Une source de survie

Par Fateh Adli
Publié le 23 Jan 2018
Bien avant le déclenchement de l’insurrection en Algérie, les membres de la délégation de l’extérieur se sont démenés pour chercher des sources d’approvisionnement en armes et en munitions. Ils ont très tôt opté pour la Libye. Ce pays était alors indépendant, mais soumis encore à une forme de protectorat britannique qui allait indirectement profiter aux «marchands d’armes» algériens, lesquels, guidés par des intermédiaires ou des officiers libyens, venaient s’approvisionner dans les bases militaires britanniques.
Mustapha Ben Halim
De g. à dr. debout: Mohamed Terbouche, Kaddour Ladlani, Mahieddine Moussaoui, Ali Haroun, Rabah Bouaziz, Nordine Bensalem. Assis: Abdelkrim Souissi et Messaoud Kesrani,  à Tunis en route pour Tripoli pour la réunion du CNRA en 1962
De g. à dr. : Le colonel Athmane, Commandant Azzedine, Dehiles (Colonel Sadek),  Medeghri, Omar Boudaoud, à Tripoli.
Visite à la base Ben M'hidi à Tripoli en  1962. de g. à dr. Kaddour Ladlani, Hadj Lakhdar, Abdelhafid Boussouf, Omar Boudaoud, Abdelkrim Souici, Ali Haroun

Aussi, le gouvernement local, conduit par Mustapha Ben Halim, homme de confiance du roi Idris El-Sennouci, dont tout le monde savait déjà qu’il avait des origines algériennes, s’est ouvertement déclaré solidaire des Algériens et de leur lutte pour l’indépendance, et leur a ouvert toutes les portes. Ben Halim a, lui aussi, pris des positions courageuses en faveur de la cause algérienne.
C’est Ahmed Ben Bella qui fut chargé d’étudier le terrain et de superviser les premières opérations sur le sol libyen. D’abord, parce qu’il s’y était déplacé à plusieurs reprises avant le déclenchement de la Révolution, et avait une bonne connaissance des gens et des responsables libyens. Ensuite, parce qu’il avait la confiance des services secrets égyptiens, lesquels s’étaient proposés d’aider les Algériens par le financement de gros lots d’armes et de munitions et d’assurer leur acheminement jusqu’en Libye. Le premier chargement a été effectué dans la nuit du 5 au 6 décembre, et sur un vieux petit port à l’est de Tripoli que le navire va déposer sa cargaison, dans la nuit du 7. De là, les armes devaient être transportées par camions, sous la supervision d’Ahmed Ben Bella et d’un colonel libyen affecté par son état-major, Abdelhamid Darni. Ils se chargèrent de les cacher dans une cave du domicile même dudit officier libyen. Dans ses Mémoires, le futur président de la République algérien parle de centaines de pièces d’armes automatiques diverses, que lui, son compagnon libyen et une troisième personne, ont dû porter sur leurs épaules pour les charger dans les camions.
Premier couac, les agents algériens chargés de récupérer ces armes et de les transporter vers les maquis de l’Est, et notamment auréssiens, ont mis plus d’un mois pour arriver. Les armes ont été acheminées à dos de chameaux en Tunisie, par la frontière libyenne, en deux étapes. La première jusqu’à une zone de stockage en Tunisie, et la deuxième, de cette zone à travers la région de Kef, par les Algériens eux-mêmes, jusqu’aux Aurès. C’est ainsi que le premier envoi d’armement est parvenu aux combattants algériens.
Le succès de l’opération encouragea les mêmes acteurs à refaire l’expérience plusieurs fois. Mais, plus tard, les armes étaient désormais achetées sur place par des volontaires libyens, notamment dans des camps anglais de la province de Barka, et particulièrement à la base d’El-Adhma. Constitués eux-mêmes en réseau, les militants libyens se chargeaient de les convoyer jusqu’à la frontière tunisienne, en prenant parfois des risques avec les autorités tunisiennes qui n’étaient pas tout le temps permissives.
Un incident grave, l’assassinat du chef du protocole royal libyen, provoqua des mesures de contrôle très strictes avec en particulier la fouille des véhicules allant ou venant de Barka. Aussi, l’attaque menée en 1957 par une unité de l’ALN, sous la conduite du commandant Idir, dans le cadre de l’offensive conçue par l’état-major pour l’ouverture du « front Sud », obligea ce dernier à se retirer au-delà des frontières avec la Libye. En représailles, l’armée coloniale française bombardera intensément le territoire libyen, ce qui amena les autorités libyennes, pour une fois, à se plaindre auprès u commandement de la Révolution algérienne. Cela n’empêchera pas toutefois les Libyens de continuer à assurer leurs frères algériens de leur soutien actif.
Cette nouvelle situation va de nouveau obliger Ahmed Ben Bella à piloter en personne les opération d’achat et de convoi d’armes, en se rendant en Libye pour acheter à Tripoli la plus grande quantité possible d’armes et de munitions dans la base navale américaine, puis les acheminer directement en Algérie.
Ces premiers succès amèneront les autorités françaises à exercer des pressions intenses sur Tripoli, via l’armée britannique qui y disposait d’une importante base, pour durcir les mesures de contrôle et de répression contre tout trafic d’armes sur le sol libyen et, par ricochet, contre l’engagement pro-algérien dans toute la région d’Afrique du Nord. Mais, rien n’y fit, puisque les caravanes d’armement continuaient à affluer vers l’Algérie, en passant par la Tunisie. Les opérations étaient même devenues plus fluides et plus sûres, depuis notamment l’installation, dès 1957, de tout un détachement de l’ALN dans l’oasis de Fezzan, avec l’autorisation de Tripoli et du gouverneur de cette province, Abdeldjalil Seif-Ennasr.
 Ce détachement était chargé de convoyer les caravanes d’armement jusqu’au-delà des frontières tunisiennes, où d’autres sections prenaient automatiquement le relais. Seule la construction de la double ligne électrifiée le long des frontières, à partir de 1959, va atténuer cet afflux d’armes provenant de la Libye. L’armée coloniale savait que c’était le seul moyen de couper l’insurrection algérienne de son environnement régional, qui était en même temps sa grande source de survie.  

Adel Fathi

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