Le commandant Mohamed Boudaoud dit «Mansour»
L’Algérien qui a dit «NON» à Yves Courrière

Par Salim HOURA
Publié le 02 juin 2012
Proche collaborateur de Boussouf et de Boumediene, le commandant Mohamed Boudaoud, officier supérieur de l'ALN et responsable de l’armement et ravitaillement général pour la région Ouest durant la Révolution de libération nationale, a longuement contribué à doter l’ALN d’une industrie d’armement et dans l’organisation des réseaux d’achat d’armes au profit de la Révolution.
Le commandant Mohamed Boudaoud dit « Mansour »
Abdelaziz Bouteflika debout la main sur la bouche , à sa droite Mohamed Boudaoud. A sa gauche Mohamed Rouai et Abdelhafid Boussouf en kachabia
Mohamed Boudaoud et Abdelhafid Boussouf visitant un atelier d'armement
Mohamed Boudaoud dans une réunion dans laquelle sont présents Boumediene, Boussouf et le colonel Lotfi
1 - Mohamed Bouadoud, dit Mansour, 2 - Colonel Ali Kafi, 3 - Colonel Abdelhafid Boussouf, 4 - Commandant Mohamed, Rouaï, dit Tewfik , 5 - Le colonel Houari Boumediène avec des cardes et des militants
Mohamed Boudaoud et Dahou Ould Kablia, ministre de l'Intérieur

L’histoire de la Révolution algérienne appartient aux Algériens. Faisant sien ce concept, le commandant Mohamed Boudaoud dit Mansour révèle qu’il a refusé à quatre reprises de recevoir l’historien-réalisateur français, Yves Courrière, qui l’a sollicité à plusieurs reprises avant la réalisation de son film-documentaire La guerre d’Algérie. Ce moudjahid de la première heure, natif du village Taourga et de parents originaires du village Azrou-Bwar, dans la commune de Mizrana, demeure convaincu, à l’orée de la célébration du 50e anniversaire de l’indépendance, que « l’histoire de la Révolution algérienne appartient aux Algériens et c’est à eux, acteurs, de l’écrire pour que les générations à venir apprennent les événements réels». Une histoire faite par des hommes ayant consacré leur vie au service d’un idéal. Officier supérieur de l'ALN et responsable de l’armement et ravitaillement général pour la région Ouest durant la Révolution de libération nationale, Mohamed Boudaoud a travaillé directement avec les principaux chefs historiques dont le colonel Boussouf, colonel Lotfi. Né en 1926, Mohamed Boudaoud a milité dès son jeune âge en 1944 dans son village natal Taourga au sein du PPA. En 1946, il rejoint Alger où il a continué à militer au sein du MTLD jusqu'à 1947, année où il rejoint l'Organisation secrète et paramilitaire (OS), qui formait des sousofficiers pour le déclenchement de la Révolution armée.

En 1950, l'activité de l'OS suspendue, en raison de l'arrestation de responsables et de militants, Mohamed Boudaoud reprend son activité militante au déclenchement de la révolution en Tunisie, ensuite au Maroc. Ayant intégré les services de renseignement du FLN à Alger, Mohamed Boudaoud est mandaté en 1955 par le colonel Ouamrane, chef de la wilaya IV, pour se rendre au Maroc avec pour mission de se procurer des armes pour les envoyer à la région IV.

