L’aide de la Libye à la Révolution algérienne
L’inégalable générosité

Par Fateh Adli
Publié le 23 Jan 2018
S’il est moins connu, parce que sans doute moins médiatisé, l’apport de la Libye pour la bonne marche de la Révolution algérienne n’en est pas moins important. On peut même dire que l’attitude des dirigeants du royaume de Libye, sous le roi Idris El-Sennousi aux origines algériennes, est la plus désintéressée de toutes les solidarités qui se sont formées en faveur de l’Algérie en lutte, à telle enseigne que jamais les frères libyens n’ont essayé, par exemple, de monnayer leur soutien pour soutirer, a posteriori, des dividendes politiques – comme d’autres frères ont été tentés de le faire – ou pour s’ingérer dans les affaires internes des militants algériens, alors que, pour laver leur « linge sale », ces derniers préféraient se réunir dans la capitale libyenne. L’épisode crucial du congrès de Tripoli (juin 1962) marquera, d’ailleurs, à jamais le destin de la Révolution algérienne.
Ahmed Ben Bella
Mostefa Benboulaid blessé lors de son arrestation au poste frontalier de Ben Guerdane en 1955
Levée du drapeau à la base Didouche en Libye
Ahmed Bouda
Le roi Idriss

S’il est moins connu, parce que sans doute moins médiatisé, l’apport de la Libye pour la bonne marche de la Révolution algérienne n’en est pas moins important. On peut même dire que l’attitude des dirigeants du royaume de Libye, sous le roi Idris El-Sennousi aux origines algériennes, est la plus désintéressée de toutes les solidarités qui se sont formées en faveur de l’Algérie en lutte, à telle enseigne que jamais les frères libyens n’ont essayé, par exemple, de monnayer leur soutien pour soutirer, a posteriori, des dividendes politiques – comme d’autres frères ont été tentés de le faire – ou pour s’ingérer dans les affaires internes des militants algériens, alors que, pour laver leur «linge sale», ces derniers préféraient se réunir dans la capitale libyenne. L’épisode crucial du congrès de Tripoli (juin 1962) marquera, d’ailleurs, à jamais le destin de la Révolution algérienne.
Ainsi, cette aide des Libyens fut-elle sans conditions et sans limites. C’est, faut-il rappeler, en Libye que les maquisards algériens sont venus se procurer les premières armes qui vont servir au déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre 1954. Ces armes étaient au début achetées au niveau de certaines bases britanniques, notamment à El-Adhma, par l’entremise de démarcheurs libyens. Le territoire libyen était également la zone de transit pour les armes qui venaient d’Egypte et étaient momentanément stockées à Tripoli, où des réseaux algériens, aidés souvent par des Libyens ou des nationalistes tunisiens, se chargeaient de les acheminer directement en Algérie. Ahmed Ben Bella et Mostefa Benboulaïd y venaient fréquemment pour superviser eux-mêmes les opérations d’achat et d’acheminement d’armes et de munitions qui prenaient des chemins divers. Ces opérations connaitront un second souffle à partir de 1957, à la suite de l’ouverture du « front du Grand Sud », décidé par le CCE.
La Libye était également une zone de transit pour les Algériens qui partaient en Egypte et, plus généralement, vers tous le Machrek. Ce qui lui valut, chez les historiens, le label honorifique de « poumon de la révolution algérienne ».
Le soutien de la Libye s’illustra particulièrement durant les deux dernières années de la guerre avec l’installation près de Tripoli, de la plus grande structure de renseignements et de transmissions de l’ALN, baptisée « Base Didouche Mourad », où plus de 1 500 cadres algériens étaient autorisés à exploiter une vieille caserne britannique et à se déplacer librement dans tout le pays, sans restriction aucune. Cette base était utilisée, entre autres, pour assurer les liaisons entre toutes les antennes des transmissions de l’ALN qui étaient disséminées à travers plusieurs pays du Maghreb et du Moyen-Orient.
La capitale libyenne abritait fréquemment des réunions de travail de haut niveau des différents responsables de la Révolution qui y venaient d’Algérie, de Tunisie, d’Egypte et de partout. Il faut savoir que les troisième, quatrième et cinquième congrès du FLN, sans compter la dernière réunion du CNRA, dite « congrès de Tripoli », eurent lieu à Tripoli. Le choix de la capitale libyenne s’explique par des atouts essentiels qui y étaient réunies : l’isolement, la sécurité et les moyens mis à leur disposition par les autorités locales.
Cette effervescence des militants algériens en Libye était portée par une représentation particulièrement dynamique du FLN/ALN à Tripoli, avec à sa tête Ahmed Bouda, ancien militant du mouvement national et fin diplomate. Ces réunions étaient systématiquement mises sous haute protection des autorités libyennes. Au plan diplomatique, le gouvernement de Libye a fait preuve d’un soutien indéfectible au niveau des tribunes internationales. Le roi Idris a, lui-même, pris à plusieurs reprises la parole pour exprimer cette position. Lors d’une rencontre à Tripoli, avec Tewfik El-Madani, ministre du GPRA, le roi a affirmé devant les médias que la Libye «roi et peuple, ne soutient pas seulement le combat libérateur de l’Algérie, mais y adhère corps et âme». En dépit des pressions intenses qu’a exercées la France, par l’intermédiaire de ses alliés britanniques et américains, raison de cette position, le gouvernement libyen n’a jamais cessé son soutien à la révolution algérienne.
Sur un autre plan, les Libyens ont apporté un soutien financier des plus conséquents aux révolutionnaires et réfugiés algériens qui se trouvaient en Tunisie, à travers des dons réguliers destinés directement aux responsables du FLN. Si nous ne disposons pas de statistiques exhaustives sur les sommes versées en guise de soutien à la lutte du peuple algérien contre l’occupation française, de nombreux témoignages attestent d’une contribution généreuse et ininterrompue. La Libye est sans doute le premier pays où ont été mis en place des comités de collecte d’aides à la lutte du peuple algérien. Ces comités avaient des représentations dans toutes les villes libyennes, ce qui a considérablement consolidé cet élan de solidarité, unique dans les annales.
Au plan populaire, les Libyens ont, à maintes reprises, manifesté leur soutien à la cause algérienne. Le geste le plus expressif et le plus retentissant fut sans doute la campagne de boycott lancée par le gouvernement de ce pays frère, et suivie unanimement par le peuple, contre tous les produits français ou transitant par la France vers le territoire libyen, en signe de solidarité avec le peuple algérien opprimé.
 Il y a eu aussi l’engagement, héroïque mais peu connu, des Libyens dans la lutte armée algérienne contre l’armée français. Un des exemples les plus édifiants de cette communion entre les deux peuples est la bataille d’Issine, qui s’est déroulée en 1957 près des frontières algéro-libyennes, où le sang libyen s’est mêlé au sang algérien.

Adel Fathi

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