Constantine médina au confluent des rituels
9e centenaire sur les traces de Sidi Boumediene - Incursion dans les lieux de la spiritualité

Par La Rédaction
Publié le 23 Jan 2018
Lorsque mes amis du Club Soufi de Djoul Travel Culture de Tlemcen m’avaient invité à participer à ce séminaire organisé dans cette belle ville de Constantine, j’ai répondu avec plaisir comme je l’ai fait d’ailleurs il y a de cela deux ans à Tlemcen où nous avons célébré et parlé des us et coutumes du Mawled En Nabaoui Echarif.
 A gauche, l’ancien maire de Constantine Abdelhamid Chibane,  Dr. Boudjemâa Haïchour et Dr. Sari Ali Hikmet

Constantine est une des villes du pays dont la vie religieuse et culturelle est des plus denses. Ville-phare au passé riche en événements et dont la médina recèle des trésors archéologiques et des rituels liés à son passé plusieurs fois millénaires, « celle d’une ville qui sacralise le chiffre sept. Sept portes, sept ponts… Te voici dans ta ville aujourd’hui, embrasse la avec tes yeux, touche-la avec ton cœur aussi vert qu’un bourgeon pulvérisant le roc des ponts de l’histoire, cajole-la, admire son voile noir transpercé et les mille et une histoires. Respire son effluve qui exhale la grandeur de l’âme, sens le parfum de sa terre tendre et sereine, décore-la d’une médaille de la fragrance et d’une autre de l’harmonie pour l’éternité.
 La voici comme elle t’a toujours habitué, avec son grand cœur, le bruissement de son val et ses pierres enterrées telles des perles rares cachées parfois et dévoilées mille fois par l’écoulement de son eau ; parfois par colère et mille fois par nostalgie. (Extrait du roman de Zhor Ounissi d’Aveux et de Nostalgie- Djasr Li Al Bouh wa Al Akhar Li Al Hanine).
Avant de faire une incursion dans la médina où s’élevaient des dizaines de zaouïas, de mosquées et des mausolées d’awyas al salihines, il y a eu une personnalité marquante qui eut l’occasion de traduire la pensée de Sidi Boumediene de son temps c’est Ibn Al Khatib Al Kassentini dit Ibn Quenfed El Kassentini. Cet illustre savant et non moins théologien contemporain d’Ibn Khaldoun, est resté méconnu et particulièrement dans sa ville natale. Ibn Quenfed est né à Constantine en 741 de l’Hégire correspondant à l’année 1340 J.-C. Sa généalogie remonte loin dans l’histoire : Ibn Al-Khatib, Ibn Hassan ben Ali, Ibn Mimoun Ibn Al-Quenfed Al Qacentini Abou Al Abbas connu sous le nom d’Ibn Al Khatib et Ibn Quenfed.
Elevé dans une famille de théologiens et de lettrés, parmi eux son grand-père Ali ben Hassan ben Mimoun ben Quenfed Al Qacentini, mort en 733 H= 1333 J.-C., qui fut cadi du rite malékite et imam de la Mosquée de Constantine durant soixante ans.
 Son père Hassan ben Ali ben Hassan ben Mimoun ben Quenfed Al Qacentini mort en 750H =1349 JC fut un docteur de la loi islamique (madh’hab al Maliki). En effet, ce rite fut établi par Malek ben Anas dit imam de Médine, né en 97 H= 715 J.-C. et mort en 179 H= 795 J.-C.
 Son école aux méthodes rigoristes possède de nombreux adeptes au Maghreb. Son code de droit est basé sur el Ijmâa ou consentement général des docteurs de Médine. Ses fatwas sont d’autorité. Plus tard, le jurisconsulte égyptien Khalil ben Ishaq, plus connu sous le nom de Sidi Khlil, mort en 1374 J.-C., composa le Mokhtasar ou le précis de droit malékite qui sera commenté par divers auteurs.
 Son père a fait des études à Constantine, à Bejaia puis entreprend le voyage du pèlerinage à la Mecque. De ses ouvrages on peut citer Al Massoun fi Ahkam Ata’oun, un traité où il parle de la peste, et un autre Massa’il Al Moussatara Fi An Nawazil Al Fik’hia, précis de commentaire du droit musulman.

