Echec au plan de Gaulle
Manifestations populaires du 11 décembre 1960

Par Hassina AMROUNI
Publié le 23 Jan 2018
De retour au pouvoir suite au putsch du 13 mai 1958, le général de Gaulle a un plan pour l’Algérie, il pense qu’il possède la solution à la guerre coloniale menée déjà depuis quatre ans et qui freine le développement et le rayonnement de la France dans le monde. Selon les écrits de certains historiens qui ont traité de la question quelques années plus tard, il estimait que la domination coloniale sous ses formes traditionnelles était dépassée.
Décembre 1960, Alger barricadée
Décembre 1960, Alger barricadée

L’armée française était enlisée dans une guerre qu’elle ne dominait pas et qui lui coûtait cher. De Gaulle estimait même que le commandement de l’armée française en place en Algérie ne pouvait pas mener convenablement cette guerre. L’armée française était jugée trop lourde, statique, laissant l’initiative aux combattants de l’ALN, n’ayant aucune prise sur les populations qui apportaient leur appui aux combattants pour l’indépendance. De Gaulle se méfiait des mouvements politiques de la minorité européenne qu’il considérait comme extrémistes, ayant même été sympathisants du maréchal Pétain, farouchement antigaullistes. De Gaulle voulait faire émerger des militants politiques au sein de la majorité algérienne qui seraient acquis au maintien de la présence française, ce qui signifiait pour lui acquis à sa personne. Dès son retour au pouvoir comme Premier ministre, il opère des changements à la tête de l’armée. Le général Challe succède à Salan comme commandant en chef. L’armée voit ses moyens renforcés. C’est la période des grandes opérations militaires menées par des troupes plus nombreuses qui désormais occupaient le terrain. De Gaulle était conscient que l’armée française estimait pouvoir gagner la guerre en Algérie. Il décida de lui en donner les moyens pour servir sa politique. Les partisans les plus résolus de l’indépendance (regroupés au sein du FLN) devaient être vaincus sur le terrain. L’ALN connut des moments extrêmement difficiles Les troupes de combattants étaient sans cesse poursuivies par les « commandos de chasse » de l’armée française, composés essentiellement de ralliés algériens, qui sortaient la nuit et occupaient le terrain à  la recherche du combat avec les soldats de l’ALN. A l’opération « Jumelles » succéda l’opération « Pierres précieuses ». Le plan Challe avait son pendant qui était l’aspect politique du plan de de Gaulle : la promotion des populations algériennes. Ce fut l’œuvre notamment du plan de Constantine. De Gaulle voulait améliorer la situation des populations algériennes et sortir celles-ci de la misère, en offrant notamment de l’emploi et de meilleures conditions de vie. Ce fut le trait marquant de la démarche du général : amener les populations algériennes à demander le maintien de la présence française qui apporterait de meilleures conditions de vie. Le FLN militairement vaincu par les grandes opérations du plan Challe, on pouvait espérer dégager une direction politique acquise au maintien de la présence française, refusant l’indépendance au profit d’une « coopération » avec la France, appuyée par une population algérienne, nombreuse à goûter les bienfaits de la présence française. Le 5 mars, de Gaulle précise sa pensée au cours d’une conversation avec des militaires sur le terrain :
« Une Algérie algérienne, liée à la France. » Il avait précisé : « Il n’est pas question de rétablir le système d’avant. » Pour lui, « l’indépendance est une monstruosité » En fait, c’est comme s’il voulait d’une Algérie algérienne, sans le FLN, militairement éliminée et soumise à la France, dirigée non par des Français, mais par des Algériens résolument attachés à la France, soutenus par une population convaincus des bienfaits de la présence française et surtout profondément attachés à la personne du général de Gaulle. Le 14 juin, il réitéra son appel au GPRA, affirmant qu’il était prêt à donner la parole au peuple algérien et assurant que le peuple algérien prendra selon lui la décision du bon sens : « Accomplir, en union avec la France et dans la coopération des communautés, la transformation de l’Algérie algérienne en un pays moderne et fraternel. » Le 15 juin, on annonça la création à Alger du Front de l’Algérie Française (FAF) qui chercha à regrouper les éléments les plus résolus de l’Algérie française et qui revendiqua un million d’adhérents. Le 4 novembre, dans un discours radio télévisé, de Gaulle parla d’une « république algérienne laquelle existera un jour… » Le 11 novembre, au cours des cérémonies officielles, la population d’Alger montra ouvertement son hostilité à la politique du général de Gaulle en s’en prenant aux officiels. Le général annonça son prochain voyage en Algérie du 9 au 13 décembre alors qu’un nouveau référendum était annoncé pour le début de l’année, le général ayant l’intention de solliciter l’accord du peuple français sur une nouvelle organisation des pouvoirs publics en Algérie. Les extrémistes de l’Algérie française appelèrent à manifester contre la venue du général. Entre temps, le général avait décidé de remplacer le commandant en chef, Challe et le gouverneur général Delouvrier par respectivement le général Crépin et Jean Morin, désigné délégué général du gouvernement. Les positions se radicalisent, notamment parmi les militaires activistes. Le FAF lance un ordre de grève générale. Le 9 décembre, dès 10 heures du matin, CRS et gendarmes sont attaqués à Alger par la foule déchainée. De Gaulle est à Aïn Témouchent où il est accueilli par les réactions hostiles des Français d’Algérie. Le général lzes ignore ouvertement et salue les Algériens qui l’acclament et scandent « Algérie algérienne ». On craint un attentat sur la route. La tension est à son comble. A Alger, les Européens s’en prennent ouvertement aux populations algériennes. Il y eut des morts. Les Algériens qui manifestent refusent de scander les mots d’ordre comme les poussent les agents de l’administration. Ils brandissent des drapeaux du FLN et des pancartes appelant à la négociation pour l’indépendance. Les mêmes slogans fusent à Diar el Mahcoul, Belcourt et aussi dans des villes de l’intérieur, à Oran, Blida, Annaba. Partout, les forces de l’ordre composées de gendarmes et de CRS tirent sur les populations.    
Les manifestations eurent un grand retentissement à New York où se déroulait la session de l’Assemblée générale. Ces manifestations signifièrent la fin du rêve politique de de Gaulle qui avait espéré éliminer militairement et politiquement le FLN et dégager une force politique algérienne acquise au maintien de la présence française. Par ces manifestations, la population algérienne se prononça ouvertement pour les négociations d’indépendance avec le GPRA.     

Boualem Touarigt

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