L’Algérie, dans la vague afro-asiatique

Par Fateh Adli
Publié le 30 jui 2018
Très tôt, le mouvement des pays afro-asiatiques issu de la conférence de Bandung a fourni au FLN un cadre stable lors des trois conférences du mouvement : d’abord, la Conférence de Bandung (avril 1955), qui reconnaît le droit à l’Indépendance des trois pays du Maghreb, puis la Conférence du Caire (décembre 1957), dont le Conseil de solidarité des peuples d’Afrique et d’Asie a organisé une semaine de «solidarité avec l’Algérie en lutte», et enfin la Conférence de Belgrade (septembre 1961).
Lieu de la conférence de Bandoeng
Vue sur la salle où a eu lieu la conférence de Bandoeng en 1955

Aussi, le groupe afro-asiatique à l’Assemblée générale des Nations unies de 1955 à 1962, présentait annuellement un projet de résolution, élaboré en collaboration avec les représentants du Front de libération nationale, dans le cadre de sa commission dédiée à Algérie. Si le sous-groupe arabe votait toujours en parfaite harmonie, ce n’était pas le cas pour l’ensemble du groupe en raison du grand nombre d’Etats membres qui s’alignent d’une manière ou d’une autre avec les puissances occidentales : en Asie (Turquie, Iran, Thaïlande, Philippines et Japon), et en Afrique (globalement les pays francophones).
Un bref rappel des actes de reconnaissance du GPRA montre que parmi les quinzièmes premières décisions enregistrées depuis 1958, on trouve l’ensemble des pays membres de la Ligue arabe : L’Egypte, la Syrie, la Jordanie, le Yémen, le Soudan, la Libye, la Tunisie, le Maroc et le Liban et un seul Etat islamique d’Asie : l’Indonésie. Parmi les Non-alignés, les pays communistes ont été les premiers à s’y engager, en tête desquels figurent la Chine populaire, la Corée, le Nord du Vietnam et la Mongolie. Sans oublier l’engagement de quatre pays africains membre de l’organisation : le Ghana, la Guinée, le Libéria et le Togo.
Cet élan anticolonialiste a beaucoup aidé à élargir le cercle de sympathie pour la cause algérienne en Amérique latine. Ainsi, la plupart des pays d’Amérique latine avaient, à l’instar des Etats-Unis et des amis européens de la France, décidé de voter contre l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour de la dixième session de l’Assemblée générale des Nations unies. Mais les choses ont commencé à changer après le triomphe de la révolution cubaine de 1959. En effet, le régime de Fidel Castro fut le premier dans le continent à reconnaître le GPRA, et cela s’est passé en juillet 1961.
Il faut souligner que le bloc communiste n’était pas, au début, un allié naturel ou privilégié de la Révolution algérienne. L’anticolonialisme et la lutte contre l’impérialisme n’étaient plus, pour l’Internationale communiste, une priorité comme ils l’étaient durant les années 1930 et 1940. En 1957, les pays communistes d’Asie participant à la Conférence de Bandung ont apporté un franc soutien à la cause algérienne. Puis, à leur tour, les pays communistes d’Europe représentés aux Nations unies, voteront à l’occasion de la dixième session de l’Assemblée générale, en faveur de l’inscription de la question algérienne. De son côté, l’Union soviétique accorda, dès 1957, un important soutien militaire qui ne cessera d’accroitre après la Conférence afro-asiatique, tenue au Caire, mais, après le retour du général de Gaulle au pouvoir, Moscou a tempéré son soutien, qui est devenu plus secret.
L’Histoire retiendra que l’Union soviétique et ses alliés n’ont reconnu officiellement le Gouvernement provisoire de la République algérienne qu’en octobre 1960, et ce dans le dessein d’encourager de Gaulle à se retirer de l’OTAN. A l’inverse, la Chine et les pays communistes voisins ne posèrent aucune condition pour reconnaitre les représentants légitimes du peuple algérien, et proposèrent une aide économique et militaire illimitée. Ce qui va inciter le Kremlin de leur emboiter le pas, après l’échec du sommet de Paris et le retour à la «guerre froide» au milieu de l’année 1960. A la même période, et plus précisément en avril 1961, deux pays du bloc de l’Est : la Tchécoslovaquie et la Bulgarie décident de reconnaître le GPRA.
Par ailleurs, et afin d’accélérer l’isolement du gouvernement français, le FLN a dès 1957 fermement condamné le soutien militaire de l’OTAN et le soutien économique de l’Europe aux projets euro-africains. Cette campagne visait à mettre les alliés occidentaux devant leurs responsabilités, tout en encourageant le bloc de l’Est à intensifier son soutien à la cause algérienne. Après le retour au pouvoir du général de Gaulle en France, le FLN décide de renforcer la coopération diplomatique avec le bloc de l’Est et les pays communistes d’Asie tout en acceptant la proposition d’une coopération illimitée dans le domaine des armes.
En somme, l’Algérie aurait pu devenir un champ de bataille pour la guerre froide. Mais le GPRA n’a pas mis à exécution sa menace de sceller une alliance stratégique avec le bloc de l’Est, car cela risquait de lui faire perdre son autonomie de décision et sa souveraineté chèrement acquise, du fait de sa dépendance à l’un des blocs et de renforcer, ainsi, l’unité du bloc hostile à la France. Les dirigeants de la Révolution algérienne craignaient, surtout, de perdre le soutien indispensable des deux principaux alliés naturels : la Tunisie et le Maroc, et d’exposer ses militants à des conditionnements idéologiques qu’ils ne pouvaient pas assumer.

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