Ibn Quenfed al Qacentini, cet érudit

Ibn Quenfed est un érudit au sens plein du terme. C’est un encyclopédiste. Il publiera plus de vingt-sept ouvrages dans différentes disciplines : généalogie, théologie, médecine, astronomie, métrique, linguistique, grammaire et mathématiques. Il est l’auteur du livre Walayat Al A’yanes ou Nécrologies des dignitaires ou les notables et savants célèbres par leur parfaite connaissance du fik’h ou sciences théologiques. Issu d’une famille de jurisconsultes connue pour son mérite scientifique, religieux et culturel, il jouissait d’un respect et d’une position confortable auprès du pouvoir dynastique hafside installé à Tunis puis à Constantine.
En 759 H= 1357 J.-C., il partira au Maroc et y séjournera dix-huit ans à la recherche de sources du savoir et de la science notamment auprès des Qaraouyynes. Il sillonnera tout le territoire marocain particulièrement Marrakech, Sala, la maison d’Ibn Toumert à Hantata et Dakala et s’installera quelques années à Fez.
 Il rencontrera des célébrités en matière de char’ia tels Al Kabab Chérif Tlemçani, Ibn Marzouk et deviendra cadi dans cette ville en l’an 769 H=1367 J-C. Ibn Quenfed revient à Constantine armé de sciences et de connaissances théologiques en l’an 786 H= 1384 J.-C. et exercera plusieurs fonctions dont celles de muphti et enseignant. Parmi les ouvrages qu’il a écrits dans le domaine de l’histoire, du fik’h, de la logique, l’astronomie, les mathématiques, le soufisme et la littérature. Il commencera la lettre du Cheikh Ibn Abi Zeïd. Il écrira le livre des Wilayas trois ans avant sa mort qui intervint en l’an 810 H= 1407 JC.

Ibn Quenfed : de la théologie a l’astronomie

L’ouvrage en question après la Bismallah donne à lire une poésie du genre mystique gharami sahih (mon vrai amour) en hommage à Abi Al Abbas Chiheb Eddine Ahmed Ben Fredj Ben Ahmed Ben Mohamed Al Lakhmi Al Ichbili, mort à Damas en Djoumad de l’an 699 H= 1299 J.C., une poésie amoureuse (Al Ghazali) d’une grande richesse littéraire. Il abordera dans d’autres ouvrages des constructions technologico-juridiques islamiques telles que le Quyas ou l’analyse des causes de similitude ou de dissemblance et pondération de leur valeur respective par rapport à deux situations comparées.
Il exposera les grandes vertus de l’éthique islamique. Il parlera d’Okba Ibn Nafâa mort en 63 H à Biskra dans les Ziban. C’est ce livre qu’il a intitulé Wilayat Al A’yane où il classifie depuis l’événement de l’Hégire tous les savants musulmans célèbres, le prophète et ses compagnons etc.

En quête du savoir de Marrakech-Tlemcen-Constantine         

Parmi ceux qui ont commenté Ibn Quenfed, Cheikh Ahmed Baba Soudani, Sanhadji Soufi de la contrée de Tombouctou au siècle 10 de l’Hégire et qu’il a intitulé
« Nayyat Al Ibtihaj Bi Tatriz Adibaj » (Etre charmé d’un habit brodé).
 En revenant en Algérie après une longue absence, il rencontrera en l’an 766 H= 1374 J.C. à Tlemcen le prince Aba Abbas Ahmed Ben Abi Salem Al Merini, sultan du Maghreb et retrouvera son maître Chérif Belkacem Bessiti. Ibn Al Quenfed se penchera sur l’œuvre de Sidi Boumediene qui décéda un 13 novembre 1197 alors qu’Ibn Quenfed mourut en 1407 JC correspondant au 810 de l’Hégire.

