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Par Fateh Adli, fév 2018.

Le courroux des colonels

Face au rouleau compresseur lancé dès 1958 par l’armée coloniale, dans le cadre du plan Challe pour éradiquer les maquis de l’ALN qui commençaient à prendre de l’ampleur et à enchainer les exploits sur le terrain, alors que les dirigeants du CCE, au Caire, proclamaient solennellement la naissance du premier gouvernement algérien provisoire, les états-majors de wilayas se trouvaient pour la première fois incapables d’avancer, du moins, de maintenir le même rythme d’action. Il leur fallait s’adapter à la nouvelle donne, en adoptant une nouvelle stratégie. Or, le manque de ressources et surtout d’armes empêchait de fait tout redéploiement.

Pour les moudjahidine de l’intérieur, la situation ne faisait qu’empirer depuis déjà quelques mois, avec une baisse drastiques et inexpliquée des lots d’armes et de munitions qui leur parvenaient de Tunisie et du Maroc, alors que les relations les dirigeants de l’extérieur ne cessait de s’envenimer jusqu’à atteindre, par moments, la rupture.
C’est à partir de là que les chefs de maquis se sentaient légitimement abandonnés dans une conjoncture qui appelait une intensification des efforts en direction de l’intérieur, exsangues et sans ressources, alors que, parfois, la direction de l’extérieur, elle-même, était dans l’incapacité de remédier à la situation. Ce n’est pas qu’ils ne mesuraient pas les difficultés objectives – parce qu’il y en avait – que les hommes de l’extérieur rencontraient sur le terrain pour acquérir des armes et les acheminer jusqu’aux maquis, sur des trajets de milliers de kilomètres, surveillés et verrouillés par l’armée ennemie. Car, il faut dire que, à l’époque, les caravanes d’acheminement se faisaient de plus en plus rares, depuis que la double ligne électrifiée sur les frontières avec la Tunisie a été renforcée. Mais l’impatience était telle qu’il fallait bousculer le commandement pour essayer de trouver une issue.   
C’est dans cet esprit-là que quatre principaux chefs de maquis ont décidé de se réunir pour discuter des moyens à mettre en œuvre pour sortir de cette grave impasse qui menaçait la révolution. Il s’agit des colonels de la Wilaya I (Aurès-Nemamchas), Si Lakhdar, de la Wilaya III (Kabylie), Amirouche, de la Wilaya IV (Algérois-Ouarsenis), M’hammed Bouguerra, et de la Wilaya VI (Sahara), Si El-Houès. Le chef de la Wilaya V, le colonel Lotfi, qui avait donné son accord préalable à la réunion, n’a pu rejoindre cette lointaine contrée, tout en approuvant d’avance toute décision qui en émanerait.
La réunion eut lieu dans un endroit qui s’appelle Oued Asker, près de Skikda, lieu où était installé le PC de la Wilaya II, et qui avait été bombardé six mois plus tôt. Elle dura presque une semaine (du 6 au 12 décembre 1958), ce qui dénote l’importance de l’événement et l’acuité et la complexité des sujets qui y étaient débattus.
Dès le premier jour, les participants ont eu à mesurer l’impact de leur initiative sur les chefs de l’extérieur. Le chef de la Wilaya II qui abritait la réunion, le colonel Ali Kafi, a fait faux bond, prétextant une mission urgente à Tunis. Or, la vérité, telle que attestée par plusieurs témoignages, est que le colonel Kafi savait d’emblée que les quatre colonels étaient venus avec l’idée de contester la conduite du GPRA, auquel ce fidèle de Lakhdar Bentobal était très lié. D’ailleurs, depuis cette date, Ali Kafi s’établit définitivement Tunis, cédant son poste au colonel Salah Boubnider (Sawt El-Arab), officiellement à partir de mai 1959.  
On sait que Ali Kafi, pour se justifier, a ensuite parlé d’une lettre portant la signature du colonel Amirouche et sur une déclaration que celui-ci aurait prononcée lors de cette fameuse rencontre de Oued Asker – mais dont l’ex-chef de la Wilaya II ne dévoile pas la teneur – pour dire que cette «initiative» des quatre colonels s’inscrivait dans le même esprit de «négociations avec l’ennemi» auxquelles, d’après lui, avaient pris part d’autres symboles de la Révolution, citant Abane Ramdane Ben Bella, Lamine Debaghine et Mohamed Khider, avec le gouvernement Guy Mollet.
Prenant à bras-le-corps le destin de la révolution, et s’appuyant sur la devise cardinale du congrès de la Soummam : «Priorité de l’intérieur sur l’extérieur», les colonels réunis à Oued Asker cherchaient en fait à travers leur initiative qui était vite perçue comme une tentative de sédition, à renverser le rapport de forces en leur faveur pour reprendre le pouvoir de décision. Ils ont déjà commencé à en faire la démonstration, en s’invitant sur un territoire (la Wilaya II) censé être sous l’autorité d’un partisan de la direction de l’Extérieur.
Cela n’a pas dévié le débat du principal souci qui hantait les chefs des maquis, à cette époque, qui était celui de l’armement qui commençait à peser très sérieusement sur le cours de la lutte armée. Ils voulaient avoir une réponse claire et définitive sur ces atermoiements qui caractérisait l’action de l’Extérieur sur la question de l’armement.
A la fin de la réunion, les quatre chargèrent les deux colonel Amirouche et Si El-Houès de prendre directement contact avec la direction de la Révolution à l'extérieur, pour poser tous les problèmes qui ont été soulevés par les chefs de maquis, notamment celui relatif à l’acheminement des armes et des munitions. Au mois de mars 1959, c’est-à-dire trois mois plus tard, les deux colonels prirent la route vers l’Est, pour leur troisième voyage en Tunisie. La rencontre avec les chefs de l’extérieur n’aura jamais lieu, et leur message ne sera jamais parvenu à destination, puisque les deux officiers sont tombés près de Bou Ssâda, dans une embuscade pour laquelle l’armée ennemie avait mobilisé une impressionnante armada. D’aucuns estiment aujourd’hui que si cette rencontre avait eu lieu, beaucoup de choses auraient changé et la révolution aurait connu une autre tournure, du moins, aurait pu épargner tant de sacrifices et tant de peines.

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