Qui se souvient des frères Boubekeur ?
Beni-Saf, terre de martyrs

Par Hassina AMROUNI
Publié le 16 Jan 2018
A l’instar des autres régions du pays, Beni Saf a subi durant la colonisation française toutes sortes de privations et d’injustices. Aussi, lorsque la guerre est déclarée, le 1er novembre 1954, contre l’occupant colonial, ils sont nombreux à prendre les armes.

Beni Saf a ainsi donné en sacrifice à l’Algérie les plus valeureux de ses enfants. Sans distinction d’âge, de sexe, de rang social ou de niveau intellectuel, ils ont donné leur vie pour que vive l’Algérie libre et indépendante. Aujourd’hui, Beni Saf se souvient de toutes ces âmes pures sacrifiées sur l’autel de la liberté. Elle se souvient de tous ces fils, frères, parents, voisins ou amis qui ont pris les armes et qui sont morts pour que l’Algérie retrouve sa souveraineté. Oui, Beni Saf se souvient de Benallal Si El Missoum, des frères Sidi Yacoub Moulay et Sidi Yacoub Mohamed, Kadour et son épouse, tous deux portés disparus.
Elle se souvient aussi de la famille Boubekeur qui compte sept martyrs, tous frères, nés du même père et de la même mère.
C’est dans le quartier de Boukourdan (aujourd’hui Nahda) que les Boubekeur grandissent. C’est aussi dans leur fief qu’ils voient naître leur fibre patriotique et leur engagement pour la Révolution de novembre.
Dans un témoignage consigné au niveau du musée du moudjahid de Beni Saf, on retrouve le récit poignant de la veuve de Boubekeur Chikh : « Chikh ainsi que deux de ses frères, El-Habib et Boucif, avaient rejoint les rangs de l'ALN en 1956. Tandis que les quatre autres – Mohamed, Miloud, Ahmed et Boubekeur (celui-ci porte son prénom comme son nom) – avaient suivi les mêmes pas que leurs frangins mais en menant la vie dure au colonisateur, à l'intérieur du périmètre urbain. Mais tous, tour à tour, tombèrent au champ d'honneur, Chikh en premier. »
Toujours dans son témoignage, Kheira Boudlal, ajoute qu’un jour, avec son époux, ils étaient allés passer la nuit chez Boucif. Au petit matin, son époux lui demande de lui préparer de l’eau chaude pour qu’il fasse ses ablutions quand ils entendent frapper à la porte. Un groupe d’hommes était venu informer Chikh que le douar d'El M'dadha (situé sur le flanc droit de l'oued Tafna, aujourd'hui commune Emir-Abdelkader) était encerclé par l'armée française qui s'apprêtait à lancer une offensive contre la population. Les villageois sollicitaient l’aide de Chikh.
« A peine la prière accomplie, on était dans la voiture pour rallier la région de M'dadha. Chikh était au volant. Arrivés près de Sidi Mehdi (15 m à l'ouest de Béni-Saf et à 10 m du dit village), on vit un hélicoptère de l'armée coloniale survoler la région. Et pour échapper au contrôle du pilote, Chikh fonça sous un grand arbre à feuillage touffu. On resta cachés pendant un long moment. L'avion tournait toujours dans le ciel. Plus bas, sur un flanc de l'oued Tafna, un berger gardait un troupeau de moutons. Dès que l'avion s'éloigna, Chikh me demanda de trouver un moyen pour retourner à Béni-Saf, avant de rejoindre le berger en courant. Je vis ce dernier lui passer sa gandoura (djellaba). Chikh prit ensuite la direction sud, avant de s'effacer pour rejoindre les autres khaoua. Plus tard, j'ai appris qu'il était tombé, les armes à la main, au champ d'honneur lors de cette même bataille de M'dadha. »
Après Chikh, Boucif et Boubekeur tombent, à leur tour, au champ d’honneur en 1957. Un an plus tard, Ahmed, fidaï, meurt lui aussi en martyr près d'El-Ançor (3 km sur l'ancienne route d'Oran). Surpris par des tireurs embusqués, ce dernier est tué avec ses deux autres compagnons de lutte, à savoir Mehdi Bouchelafi et Fatima el-khayata (la couturière), une femme très engagée dans le combat pour la révolution.
Fidaï, comme son frère Ahmed, Miloud participe à diverses opérations d’éclat avant d’être arrêté en 1959. Dans leur abjection, ses tortionnaires n’hésitent pas à le jeter du haut du pont de Boukourdan où il trouve la mort après d’atroces souffrances.
Agent de liaison, Mohamed meurt près d'El-Bitour, autre vieux quartier de Béni-Saf, quant à El Habib, il connaîtra la fin la plus atroce, en étant enterré vivant dans une fosse commune.
Tout comme les frères Boubekeur, d’autres familles beni-safiennes perdront plusieurs membres durant la guerre de libération, à l’image de la famille Brahimi qui compte cinq martyrs : le père Safi et ses quatre fils : Mohamed, Abdelkader, Miloud, Chikh, tous fusillés après avoir été ligotés à des poteaux électriques.

Hassina Amrouni

Sources :
http://www.algerie-dz.com/forums/archive/index.php/t-185972.html
(Mohamed Bensafi, Le quotidien d’Oran)
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