L’œuvre encyclopédique d’Ibn Quenfed al Qacentini

Dans son ouvrage Oum Al Hawadher Fi Al Madhi wal Hadhar (mère des cités dans le passé et dans le présent) consacré à l’histoire de Constantine, Mohamed Mahdi Ben Ali Choughaïb fait état des œuvres d’Ibn Quenfed dont voici quelques titres :
- Takrib Addalala Fi Char’h Arrissala (Approche sémantique dans l’explication du Message du Prophète QSSL en sciences théologiques).
- Albab Fi Ikhtissar Al jallab.
- Mou’awanat Ar Riadh Fi Mabad Al Farayach (Droit successoral et répartition des héritages).
- Idhah Al Ma’ani Fi Bayan Al Bani (Essai philosophique et la logique).
- Talkhis Al Amel Fi Char’h (journal).
- Anes Al Fakir Fi ‘Zi Al Fakir (mystique et soufisme).
- Anouar Assa’ada Fi Oussoul Al ‘bada.
- Hydayat Assalek Fi Bayan Alfiyat Ibn Malek (Traité sommaire des études grammaticales).
- Almassaffa As Sunnya Fi Ikhtissar Rihla Al’abdanya (Notes de voyages).
- Siraj Athakat Fi ‘Ilm Al Mifat (précis d’astronomie).
- Tassyir Al Matalab Fi Ta’adi Al Kawakib (mouvement des astres).
- Ouns Alhabib ‘Inda A’az Attabib (réflexions sur la médecine).
- Tashil Al Ibara Fi Taâdi Al Ichara (Essai de linguistique).
- Wikayat Al Mawakit Wa Nqayat Al Mnkat.
- Bast Roumouz Khatia Fi Char’h ‘Ouroudh Al Khazraza (prosodie et commentaire de la Khazradja, poème en vers métrique arabe).
- Al Quenfoudya Fi Abtal Ad Dallal Falakia (astronomie et mouvement des astres).
- Hat An Niqab An Woujouh A’mal Al Hissab (sciences de la numérotation et des chiffres qui est un abrégé d’arithmétique sur Ibn Benna, célèbre savant connu pour ses recherches en astronomie, astrologie judiciaire, sciences occultes).
- Al Ibrahimya Fi Mabadi Al ‘Arabia (traité de philologie).
- Atakhlis Fi Char’h Atalkhis (essai de synthèse).
- Boughlata Al Faridh Fi Al Hissab Al Faraïdh.
- Al Farissia Fi Al Mabadi Ad Dawla Al Hafsya (Farissiade ou le commencement de l’histoire hafside traduite par Cherbonneau).
- Touhfat Al Warid Fi Ikhtissas Acharaf Min Jihati Al Walid.
Ce sont là les travaux d’Ibn Quenfed qui avait 11 ans lorsqu’ Ibn Khaldoun séjourna à Constantine. Toutes ses contributions sur Tafsir Al Qoran ont été abordées dans ses réflexions. Il serait souhaitable que l’université consacre un colloque sur les hommes de sciences et les savants qui, par leurs travaux, ont enrichi nos bibliothèques. Alors que nous continuons à célébrer le 9e Centenaire de Sidi Boumediene, il était judicieux de souligner l’importance de l’œuvre de Sidi Boumediene et la voie qui permit à Ibn Quenfed de continuer de son vivant à la développer.
Il faut établir d’une manière pertinente les catégories référentielles et leurs instruments méthodologiques. Il faut défricher ce passé des lumières dans des écoles de la pensée canonique. Auprès de ces deux monuments du savoir, Constantine a toujours été berceau du savoir et de spiritualité et continue de nous livrer les merveilles de ses secrets cachés dans les lieux les plus insolites de notre spiritualité.
Le visiteur saura vivre des moments inoubliables en parcourant les ruelles étroites de sa vieille ville et découvrir les mausolées des Awlyas Salihines et des Zaouïas et mosquées qui ont donné aux siècles passés les illuminations à une Cité des lettres et de la spiritualité.             

La médina de Constantine du profane au sacré

Ses quartiers, ses derbs, ses hammams, ses corporations de métiers qui malheureusement ont presque totalement disparu, nous révèlent également l’écroulement de la médina qui n’a pu être restaurée malgré les efforts déployés par les autorités de la ville.
Ceci est dû à la vulnérabilité du vieux bâti et au un manque d’expertise dans la restauration et la rénovation de notre médina. Au début du siècle passé, Constantine avait soixante-quinze mosquées et une douzaine de zaouïas. Parmi les confréries qui ont un impact sur les habitants de la ville on peut retenir Zaouiet Hansala, Zaouiet Rahmania et Zaouiet Aïssaoua.
Chaque fois que j’emprunte la vieille ville en remontant El Rsif je retrouve à ma gauche une vieille bâtisse lieu de culte des adeptes des Hansala qui fut l’œuvre de Sidi Sadoune el Ferdjioui. Son mokadem fut le m’rabet sidi Maâmar de la tribu des Téléghma.
Lui succédant Sidi Ahmed Zouaoui, personnage appartenant à une vieille famille maraboutique venue des environs de Constantine dès le XVIe siècle dans la mechta de Chetaba, devient un grand chef des Hansala et, depuis, la direction spirituelle de la Zaouïa Hansala fut confiée aux membres de sa famille. Les héritiers de Cheïkh Zouaoui ont maintenu le prestige de leurs aïeuls et donnèrent à la zaouïa une expansion rapide.
Le grand maître Sidi Belkacem Ben Si Maâmar forma vers 1897 quelque 3485 Khouans, 48 Mokadems et 102 Chaouchs répartis sur 18 zaouïas. C’est incontestablement la zaouïa des Hansalas sous la houlette de Sidi Ahmed Bestandji, musicien en profane à ses débuts puis devenu chef mystique de la confrérie qui introduisit les modes musicaux andalous dans les qsayds mystico-religieuses. Ce fut une école d’éducation religieuse, du med’h et de la litanie (dhik’r).
 Il faut dire que la zaouïa-mère des Hansalas fut fondée dans la fraction des Hansalas, tribu des Béni Mettir, au Sud de Fez dont Salid Benyoucef El Hansali en fut le maître. Sa naissance est intervenue au XVIIe siècle. Il se rendra à la Mecque puis au Caire où il sera l’élève à l’Université d’El Azhar de Cheïkh Sidi Aïssa El Djeneïdi Al Damyati. Ce dernier lui révéla la Tariqa (La Voie) dans l’incomparable poème mystique de l’Imam Abou Abdellah Chems Eddine Mohamed El Mirouti Edamyati.
Son fils Sidi Abou Amrane Ben Saïd El Hansali fut le fondateur réel des Hansalas dont la doctrine fut celle des Chadlya-Djazoulia. C’est le poème Damiata qui devient la référence des néophytes.

