahidines... ».
L’armée coloniale se venge contre la population, durant sept ans de guerre impitoyable.
 « Vendredi 19 août 1955, c'était une journée fraîche, avec un mélange de pluies fines et de bruine sur Tighouine, située au pied du mont de Takintouchet à Delagua dans le pays d'At Wertilan. Au souk El Djemaa, la journée était mouvementée par les hommes de la cité et de ceux qui sont venus des villages voisins pour s'approvisionner et s'informer sur l'avancement de la guerre de libération. Au milieu de la journée, tout le monde se sépare, un peu plus tard les coups des fusils les font rejoindre sur les lisières de leurs villages, ils furent empêchés par une mousseline de brume dense de suivre cet événement historique. Mais ce climat était une bénédiction pour les moudjahidines, il les a aidés à neutraliser l'ennemi et à se replier en toute sécurité à travers les vergers, une fois l'accrochage terminé, la brume s’est peu à peu dissipée pour laisser place à in beau soleil. Ainsi, le rêve de nos martyrs fut exaucé un certain 19 mars 1962. »¹

Honneur et gloire à nos martyrs
Écrit par Mezheri Mostapha

Sources et archive  :
Archive de la Coordination de l’ONEM de Beni Ourtilane, réunie le 16 novembre 1984 à Beni Ourtilane, dans le cadre de la rédaction des événements survenus durant la guerre de libération entre 1954 et 1958, dans la commune de Beni Ourtilane.  Il y avait Feddal H’mimi, commandant de la zone 1, le lieutenant Djennad Amer, le lieutenant Hanin Mezien, le lieutenant Bouzelaten Taib, l’adjudant Djerdjer Layachi, l’adjudant Tadjenanet Md Amezien, l’adjudant Ben Larbi Abderrahmane, Louaheche Moussa (membre de fédération de France), le moudjahid coordinateur Mezheri Mohamed.  
Témoignage :
- Sahabi Seddik
- Redjedal Ali
- Redjdal Moussa fils de chahid Redjdal Said (témoignage recueilli  auprès de madame Cheniouni Dahbia, veuve de chahid Redjedal Said et madame Oumansour Saadia veuve de chahid Ouagouri Md Ouemar)

- Harouni Rabah fils d chahid Harouni Remtane (témoignage recueilli
    auprès de madame Melatas Zineb, veuve de chahid Harouni Remtane)
- Harouni Mokrane fils de chahid Harouni Mohamed Akli
- Zemmour Mohamed Arab cousin du chahid Zemmour Mohamed Arab
- Ouagouri Slimane fils du Chahid Ouagour Mohamed Ourabah
- Allaouchiche  Mohand Seghir  fils du Chahid Allaouchiche Abdellah
- Oumansour Achour fils de chahid Oumansour Idris
- Témoignages des Moudjahiddines lors de la commémoration de la mort de Bairi Arezki le 19 janvier 1956, célébré le 20 janvier 2014, à son village natal Tala Tinzar (Bejaia)
- (¹) Boussadia Yamina, prisonnière de guerre
- Les citoyens de la région.

FIGURES HISTORIQUES

Une Algérienne au cœur de la guerre d’Algérie

Portrait de la moudjahida Eliette Loup

GUERRE DE LIBERATION

Mohamed Chérif Ould El Hocine raconte

Attaque de l’Ecole des officiers de Cherchell

MEMOIRE

Hommage à une Grande Dame

Décès de la moudjahida Izza Bouzekri

UNE VILLE, UNE HISTOIRE