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Par Fateh Adli, fév 2019.

Entre histoire et surenchère

Les harkis après l'indépendance

L’hommage officiel qui a été rendu récemment, en France par les plus hautes autorités politiques, aux anciens supplétifs de l’armée coloniale, au nom d’un «devoir de mémoire» toujours aussi fluctuant, est venu relancer le débat sur un épisode de l’histoire qui n’a jamais fini de déchainer les passions et d’interpeller les consciences.

Or, si on admet que cette décision prise par le président de la République française, Emmanuel Macron, en faveur des harkis et de leurs familles reste un débat franco-français, ses répercussions immédiates sur les efforts d’assainissement des relations algéro-françaises, déployés de ce côté-ci comme de l’autre, n’en sont pas moins dangereuses. Car, d’abord, cette reconnaissance du rôle des harkis durant la guerre de Libération nationale vient conforter dans leur thèse tous ceux qui, dans les milieux de l’extrême droite française et des anciens membres de l’OAS, s’acharnaient depuis des années à pervertir le débat sur certains épisodes de l’histoire. Ils viennent donc de réussir sur cette histoire des harkis, et cela va certainement les galvaniser et les inciter à redoubler de férocité pour
appeler à reconnaitre les exactions et crimes de l’OAS comme légitimes, voire comme des « actes de bravoure » qui auraient pu sauver l’Algérie française !
Le plus dramatique dans cette affaire est que, vue sous cet angle, la reconnaissance du rôle des harkis accrédite, de fait la version tant défendue par ces milieux notoirement anti-algériens, selon laquelle des centaines de harkis, « abandonné par la France », auraient été massacrés par les Algériens au lendemain de l’Indépendance dans des actes de vengeance ouverts, selon eux, par le FLN postindépendance. Ce sera assurément la porte ouverte à ces organisations pour exiger la reconnaissance des « crimes commis contre les pieds-noirs », à la fin de la guerre ou pour dénoncer « l’abandon des harkis par l’Etat français ». Ces organisations regroupant des ultras et d’ « anciens rapatriés » de la France commémorent, d’ailleurs tous les 5 juillet, ce qu’ils décrivent comme « le massacre des pieds-noirs et de harkis » perpétré, selon leur version, le 5 juillet 1962 dans la ville d’Oran.
Vu d’ici, ce déni flagrant de l’histoire peut servir de leçon pour essayer de se réapproprier l’écriture de cet épisode crucial et de rappeler, au passage, les méfaits du colonialisme et de ses avatars ; rappeler à ces ultras la réalité de ce qui s’est passé pendant les deniers mois de l’Indépendance de l’Algérie, précisément à Oran, où des centaines d’Algériens ont été tués par les hommes de l’OAS ; leur rappeler par la même occasion que ce sont les dirigeants de cette organisation terroriste, partisans de la politique de la terre brûlée, et les putschistes de l’armée française qui avaient tenté de « récupérer » les troupes de harkis dans leurs tentatives de coup d’Etat contre le général de Gaulle, en usant des méthodes les plus machiavéliques pour y parvenir.
De nombreux témoignages publiés démontent la mystification nourrie par les héritiers de l’OAS sur cet épisode tumultueux de l’Histoire, mais qui est, malheureusement, toujours relayé et amplifié, dans l’Hexagone, par des médias et des porte-voix du populisme qui en font des slogans de campagne pour finir par alimenter la xénophobie et les idées néo-fascistes et les porter, comme on vient de le voir, jusqu’au sommet de l’Etat. Chose qui, outre-mer, n’aidera pas à s’ouvrir sur l’Algérie et à « assumer » ce lourd héritage commun.
Diverses sources françaises estiment le nombre de harkis
« abandonnés » par la France en Algérie entre 55 et 70 000. Une enquête approfondie menée par le chercheur français, Pierre Daum, et publiée sous le titre : Le dernier tabou : les harkis restés en Algérie, aux éditions Actes-Sud et réédité en Algérie par les éditions Koukou, révèle qu’un bon nombre de ces harkis restés au pays, et dont il a rencontré une soixantaine, mènent une vie plutôt tranquille et n’ont jamais été exposés à la vindicte populaire, ni à des actes de vengeance, comme le prétendent l’historiographie française, reprise machinalement par des historiens et des responsables politiques.
Dans son enquête, l’auteur démontre qu’environ 450 000 Algériens ont porté l’uniforme français à un moment ou un autre de la guerre de Libération nationale. Sur ces 450 000 hommes, 25 000 sont partis en France. Des milliers ont ensuite été assassinés. Mais au final, la grande majorité des harkis est restée en Algérie sans être tuée, même s’il reconnait qu’ils ont, toute leur vie, souffert d’un sentiment de rejet dans leur société, parce que traînant une mauvaise réputation de collaborateurs de l’ennemi et de traitres, et rappelant à la population algérienne les tristes moments qu’ils ont vécus pendant la guerre. L’auteur découvre également que beaucoup d’entre eux étaient, contrairement à une certaine idée reçue, pour l’indépendance de l’Algérie

Adel Fathi

Connexions fatales

Il se trouve que les harkis algériens, les anciens de l’OAS et tous les autres nostalgiques de l’Algérie française sont liés par une cause commune : celle de se venger contre l’histoire, contre ceux qu’ils accusent d

« Le dernier tabou » de la colonisation ?

Venant d’un auteur français, cette enquête interpelle en premier lieu l’opinion publique française sur tant d’idées reçues assénés pendant des décennies sur cet épisode trouble de la guerre d’Algérie.

Le lent glissement vers la reconnaissance

Pour comprendre le parcours et les revendications de ces associations sur la question de la responsabilité de la France, avec toujours le soutien actif des anciens partisans de l’Algérie française, il faut revenir au

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