Le rituel confrérique ou les retrouvailles des néophytes

Autre zaouïa, c’est celle de la Rahmania dans le quartier « Halmoucha » limitrophe de l’ancien quartier juif d’Echaraâ dont les textes statutaires (el mandhouma errahmania fi el assbeb echariaa al moutaalika bi atariqa el khaloutia) furent corrigés par l’Imam Cheikh Abdelhamid Ibn Badis.
Dans cette zaouïa à ce jour, chaque après-midi du Vendredi après la prière, se rencontrent
les adeptes pour écouter le « qassad », celui qui déclame et chante les med’h accompagné d’un chœur de mouridines (néophytes).C’est Si Mostefa Benabderahmane Benbachtarzi qui laissa à sa postérité la zaouïa de Constantine et fut investi du titre de khalifa par le fondateur de la confrérie.
 Si Hmeïda Bachtarzi, mort il y a plus de vingt ans, qui fut le mokadem auquel succéda Aboud Bachtarzi, appartient à cette descendance confrérique des Rahmanias qui fait partie de la zaouïa-mère des « Khalwatias ». Si Abderahmane Ladjabi en fut un fervent adepte
« qassad » émérite de la Rahmania de Constantine. Son fondateur Si Mohamed Benabderahmane Al Guechtouli Al Djardjeri El Azhari est né vers 1126-1133 de l’Hégire/1715-1728 JC à Aït Smaïl. Il appartient à la tribu des Gechtoulas dans le Djurdjura. Il commença ses études dans la zaouïa du cheïkh Szddik Ourab chez les Aït Irathen, puis à Alger. Il se rendit ensuite à la Mecque et enfin au Caire où il apprendra la Tariqa et s’affilia à l’ordre des Khelouatias en devenant le disciple du cheikh Mohamed Ben Salem El Hafnaoui.
Il ira ensuite au Soudan, à l’Inde, en Turquie au Hidjaz avant de revenir chez lui à Aït Smaïl après trente ans d’absence dans les années 1183 de l’Hégire correspondant à 1770 JC. Prise de jalousie, la caste maraboutique a fait une fatwa pour le disqualifier. La mort le surprendra en l’an 1206 de l’Hégire 1793/94 JC. La population lui fera de grandioses manifestations populaires dans la Kabylie et l’accompagna à sa dernière demeure.
Les Turcs s’alarmèrent de cette sympathie que lui vouait la population et le firent enterrer au Hamma à Alger après avoir substitué son corps primitivement inhumé à Aït Smaïl d’où le surnom de Bougabrin. Vers 1900 on comptait quinze zaouïas de la Rahmania avec 66 tolbas, 76 Mokadems, 80 Chaouchs, 12520 khouans et 1206 Khaouniats. A Constantine de son temps, il fut un sympathisant de la zaouïa Rahmania avant qu’il ne s’en prenne aux déviances de touroukias qui se sont éloignés de la voie de Dieu et de son prophète Sidna Mohamed (QSSL).
La troisième zaouïa est celle des Aïssaouas qui se trouvait dans le quartier de la vieille ville « Seïda » dans la Mosquée dite « Djamâa Hafsia ».Très souvent c’est la maison « Dar Gmar » à Sidi Bouanaba que se tiennent les halkates et où se fait le rituel. Dans un temps très récent les familles constantinoises s’organisent en faisant des offrandes à Bouledjbel ou Sidi Slimane el wali essalah. Dans ce lieu les aïssaouas déclament les chants mystiques à la gloire de notre prophète et de ses compagnons ainsi à leur saint Sidi M’hamed Benaïssa. On peut citer comme mokadem préposé Si Ali Belghoul, Si Larbi Bakhtache, Badaoui Chadly, Si Belgacem Abid Charef.
Aujourd’hui, on peut dire que Si Salim Mezhoud est un puriste de la confrérie Aïssaoua. Pour le reste, il y a des formations qui se sont lancées dans le chant sacré tels Zei eddine Bouchaala, Zeineddine Bouabdellah, Redha Boudemaghe, les enfants Chied etc. qui animent les fêtes familiales. La zaouïa des Aïssaouas est celle de M’hamed Benaïssa qui naquit à Meknes vers le fin du XVe siècle. Sa famille est d’origine chérifienne se rattachant à Moulay Ammar El Idrissi. L’Imam Slimane Al Djazouli était son grand-père. Il y a dans la ville de Constantine d’autres confréries telles celle des Tayyibias qui fut dirigée par les membres de la famille Benchériet ou celle d’El Amiria à l’entrée du Derb Bencharif.

