« Ya achikine nar almahiba laha woukoud » Ô amoureux, le feu de la passion enflamme !
Chansons du terroir

Par La Rédaction
Publié le 31 jui 2018
Dans ce morceau choisi des textes de poésie chantée, le Dr Boudjemâa Haichour présente pour nos lectures Ya Achikine Nar Almahiba Laha Woukoud dont l’auteur est anonyme comme c’est la cas pour de nombreuses poésies recueillies du livre El Mouwachats wa El Azjals , tome 1, élaboré et présenté par Djelloul Yelles et El Hafnaoui Amokrane. En ce mois du patrimoine matériel et immatériel, n’est-il pas nécessaire d’évoquer, dans le corpus des chants de notre terroir, la poésie pouvant envoûter les lecteurs par la publication de poèmes qui ont marqué l’ambiance de nos fêtes. Ses traductions et commentaires du patrimoine musical ont fait œuvre d’art dans la vulgarisation et la compréhension tant de la poésie populaire que celle de la musique savante venue de l’âge d’or de l’Andalousie arabe en interaction avec celle des pays du Maghreb.

Que de métaphores ont forgées l’inspiration des poètes pour exprimer une émotion ou un sentiment dans l’esthétique d’une poésie chantée. La rencontre d’une belle femme ou la séparation font naître chez le poète un fort attachement sentimental. C’est l’œuvre chantée qui impose sa renommée et assure sa transmission, sa conservation pour les nombreuses générations. Ya Achikine Nar El Mahaba fait partie de ces pièces de poésie dialectale que de nombreux interprètes ont eu à chanter.
La séduction, l’amour courtois, voilà des thèmes portés sur le registre des chansons sur lequel chantres et poètes se laissent aller à leur muse. A l’occasion de cérémonies de mariage, il est souvent demandé au cheikh d’interpréter Ya Achikine Nar El Mahiba Laha Woukoud, qui est un morceau choisi dans les « mejmouates maloufiennes » et que parfois l’école de Constantine exécute dans un insraf mezmoum, alors qu’Alger le façonne dans un insraf raml et que Tlemcen le reprend dans un btayhi ghrib ou maya dans toute la rigueur modale.
Parmi les jeunes talents qui la chantent, Tawfik Touati, Hacène Branki, Riad Khalfa, Ahmed Aouabdia, Segni Rachid, bien sûr cheikh Salim Fergani et sans oublier
Ghazal Larbi qui l’entonne dans un style ensorcelant, de nombreux mélomanes me rappelant cette prestation unique dans l’interprétation de Ya Taleb qu’avait interprété le chanteur Ghazal dont j’ai eu à apprécier la diction et la sanâa lors d’un récital au Palais Malek Haddad.
Ya Achikine Nar Al Mahiba est une complainte amoureuse à des créatures aux beaux yeux pleureuses et larmoyantes, dont les traits pénètrent un cœur déchiré de douleur. Le poète, en voulant savourer un bonheur furtif, se trouve dans un état où la sveltesse et la blancheur de l’être aimé lui offrent un spectacle qu’il décrit avec passion. Voyons un peu comment se présente le texte transcrit de l’arabe.

« Ya Achikine Nar Al Mahiba Laha Woukoud
Al Aynou Sabat Khatri Hatta Abtala
Fi Yaoum El Larabaâ Lakayt Sâad Assou’oud
Hayfat Djazou Nahoua Djabal Ali
Yaddarajou Darj Alhamam Fi Al Bouroudj
Bein Al Bassatine Yadarrajou Darjoun Badi’
Qatfou Azahr Wal Yasmin Hatta Al Babnoudj
Al Banafsaj Al Azrak Ya Qatfou Min Ar Rabi’
Al Awraaq Anhoum Takhfaq Mithla Az Zounoudj
Watayrou Bi Tasbih Ila Rabi Assami’
Qamou Djami’ Wakfou ,Tahki Bounoud Soltane
Al Ward Ilahafou ,Yatakalal Bi Tijan
Wal Yasmin Qatfou Ma Bein Dhouk Al Aghsan
Man Zahr Qad Rayt houm Amlou Oukoud
At Khabbal Anasri Ala Sadrham Ali
Man Al Qaranfal zanahoum Hamr al Khoudoud
Abaou Akli Wa Anadhar Fihem Halla
Andhar Ila AlHayfat Fi Almanya Awkouf
Wakhdoudham Badr Kamel Ala Bachra
Hein Djazou Al Manya Nahaou Alhaf
Saqtou Al Adjayar Wal Djamal Qad Achtahar
Wana Antabaâ Atra Ilayhoum Anchouf