Arrivé au Maroc, point d'armes du fait que les Marocains venaient à peine de recouvrer leur indépendance sous le règne de Mohammed V. « Au fait, les Marocains hésitaient encore du fait qu’ils ne faisaint pas confiance aux Français », souligne Mohamed Boudaoud. Aussi se met-il à s'organiser à Casablanca, Meknès, Rabat et à former des cellules du FLN. « Nous avons collecté un million de centimes que nous avons envoyé au colonel Ouamrane par le biais d'un agent de liaison. Arrivé à Alger, il a remis cette somme à Ouamrane, et ce dernier lui a dit : « Tu diras à Mohamed Arezki (on me nommait ainsi en ce temps-là), nous ne voulons pas d'argent, mais des armes. » Avant que l'agent de liaison ne revienne d'Alger, Boudiaf, qui ignorait tout de cette mission, avait appris qu'il y avait une organisation qui s'est constituée au Maroc. Or, cette région dépendait de lui et il a demandé d'aller le voir à Tétouan », révèle le responsable du MALG. Ayant appris l’objet de la mission, Boudiaf intime l’ordre à Mohamed Boudaoud de continuer son travail de récupération d'armes au Maroc tout en lui précisant : « Ouamrane je m’en charge. » Entre-temps, Boudiaf a mis en contact Mohamed Boudaoud avec Si Mabrouk (colonel Lotfi) et Boumediene. Sa mission entamée, il réussit à prendre contact avec l'Armée de libération du Maroc pour le transfert de djounoud, du moins les militaires incorporés dans l'armée française et qui avaient déserté et combattu avec l'Armée de libération marocaine, ainsi que les Algériens et autres volontaires qui voulaient combattre dans les rangs de la Révolution. Ceux-là ont été transférés vers la Wilaya V à Aïn Safra, sous la responsabilité, alors du colonel Lotfi. Après le détournement de l'avion qui transportait Boudiaf, Aït Ahmed, Lacheraf, Ben Bella et Khider, le commandant Boudaoud travailla directement avec Boussouf, chef de la Wilaya V. En 1958, il prendra la tête de l'armement et du ravitaillement général à l'échelle nationale. En 1960, après l’éviction de Mahmoud Cherif, alors ministre de l'Armement au sein du gouvernement provisoire, « du fait que le ministère de Mahmoud Cherif a été noyauté par les Français », Mohamed Boudaoud sera ensuite directement sous les ordres de Boussouf, qui a repris l'armement en plus des services de transmission générale.

Parmi les faits d’armes du commandant Mohamed Boudaoud, on citera le rapatriement depuis le port de Cadix (Espagne) en 1956 d’un bateau contenant 70 tonnes d’explosifs, détonateurs et de cordons bifores que les Marocains avaient achetés auparavant. L’indépendance proclamée, les Marocains prirent attache avec Boudiaf pour lui proposer le chargement. Ce dernier chargea Boudaoud de rapatrier de Cadix (Espagne) le bateau en question. La marchandise transita par Hassinia (Maroc) le 21 décembre 1956. Vingt tonnes ont été ainsi acheminées le 22 décembre à Alger par des camions de fruits et légumes. Une autre cargaison a été affectée à Alger deux jours plus tard. Mais à Alger, le contact n’était pas au rendez-vous. Benkhedda et son groupe étant alors obligés de prendre la fuite, aussi la marchandise fut renvoyée à son lieu d’envoi.

L’autre fait marquant a eu lieu lorsque le colonel Boumediene demanda au commandant Mohamed Boudaoud de lui procurer au moins deux bazookas pour commettre des attentats et faire comprendre aux Français que la révolution continue. « Pour ce faire, j’ai sollicité mes amis marocains qui ont mis à profit le voyage de Mohamed V en Egypte pour les faire entrer dans des valises diplomatiques », révèle le commandant Mohamed Boudaoud qui a longuement contribué à doter l’ALN d’une industrie d’armement et dans l’organisation des réseaux d’achat d’armes au profit de la Révolution en implantant cinq unités de fabrications d’armements au Maroc. Dans cette entreprise, il y avait aussi un certain Messaoud Zeggar dit Rachid Casa. A l’indépendance, ses unités ont réussi à fabriquer 10 000 mitraillettes dont 5 000 montées et 200 mortiers. Au MALG, Mohamed Boudaoud a été apprécié pour ses qualités, dont un dévouement à toute épreuve au point de mériter la totale confiance de Boussouf. Aujourd’hui, il garde encore la même détermination et la même fougue.


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