Constantine ville de la dévotion et des awlyias salihines

Plus de quatre-vingt « walisalah » ont créé toute une ambiance de dévotion et de dhik’r que Constantine ville traditionnellement attachée aux « Awlyias Essalihines » (Saints) vivait des moments de méditation, de poésie mystique et de prières. Selon les informations recueillies dans l’ouvrage d’Ernest Mercier rappelées par mon ami Azzouz Benmaïza qui milite pour restaurer et réhabiliter la zaouïa Sidi Brahim Benmaïza à la rue impériale et dont il n’a cessé d’adresser des doléances au plus haut niveau, il cite les zaouïas suivantes : zaouïa Benabderahmane, zaouïa sidi Kemouche, celles de de Sidi Souari, de Tidjanyia, de Sidi Benredouane au fondouk zeït, de Sidi Khérachfiine el khouan Forgha Sidi Amar, Hansala Ennadjarine, rue vieux, Sidi Bouanaba, Sidi Moulay Tayeb face rue damr, Ouled Cheïkh Lefgoun Ras El Kharazin rue combes et Rouaud Mosquée dit Hamouda, Bendjelloul.
Sidi Tlemçani rue Constantine occupée par les sœurs secours, Sidi Boumaza rue Perrégaux, Sidi Brahim Benmaïza rue Pérégaux Alexis Lambert, Sidi Brahim Benmaïza Dar Sidi Brahim rue Impériale dont la mosquée familiale se trouvait à zenkat Ahtchi Bakir (Faure Barou).
D’après Chams Eddine Chitour maître de conférence au Polytechnique d’el Harrach Constantine abritait environ cent mosquées et chapelles avant la conquête française en 1837 et confirmant l’existence d’El Alwalyas Assalihines dans la Médina de Constantine. Parmi ceux-là on peut citer : Sidi Ali Kafsi, Sidi Abdelhadi, Sidi Abdelkader, Sidi Abdellah, Sidi Abdelmalek,(habous de la famille Bachtarzi, Sidi Abderahmane El Karaoui (Rahbat Al djmal), Sidi Abderahmane, habous des Bachtarzi, Sidi Ali Benmakhlouf(bordj Assous tour romaine, Sidi Ali Nadjar (famille Benkhellil), Sidi Ali Tendji, Sidi Amar Boukeleb, Sidi Amber, Sidi Ammk ben meddah, Sidi Belghoul, Sidi Abdellah Bencherif( famille Belhadj mostefa), Sidi Belounas, Sidi Benour, Sidi Bensbaini, Sidi Bezar, Sidi Bouanaba ( lieu hammam soltane), Sidi Boukhadra, Sidi Bouladjbel.