Wa Koul Mna Yarahoum Leissa An Yajid Asbour
Yasmaâ Dhelkhlakhal Wadaz Fi Amsayis
Wa Koul Khors Mayel Tahta Ach ‘our Naâs
Hein Zoulou Al Khlayal Anchaharat Al Mlabas
Atlas Wachichan Ghataou An Houd
Man Al Harir Labsou Thiyab Mou kamala
Wa Chaour kama Al Ghrab An Tilk Al khoudoud
Waayoun Ak hal niyam Soud Madhbla » .

O amoureux ! Le feu de la passion enflamme
Et l’œil ensorcelant mon âme recluse
Ce jour de mercredi, j’ai rencontré de bon matin
Des femmes élancées passèrent du haut de la montagne.
Dandinant comme des pigeons sur les crêtes
Entre les jardins, d’une démarche épatante,
Cueillant les fleurs, les jasmins et même les camomilles,
Les narcisses qui s’arrachent des herbes,
Et les feuilles qui palpitent comme des crotales en métal.

Gazouillis psalmodiant Dieu

 

Et les oiseaux au gazouillis psalmodiant au Dieu entendant.
Les roses en diadèmes auréolant de couronnes
Les jasmins cueillis d’entre les branches.
De ces fleurs, je l’ai vu former des colliers
D’églantier s’enchevêtrent autour de leurs poitrines,
Un girofle embellissant d’un éclat pourpre

Dames élégantes au regard transcendant

Ont pris mon esprit et séduit mon regard.
Regarde ces dames élégantes dominant la colline
Et leurs joues comme une pleine lune rayonnant sur les humains,
Passant devant El Mania dévêtues de leurs voiles
Et les masques tombant laissant voir la beauté déclarante.
Et moi d’un regard furtif les suivant,

Cliquetis des Khlakhels


Tous ceux qui les voient ne peuvent avoir de patience.
Ecoutant les cliquetis des khalkhals et la parure de bracelets,
Et chaque boucle accrochée, sous la chevelure endormie,
Lorsqu’enlevant les broches des poitrines, les habits ressortaient
Le satin et le tulle cachant les seins,
De la soie elles se revêtissent d’habits en complément
Et les chevelures couleur corbeau pendantes sur les joues,
Et les yeux noirs larmoyants de douceur me séduisant.

Voilà un essai de traduction de cette belle pièce du répertoire de Constantine. Sans doute, le lecteur saura que le texte est écrit en arabe dialectal et n’est pas soumis aux règles de la prosodie arabe. Les mots relèveraient davantage du dialecte de l’Ouest du pays, précisément de Tlemcen.
Certaines altérations sont de version constantinoise. On ne sait pas aussi si l’auteur parlait de la localité d’El Mania, située près de Constantine. Ce morceau se trouve être également dans les répertoires d’Alger et Tlemcen. A moins que l’expression Mania, voulant dire hauteur ou colline. Le poète semble parler d’El Mania de par la description du lieu.

 

El’lhaf ou le voile blanc de la séduction féminine

A ce regard logé dans les cimes des monts d’El ManiaA ce regard logé dans les cimes des monts d’El Mania, l’auteur nous décrit les femmes en voile blanc, les apercevant passer et libérant des parfums d’aromate au corps frais qu’embellissent des poitrines à peine revêtues de soie. La chevelure abondante et noire ornant les épaules et ses boucles rebelles se relèvent indomptées, noyant les rubans dans un flot d’ondes enchevêtrées.
L’auteur se laisse emporter par ce doux sentiment de joie devant la beauté de la vie, des femmes et de la nature et s’éprend avec ardeur par la fascination et se trouve troublé dans son âme languissante. Pour parler justement d’un esprit ravi de chagrins qui cachent des secrets l’auteur devant ces colliers de tendresse et ces perles égrenées, devant ces femmes somnolentes de beauté de ces joues écarlates, invoque dans Ya Achikine Nar Al Mahaba ce cœur désemparé. Aux haleines parfumées dans les nuits douces, le zéphyr nous confie le secret de ce jardin où se trouve la bien-aimée auréolée d’une pleine lune et mouillée par la rosée dans son tulle en soie.

Dr Boudjemaâ HAICHOUR
Chercheur-Universitaire.

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