Sidi El Djoudi, une vie dédiée à la foi
Saint patron de Hammam Guergour

Par Hassina AMROUNI
Publié le 06 fév 2020
Considéré comme le saint patron de la ville de Hammam Guergour, Sidi El Djoudi Belhadj ou Ben Elhadj a vécu dans la région au XVIIe siècle (11e siècle de l’hégire).

Si l’on ne connait pas avec exactitude ses origines – les historiens n’ayant laissé aucune trace écrite sur le parcours de cette grande figure religieuse –, la tradition orale, quant à elle, offre plusieurs versions. Sur le site qui lui est consacré (*) on apprend: « Comme tous les mrabtine (ou chorfa) d’Algérie, on évoque une origine de Saguia Hamra, de Fès ou même Tafilalet au Maroc. De sa généalogie, on évoque une descendance du prophète Mohamed QLSSL par sa fille Fatima et son gendre Ali ben Abi Taleb (36e de génération) (El Moudjahid, 2012). Il est donc Hosseinide pour certains, Idrisside donc Hassanide pour d’autres ».
Parti donc de sa terre natale, le marabout traverse d’abord le sud algérien, avant de remonter vers le nord. Arrivé à Hammam Guergour, la région montagneuse lui inspire un grand sentiment de quiétude et de sérénité. Aussi, lui qui est à la recherche d’un endroit calme et paisible pour se consacrer pleinement à sa foi religieuse, décide de s’y installer. Les habitants de la région accueillent le cheikh les bras ouverts. Mieux, ils forment autour de lui un noyau de fidèles, auquel il transmettra un solide enseignement du saint Coran, aidé dans sa noble mission par son assistant Hamad.
Prenant ses marques dans ce nouvel environnement, Sidi El Djoudi, qui a choisi de poser ses malles au lieu dit la Médina, dans la partie haute du village, y érige l’une des plus importantes écoles coraniques de la région. Sa réputation d’homme de foi et sa grande sagesse parviennent jusqu’au bey de Constantine qui décide de lui octroyer une concession de plusieurs centaines d’hectares de terre dans le douar (village) de Aïn Turk, de la commune des Maâdid, afin de pouvoir entretenir la zaouïa à laquelle on affluait de partout. Le cheikh décide alors de construire un petit barrage de pierres rouges, afin de faire fonctionner un petit moulin de type kabyle.
Né, vraisemblablement aux alentours de 1610, Sidi El Djoudi après une vie entière dédiée à la religion et à l’accomplissement du bien autour de lui, décède à Hammam Guergour aux environs de 1680. Il est enterré dans le cimetière qui porte son nom.
Aujourd’hui, la zaouïa construite par Sidi El Djoudi lors de son installation à Hammam Guergour n’existe plus, elle a été remplacée par une mosquée et une nouvelle zaouïa, construite sur les décombres de l’ancienne. Les deux édifices portent le nom de Sidi El Djoudi. 
S’il a disparu depuis plus de 300 ans, cheikh El Djoudi demeure toujours sur les lèvres des habitants de la région qui, s’ils ne le citent pas en exemple de dévotion et de piété, relatent quelques-unes des légendes qui entourent sa sainte personnalité.
Citant Mazzuca (A. Lacroix & P. Mazzuca 1951), le Dr Abdelkader Mostefai (Mostefai, 1956), rapporte qu’un jour, alors que les élèves de Sidi El Djoudi ne trouvaient pas d’eau pour faire leurs ablutions, le marabout enfonça son bâton ferré dans le sol rocailleux duquel il réussit à faire jaillir de l’eau, « ces eaux que le Tout Puissant révéla ainsi aux habitants de cette région ». Une légende qui vient conforter une autre selon laquelle l’existence de l’eau thermale de Hammam Guergour relève de l’un des miracles de Sidi El Djoudi. Ainsi, raconte-on que, par le lointain passé, la région a connu une période de froid si intense que le sol entier en était gelé, empêchant toute activité humaine. « La région était restée pendant des mois sous la couverture d’un épais manteau de neige empêchant toute sortie des foyers. Aucun ne s’aventurait à mettre le nez dehors. Isolés du reste du pays, les gens tombaient malades et mouraient d’épuisement. Les stocks de vivres et de bois de chauffage étaient vite épuisés par cet hivernage qui n’en finissait pas. La faim et le froid régnaient en maîtres impitoyables. Les habitants passaient leurs journées dans les prières, espérant un retour à des températures plus clémentes. Mais la nature se montrait implacable et l’hiver interminable. Désespérés par le froid mortel qui n’en finissait plus de sévir, ils étaient au bout de leurs ressources matérielles et morales ».
Convaincus qu’il s’agissait d’une punition divine, les habitants supplient alors Sidi El Djoudi d’implorer la clémence du Tout-Puissant. Le marabout voyant ses concitoyens pleurer de dépit et ému par leur grande détresse accepte de les aider. « Il pria et médita toute la nuit, jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Cependant, au moment de procéder aux ablutions rituelles de la prière du matin, il ne put se servir de ses mains ni de ses pieds. Ses membres se raidissaient à ne plus pouvoir tenir d’objets à cause du grand froid. Alors, il récita des versets du Saint Coran. Et invoqua le nom de Dieu Tout Puissant. Puis, il frappa à plusieurs reprises le sol de sa canne. Devant une telle ferveur, Dieu agréa sa prière : une eau bouillonnante jaillit du sol. Sidi-El-Djoudi put ainsi faire sa toilette rituelle. Au même instant, les nuages se dissipèrent dans le ciel pour laisser place à un soleil éclatant de lumière. La neige fondit et la vie reprit son cours normal. De par ce miracle, Sidi-El-Djoudi a gagné sa place parmi ces saints dont la population vénère les vertus de sagesse et de bonté ».


Hassina Amrouni

Source :
(*) http://sidi.eldjoudi.online.fr

 

 

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