Zaouïas  en  attente  de rénovation et l’effort de réstauration

Sidi Boumaaza ( Cheïkh Sidi Aïssa el Ouichaoui, 1574 Expropriée pour utilité publique en 1873 , Sidi Boumedjel, Sidi Bounab, Sidi Bouraghda, Sidi Brahim Boumaïza( habous de la famille Boumaïza 1750 à 1803 ou 1848 à 1875) Sidi Brahim Al Rachedi Sidi Deblen, Sidi El Djelis, Sidi El Beid, Sidi El Houari, Sidi El Katani tombeau de salah Bey), Sidi El Kebir, Sidi El Recim, Sidi Ferdoun, Sidi Feth Allah, SidiFliou, Sidi Fouad Driba, Sidi Gsouma (Famille des Hchaichias), Sidi Hafane, Sidi Hati (coudiat), Sidi Hassouna, Sidi Hidare, Sidi Hrar El Ferdj, Sidi Kaïs, Sidi Kasba, Sidi Kemouche( famille des Benbadis habous), Sidi Khlifa (famille des Bencheïkh el Hocine, Sidi Khellil, Sidi Krouma, Sidi Lakhdar, Sidi Mabrouk (famille des Benkartoussa ), Sidi Mokhfi ‘famille Manceri), Sidi Mahrouf,Sidi Makhlouf (Souk El Ghzel), Sidi Maïmoun, (Rsif famille Merdaci),Sidi Mhamed el Ghrab (famille Bendjelloul), Sidi Mofredj, Sidi Mohamed Azouani, Sidi Moncef.
Sidi Mcid, Sidi Narrache, Sidi Nemdil (famille Bencheïkh Lefgoun), Sidi Oumdada, Sidi Ourtada, Sidi Rached, Sidi Ramah, Sidi Racedi, Sidi Safar, Sidi Slimane (famille mejdoub Benkachkache), Sidi Yahia Sidi Yahia Farcili, Sidi Yasmine ‘exproprié pour utilité publique en 1873 rue Thiers), Sayda Hafsa, El Bey, El Djouiza, Hansala, Qobete el Bachir, Rebaïne Chérif (famille Bouabdellah cherif), Souk el Ghzel, Tidjanie 1 et 2. Lalla Fraydja source vénérée à côté de la piscine de Sidi Mcid, Sidi Fezzane (remblais), Sidi Souari (famille Bendjelloul), Sidi Tlemçani et Les confréries de la Rahmanyya (famille Bachtarzi, celle des Benaïssa(famille des Benazzouz), celle des Hansala( famille des Abdelmoumen), celle de la Tidjanya(famille des Benaamoun), celle de la Tayyibia( famille Bencheraït et et Benmaïza), celles de la Chadlya et El Hanafia.
 Elles se sont organisées dès le XIIe siècle chez nous et ont pris de l’importance en donnant au soufisme un encadrement social. Les « ziaras », visites pieuses, et la « baraqa » (la bénédiction) des Awlyais Essalihines donnaient à ses rencontres une sorte de cérémonial religieux où les offrandes telles les
« nachras » à Sidi Mohamed Ghorab, les danses initiatiques au rythme du tbel, du bendir, des naghrates offraient un spectacle à la grâce divine.

Le soufisme, origine et doctrine esothérique

Mais d’où vient le mot soufi ? Les auteurs musulmans, après maintes controverses, ont cru en trouver l’origine dans le mot « souf » qui veut dire laine. « Habillez-vous de vêtements de laine afin de trouver dans vos cœurs la douceur de la foi ».
 Peut-être l’étymologie remonte à « Ahl Safa » ou encore dérivant de la racine « afa » (lueur-lumière) et safa dériverait de Safi, safa (pur-sage). Les doctrines néoplatoniciennes offrent du reste une frappante analogie avec celles des soufis. Le premier qualificatif soufi apparait sous Al Mouatamad vers 892 J.-C. et le soufisme était déjà enseigné du haut des chairs des mosquées. Mais au célèbre El Djouneidi fondateur réel de l’école soufie à Bagdad vers 289 de l’hégire/901 JC.
 Mais sa forme poétique est tel un collier dont les perles de couleurs différentes non confondues se succèdent. Le poème soufi offre par touches une succession de vers dont aucun n’est enfermé dans une architecture préétablie. Il y a un véritable effet de charme au sens original d’envoûtement. Chez Ibn Arabi par exemple et dans toute la poésie amoureuse mystique, le poème d’amour transpose l’état affectif du soufi vers le Haut.
Comment peut-on transposer un langage d’amour profane à une expérience mystique? Le recueil amoureux et mystique consacré à Nidham, Harmonie, cette jeune fille d’une beauté et d’une spiritualité exceptionnelles, typifiant l’Essence absolue et la Présence divine dans la Manifestation universelle dans tous les réceptacles que comporte celle-ci.
 Dans le prologue de « Tourdjouman Al Achwaq », Ibn Al Arabi la figure et les traite de caractère de l’Héroïne Nidham/Harmonie. Cette jouvencelle d’une beauté sans pareille illustre sous la plume du maître l’Essence divine et ses Manifestations sans fin en rapport avec l’amour. Amour essentiel en Dieu dans ses lieux d’apparition sans nombre. Nidhame Ayn Achems wal Baha (Source essentielle du soleil et de la splendeur). Cette femme parfaitement accomplie, « la jeune fille est sans parure au regard de l’Unicité de Dieu même qui ne comporte aucune trace de l’ornement ».
 On peut citer ces femmes soufies telles que Rabia Al ‘Adawya, Roqeyya Al Mossoulya, Rayhana Al Majnouna, Atika Al Ghanya. Trente-deux sur trente-cinq femmes soufies ont vécu au IIe et IIIe siècles de l’Hégire selon le savant Chafaï, Abd Raouf Al Mounawi.

Encadrement sociétal des zaouïas

En revenant au rôle des zaouïas dans la vie des populations en dehors de l’aspect spirituel, social et éducationnel, elles ont joué un rôle dans la préservation du patrimoine musical. Détentrice de la pure tradition, elles lui conservent toute son authenticité. El Bordah d’El Boceïri avait atteint une place remarquable dans le répertoire des Madayah (litanies) à la gloire de Dieu et de son Prophète. Al Shoustari maître du zajal soufi a laissé tout un recueil de poèmes mystiques.
 A Constantine qui chante le genre aïssaoui dans un style apparenté au mystique continue d’animer des fêtes. Le plus important est cette rencontre annuelle des adeptes des différentes confréries en conclave sous l’appellation de
« Chaâbanyia ».
 C’est un véritable colloque où la Tarika est honorée à travers des séances de méditations et de litanies excluant les jeux du feu et d’autres artifices découlant des miracles de leur maître. C’est dans une ambiance chaleureuse que les khouans des Aïssaouas, Hansalas, Rahmanya, Tayybia, Amiryia…
Les Hansalas et les Aïssaouas entonnent quant à eux « Tamâa Fi Malgakam Ya Chikhi wâazame Lyia- Ya Hansala Ya Sadati Ya Ahla hala sirou djamâa an Zourou qabbat Awlyia » ou bien cet Istikhbar
« Ya Machi Lil Gharb hawwas, machia harissa, salama ‘Ala Fès wa Meknès, zid ‘Ala M’hamed Ben Aïssa». L’adepte purifie son âme et l’état extatique auquel il parvient, le met alors en communion directe avec une réalité supérieure grâce à la révélation spéciale reçue par le fondateur de l’ordre et gardée précieusement de génération en génération.
 Il y a un dhik’r à apprendre par cœur. Chaque confrérie a sa propre formule de récitation. Ce qui se dégage, c’est mysticisme ardent, une tension d’esprit continuel vers la divinité. Chaque affilié est tenu d’avoir « l’Ouerd » qui est une formule d’exaltation de Dieu. Elles sont choisies dans le saint Coran et se ressemblent dans toutes confréries.
 Ainsi l’Querd de la nuit du Lundi où l’on fait réciter 600 fois la « Basmallah » se prosterne 50 fois en récitant quelques versets du Coran. Alors celui du Vendredi, c’est 700 fois en se prosternant 30 fois tout en récitant quelques versets du Coran. Les autres nuits le nombre des Basmallah varie ainsi que celui des prosternations. Le dhik’r lui aussi diffère selon le degré extatique du néophyte. Comme il y a différents dhik’r tels celui « dhik’r el ouaqf » ou « dhik’r el hadra »… son âme monte d’un stade à un autre jusqu’au degré sublime où les 160 mille voies qui enveloppent les secrets divins s’écartent et le laissent voir « l’impénétrable ».
 A ce moment les rayons célestes qui inonderont son cœur et son esprit guidée par l’image de Dieu « Un », tombent dans les champs des lumières dominantes. L’idée de l’unité parfaite se forme dans son esprit et, à des splendeurs divines se rattachent les attributs. Le soufi confère alors l’ouerd c'est-à-dire l’initiation qui éclaire son âme d’une lueur divine pour permettre à l’esprit de s’élever vers un monde invisible. Par cet acte d’invocation, le cœur s’amplifie du nom de Dieu, l’âme retrouve le calme en la présence du maître et les lumières émergent du milieu de l’ombre.

Méditation et mystique dans la médina

En lisant Al Ghazali dans son ouvrage Ihya ‘Ouloum Eddine, Ibn Djawzi dans son œuvre en quatre volumes Silat Assafwa, Ibn Al Arabi dans Tourjouman al Achwaq (l’interprète des désirs) ou « Foutouhat al Mecquia » (les ouvertures spirituelles mecquoises en 560 chapitres), c’est de toute la doctrine soufie qu’il s’agit de méditer.
Il faut dire qu’après la mort du prophète Sidna Mohamed (QSSL), il y a eu le schisme qui sépara les chiites des sunnites. Quatre rites émergèrent dans la pensée islamique : le Hanafisme, le Chafiisme, le malékisme et le hanbalisme. Sept écoles principales vont voir le jour l’école chiite, kharédjite, motazalite, mordite, nadjarite ,djabrite, mochabbihite et nadjite subdivisées elles-mêmes en 72 fractions. Le soufisme est venu avec pour objectif d’approfondir l’enseignement du Coran et de la Sunna. On dit que le soufisme est né en Inde, naturalisé en Perse et mis sous la forme de l’enthousiasme extatique par la deuxième génération de l’école d’Alexandrie et plus tard par les philosophes arabes eux-mêmes.
A partir du XIIe siècle, il y a eu cinq ordres que sont la qadirya, humanitaire et de rahma, Khalwatya de contemplation et extatique Chadilya spiritualiste, Naqchbandya plus éclectique et enfin Saharouerdya qui est plus panthéiste. Chez nous c’est avec les Mourabitines (Almoravides) et Almohades par le canal des Chorfas et des Faqihs d’Andalousie émules d’Ibn Rochd et d’Al Ghazali que le mouvement confrérique a pris de l’essor. Ibn Khaldoun parle de ces tribus maraboutiques qui se sont installées et deviennent des notabilités dans le pays. Bagdad, Fez, Cordoue, le Caire, Damas, Tlemcen et toutes les villes du grand Maghreb seront leurs refuges ainsi que les pays subsahariens d’Afrique. Chez nous la puissante zaouïa Tidjanya dans Aïn Madhi, Témacine à Touggourt ou à Gmar sont affiliées dans la ville de Laghaouat à la zaouïa-mère d’Aïn Madhi.
C’était là, Constantine la Cirteenne, ville longtemps pôle culturel qui accueille ses hôtes de l’autre ville princière, Tlemcen la Zianide à travers son Club Soufi Travel, qui organise à travers le pays et dans d’autres contrées du monde comme Bokhara/Samarkand, Kounya/Istanbul, l’Andalousie Arabe etc. De telles manifestations cultuelles dans le respect de nos valeurs spirituelles. Constantine avec son Université islamique l’Emir Abdelkader et ses grands campus universitaires vous donne cette sensation de savourer les grands poèmes mystiques qui glorifient Dieu et son Prophète.
  (*) Dr Boudjemâa HAICHOUR
Chercheur Universitaire- Ancien Ministre

Bibliographie :
1-Ernest Mercier : « Histoire de l’Afrique Septentrionale, Ernest  Leroux Editeur, Paris 1888.
2-Octave Dupont et Xavier Coppolani :« Les confréries religieuses musulmanes en Algérie » Edition Adolphe Jourdan. Paris.
3- Louis Rinn : « Marabouts et Khouans » Etude sur l’Islam 1884.
4- Ibn ‘ARABI : « Al Futûhat al-Makkia »( Les illuminations de la Mecque), Anthologie présentée par Michel Chokiewicz. Albin Michel Paris 1997.
5-  Ibn ‘Arabi : «  Turjuman al Achwaq »( L’interprète des désirs) traduit par Maurice Gloton collections Spiritualités vivantes n°60.
6- Ben Ali Chougheïb Med El Hadi : “Oum El Hawadhir Fi Al Madhi Wal Hadhar” en arabe  Imprimerie El Baâth Constantine 1980.
7- Zhor Ounissi : « D’Aveux et de Nostallgie »( Djasr Li Al Bouh  Wa Al Akhar Li Al Hanine )- Roman traduit de l’arabe par Mehenna Hamadouche Edition
 8-    Charles St Cabre – Ancien Directeur de la Medersa de Constantine Revue Africaine N° 57 Année 1913 PP 90/91 « Eloge de Constantine ».
9- Adel Nouwadh-Ibn Quenfed Beyrout 1971 « Al Wilayat » en langue arabe.
10- Abdellaziz Fillali- « Ibraz ‘Oulama Qacentina Wa Atharahoum Fi Al Maghreb Wa Charq » Revue Numidia Université de Constantine Juin 1990 Dhou Al Kaada 1410.
11- Choughaïb Mehdi-« Oum Al Hawadher Fil Madhi Wal Haddher » Imprimerie Al Baath 19806 – 1400 de l’Hégire pp-71/79.

DOSSIER

Le monde progressiste aux côtés des Algériens

Soutien des pays asiatiques et européens à la Révolution algérienne

MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES

LA PLUME ET LE FUSIL AU MAQUIS

Mohamed LEMKAMI alias Si ABBAS

UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION