Défaite de l’armée française face au commando « Si Zoubir »
Bataille de Sidi Mohand Aklouche

Par Hassina AMROUNI
Publié le 10 fév 2020
Le vendredi 26 avril 1957, le village de Sidi Mohand Aklouche, dans la daïra de Cherchell, est le théâtre d’une sanglante bataille entre un commando de l’ALN et des soldats de l’armée coloniale. Retour sur une page de notre Glorieuse Révolution.
Mohamed Chérif Ould El Hocine
A droite Yacef Saadi, Colonel Bencherif, Ould Hocine Chérif officier ALN, Mustapha Blidi,  Salah El Houaoui. Assis à gauche Moussaoui Mohamed, Berkani Mohamed
Le bombardier type B26 de l’armée coloniale

Les faits se déroulent au mois de Ramadhan de l’année 1957. Le commando « Si Zoubir » se trouve dans la région de Cherchell, sur la route menant vers les montagnes du Zaccar. Les 36 membres de la katiba, menés par Si Moussa Kelouaz, après la mort en martyr de Si Zoubir, en février de la même année, sont sur leurs gardes. L’aviation survole toute la région depuis la matinée, les troupes au sol sont peut-être pas loin. Mais au-delà de leur jeunesse (ils étaient âgés entre 17 et 27 ans), les 36 membres du commando étaient prêts à braver la mort, voire à se sacrifier pour la patrie. La plupart avaient déjà fait leurs preuves sur le terrain des combats. Ainsi, Kelouaz Si Moussa, son adjoint, Si Ahmed Khelassi et Chamouni Abdelkader étaient déserteurs de l’armée française lors de la guerre d’Indochine, d’autres, comme Brakni Si Braham, Maamar Si Maamar en ayant accompli leur service militaire, avaient reçu une instruction militaire et leurs connaissances des armes étaient une valeur ajoutée pour leurs compagnons de lutte.
Le moudjahid Mohamed Chérif Ould El Hocine fait partie du commando. Il se souvient qu’en fin d’après-midi, le groupe regagne son refuge au douar Hayouna, dans la daïra de Cherchell. Dans sa retraite, l’agent de liaison apporte une lettre du capitaine Si Slimane. Si Moussa demande alors à Mohamed Chérif Ould El Hocine de la lire. « Elle faisait état des interventions fréquentes (presque tous les jours) des parachutistes au douar Sidi Mohand Aklouche, pour terroriser les habitants il nous demandait de les attaquer et de mettre fin à leurs agissements néfastes », rapporte-t-il.
Après s’être reposé durant quelques heures, le commando s’ébranle vers le douar de Si Mohand Aklouche. Le moudjahid Ould El Hocine témoigne encore : « Il nous a fallu 7 heures de marche pour arriver au douar. Il faisait froid, le vent était glacial, il était 3 heures du matin, Si Moussa a choisi un emplacement pour une éventuelle embuscade, malheureusement l’ennemi ne s’est pas manifesté. Nous sommes sortis de la forêt vers 16 heures pour aller au douar voisin. Les habitants étaient étonnés de nous voir, se demandaient d’où nous sortions. Ils nous ont accueillis chaleureusement en se pressant de nous préparer les refuges pour nous permettre de nous reposer ».
Le lendemain, jeudi 25 avril, veille du 27e jour du Ramadhan, le moudjahid Si Abderrahmane Sahnoun d’El Biar, infirmier du commando, promet à ses compagnons une bonne zalabia préparée par ses soins sur la base d’une recette de sa mère. En attendant l’Adhan de l’iftar, les moudjahidine se sont baignés dans l’oued pour décompresser. « Après la rupture du jeûne «el-ftour», nous avons dégusté la succulente zalabia préparée par Si Abderrahmane. Nous avons chanté des hymnes patriotiques «Min Djibalina, Fidaou El Djazaïr...» Après, nous avons fait notre prière en demandant à Dieu de nous faire sortir victorieux de la bataille de demain. Si Moussa nous demanda de nous reposer quelques heures pour être en forme, la journée de demain risquait d’être dure », raconte encore Ould El Hocine et de poursuivre son récit : « Le vendredi 26 avril 1957, à 2 heures du matin, nous sommes sortis silencieusement du refuge. Nous avons repris notre emplacement de la veille à quelques centaines de mètres du douar Sidi Mohand Aklouche. Il faisait toujours froid, nous n’étions pas loin du littoral et de la route nationale reliant Cherchell à Gouraya. Le ronflement des moteurs nous parvenait vers 4 heures du matin, mais on ne pouvait pas le situer. Entre le douar et l’endroit où nous nous sommes embusqués, il y avait une clairière et un champ de blé et tout à coup nous avons aperçu des soldats français. Les uns encerclaient le douar, les autres, en formation de combat, avançaient vers nous ». Là, le groupe a compris que, pour être resté trop longtemps dans le secteur, des traîtres avaient donné leur position aux soldats français. Dès lors, il leur fallait changer de tactique. Si Moussa ordonne à ses hommes de se replier. « Tout au fond de nous, nous voulions combattre, nous avions l’avantage d’être dans la forêt, l’ennemi se trouvait à découvert. Si Moussa voulait surtout gagner du temps, trouver une autre position stratégique. Une distance de 50 à 60 mètres nous séparait de l’ennemi qui avançait toujours. Nous entendions l’ordre de leur commandant qui hurlait : «Avancez, avancez et tirez à volonté ». Ils commencèrent à tirer sur nous. Nous étions un peu inquiets, car nous avons reçu l’ordre de ne pas riposter. Si Moussa nous ordonna le repli vers l’arrière, l’ennemi continuait à tirer, heureusement que nous étions dans la forêt, les arbres nous protégeaient des balles.
Le commandant français continuait à donner des ordres à ses soldats : «Avancez, avancez, tirez » », évoque encore Si Mohand Cherif.
A ce moment-là, le moudjahid Si Mahmoud Enemri, de Hammam-Melouane, tire en direction de l’ennemi quelques rafales de mitraillette pour les bloquer. Pendant ce temps, le commando devait se positionner sur la crête élevée d’une montagne mais pour y parvenir, il lui fallait traverser un terrain découvert sur plusieurs dizaines de mètres. Mais l’adversaire avait placé en face un fusil mitrailleur pour l’empêcher d’arriver à son point de repli. Alors, Si Moussa décide de couvrir ses hommes, en prenant position derrière un rocher. Il tire à feux nourris en direction du fusil mitrailleur pour le neutraliser.
« On devait passer un par un, couverts par les tirs de la carabine US de Si Moussa. A notre droite se trouvaient les paras qui couraient pour prendre la crête. Le moudjahid Si Tahar avait atteint le sommet de la crête le premier, il a pris position, tirait sur les paras avec son fusil Garand pour les stopper, Si Tahar hurle en tirant, criant «Allahou akbar» sur les paras et nous faisait des appels « avancez, mes frères, avancez ». Nous sommes tous passés sans aucune perte humaine, nous avons devancé les paras en prenant le haut des montagnes », confie le moudjahid. Et de continuer à raconter : « Sur cette crête de la montagne, il y avait trois pitons distancés l’un de l’autre d’environ 10 mètres. Nous étions trois groupes de 11 moudjahidine. Si Moussa plaça un groupe sur chaque piton. Nous nous sommes installés avec beaucoup de calme, nous étions prêts à faire face à l’ennemi. Notre position dominait tout le terrain, on pouvait voir tous les déplacements des soldats français. Il y avait le 29e bataillon de tirailleurs qui avait sa base à Fontaine du Génie, actuellement Hadjrat Ennous, à droite les soldats martiniquais et sénégalais à gauche les parachutistes. Nous étions heureux tout en observant le mouvement de l’ennemi qui se préparait à nous attaquer. Il était 8 heures du matin, c’est trop tôt pour nous, le temps n’était pas à notre avantage. Nous aurions souhaité que ce soit l’après-midi pour pouvoir nous replier à l’approche de la nuit. Nous étions joyeux, Dieu nous a donné cette occasion, cette journée du vendredi pour combattre et mourir en ce 27e jour de Sidna Ramadan. Nous chantions «Min Djibalina», faisant entre nous les adieux, souhaitant la mort, nous donnant rendez-vous au Paradis. Notre frère Istiklal qui nous disait qu’il serait le premier au Paradis était plus joyeux que nous. Nous lui avons donné le surnom Istiklal lors d’une discussion sur l’avenir de notre Pays. Notre compagnon Istiklal – de son vrai nom Benmira Tayeb – ne comprenait pas le sens du mot Istiklal (l’indépendance). Il nous a demandé de lui expliquer le sens de ce mot. On lui avait dit : «Quand on chassera le colonialisme français et son armée, l’Algérie retrouvera son indépendance. » Si Tayeb ne comprenait pas, il disait : «Moi, je combats pour mourir en tant que moudjahid fi sabil Allah», et c’est à partir de ce jour que nous l’avons surnommé Si «l’Istiklal».
Au moment où une partie des soldats ennemis se trouvant sur la droite commence à se déplacer pour attaquer les membres du commando, Si Moussa ordonne à son tour au chef de groupe Si Larbi d’El Attaf de se positionner sur un talus se trouvant à une dizaine de mètres en contrebas. L’objectif était de laisser approcher l’ennemi le plus près possible. Ce dernier ne s’était pas rendu compte du changement de position du groupe de Si Larbi qui avançait vers eux. Il fut reçu par un déluge de feu. « Des dizaines de soldats furent tués et les blessés étaient tirés par le col ou les pieds par leurs collègues. Un Martiniquais, blessé, rampait affolé, tirait avec son fusil mitrailleur. Surpris et pris de panique, les soldats pensaient que les moudjahidine allaient donner l’assaut pour récupérer l’armement, comme d’habitude. Après cette attaque, notre groupe avait repris sa position sur la crête », raconte encore le membre du commando Ould El Hocine.
Face à cette première déconfiture, les soldats français adoptèrent une position de « Wait and see », ne bougeant plus et cherchant une solution pour pouvoir déloger les moudjahidine. La peur avait changé de camp. Les moudjahidine jubilaient face à la couardise de leurs adversaires.

Des harkis dans le camp adverse

 

Pendant que le silence régnait dans les deux camps, les moudjahidine aperçurent des centaines de soldats, en face, qui leur faisaient des signes en criant : «Nous sommes des soldats algériens musulmans, nous voulons nous joindre à vous, pour combattre avec vous contre les militaires français...». Il s’agissait en fait de harkis. Et Si Moussa de leur répondre : «Avancez, si vous avez de bonnes intentions et la volonté d’être avec nous, nous ne tirerons pas». Selon Ould El Hocine : « Si Moussa avait flairé la ruse des harkis ; il nous ordonna d’ouvrir le feu sur les traîtres sans faire usage des armes lourdes mitrailleuses pour ne pas dévoiler à l’ennemi nos capacités. Au signal de Si Moussa, nous avons ouvert le feu. Le tir a été spontané par nos trois groupes il a duré quelques minutes. Les harkis surpris ont été foudroyés ; ils se sont sauvés laissant leurs morts et blessés sur le terrain. C’est ce que méritent les traîtres à la Nation algérienne ».
Sur le terrain des combats, les armes se taisent à nouveau et chacun est dans l’expectative. Si les moudjahidine n’avaient qu’une seule envie, c’est d’en découdre avec l’ennemi, ce dernier, au contraire, se demandait comment venir à bout de ce commando, sous-estimé au départ et qui se révélait bien armé et fort bien entraîné.

L’aviation en renfort

Ne trouvant pas de solution pour anéantir leur adversaire, les soldats coloniaux installent leur PC et, par radio, font appel au renfort de l’aviation. Cette dernière arrive rapidement. Deux avions bombardiers type B26 survolent pendant quelques minutes la zone des combats, sans larguer de bombes car ils pouvaient aussi toucher leurs compagnons qui étaient au sol. Ils ne pouvaient pas non plus faire des largages ciblés, du fait de la mauvaise visibilité et de la hauteur des montagnes qui les empêchait de voler à basse altitude. Face à leur inopérabilité, les bombardiers repartent pour être remplacés par deux avions T6 Morane (Jaguar). Le moudjahid Ould El Hocine poursuit son récit des événements : « Si Moussa nous demanda de nous préparer à faire face aux avions chasseurs, particulièrement aux tireurs de fusils mitrailleurs, Si Maamar et Si Benaicha munis de FM BAR américain, Si Tayeb disposait d’une mitrailleuse 30 américaine. Les avions chasseurs commencèrent à piquer sur nous, nous attaquant aux roquettes. Sur ordre de Si Moussa, en position debout, tête en l’air, les armes sur l’épaule, nous tirions sur les deux avions qui tournaient au-dessus de nous, nous attaquant avec des roquettes ; nous étions bien couverts par les rochers. Les deux pilotes ont amorcé un grand virage pour charger de nouveau ; Si Moussa a crié aux tireurs de pièces : « A vous, tirez, tirez ». Très rapidement, nos tireurs de pièces Si Maamar, Si Benaicha et Si Tayeb se sont levés ensemble et tiraient debout sur les avions chasseurs T6. Surpris par nos tirs, les deux pilotes n’ont pas eu le temps de réagir, ignorant que nous disposions d’armes lourdes, ce fut trop tard ; les avions ont été touchés ; l’un a pris feu et est tombé dans la mer, tandis que l’autre, atteint également, s’est écrasé plus loin. Notre joie était immense, abattre deux avions est très important et cela, bien que nous fûmes encerclés. Nous nous sommes exposés lors de nos tirs sur les avions ; grâce à Dieu, leurs roquettes n’ont touché aucun d’entre nous. C’était un spectacle ».
Les villageois qui avaient assisté aux combats exultaient de joie. Des youyous fusaient de partout. Hommes et femmes ne cessaient de répéter : «Allah Yansserkoum Ya El Moudjahidines ». La lutte n’était pas finie, les soldats français ne voulaient pas s’avouer vaincus aussi, font-ils appel à d’autres avions. Pendant ce temps, au sol, et malgré la présence de milliers de soldats, c’était le silence absolu. Un calme de courte durée puisque quelque temps plus tard, voilà qu’arrivent quatre avions chasseurs Morane T6. Si Moussa demande à ses hommes de se tenir prêt à riposter à l’attaque frontale des avions. Pour cela, il fallait qu’ils restent bien abrités dans les rochers. « Les quatre avions nous survolaient, l’un de face, l’autre derrière nous ; le troisième à gauche et le quatrième à droite, ils tournaient sur nos têtes, il nous était difficile de faire face. Ils tiraient, lançaient des roquettes avec acharnement sans trop s’exposer aux tirs de Si Maâmar et Si Benaicha. C’était infernal, Si Moussa cherchait une solution pour éviter le déluge de feu par un éventuel repli. Le temps était brumeux, nous étions près du littoral, seul un changement de temps pouvait nous sauver. Dans nos esprits, dans nos cœurs, on priait Dieu de faire quelque chose pour être à l’abri de l’aviation. Quelques minutes plus tard, la montagne était enveloppée par un brouillard épais comme un tapis qui nous séparait de l’aviation. Dieu le Tout-Puissant a exaucé nos prières, c’est un miracle d’Allah. Si Moussa nous ordonna de décrocher en vitesse, de nous replier en arrière et suivre le flanc de la montagne », relate le moudjahid avant d’ajouter : « Il était midi, il faisait un peu sombre, nous étions satisfaits de ce combat livré aux soldats français. Subitement, je ne sais comment, j’ai glissé pour tomber dans le ravin ; dans ma chute je me suis accroché à une branche d’arbre et j’ai vu passer le moudjahid Brakni Braham, à qui j’ai fait appel pour me tirer de là. Il s’est penché pour m’aider lorsque juste par malheur le brouillard s’est dissipé.
Le pilote d’un T6 nous a repérés, il nous poursuivait. Brakni Braham est allé s’abriter en me criant : «Si Cherif, lâche-toi.» Je lui répondis que mon point de chute était profond ; il m’a répondu qu’il était préférable de sauter. Effectivement, le pilote venait sur moi ; j’ai lâché la branche et pensais que j’aurais les jambes fracturées après avoir sauté de cette hauteur. Grâce à Dieu il n’en fut rien, des roquettes éclataient en haut de l’endroit où j’étais. J’ai couru pour rejoindre mes compagnons. Nous étions en danger dans l’oued, poursuivis par les quatre avions T6 nous attaquant aux roquettes. On courait en zigzaguant, les pilotes nous tiraient dessus ». Les moudjahidine étaient à bout de force. Certains ont bu quelques gorgées d’eau de l’oued, d’autres n’ont pas voulu rompre le jeûne, malgré la soif terrible. Dans cet échange de tirs nourris, l’Istiklal est touché au ventre par un tir de roquette. Ses compagnons ne pouvaient malheureusement pas lui porter secours. Lui, conscient leur disait : «Je vous disais hier que je vous quitterai, je serais fi Djenat El Ferdousse avant vous ». Il était heureux de mourir pour son pays. Il n’arrêtait pas de répéter à ses frères de combat : «Prenez mon arme, transmettez mon salut à mes compagnons et si un jour vous êtes de passage au douar Mira ; dans la région de Theniet El Had, passez le bonjour à ma famille, embrassez ma fille et maintenant, laissez-moi mourir ».
Avant de lui faire leurs adieux, ses camarades le déposent dans un endroit où il ne pouvait pas être vu par l’ennemi. Ses dernières paroles furent : «Pressez-vous de partir, vite, vite, partez ; adieu ne vous en faites pas pour moi ; je vous disais que je vous devancerai au paradis ». « En principe, on ne laisse jamais nos martyrs sur le terrain. On les enterrait dans un endroit discret, ce fut la première fois que cela nous arrivait ; on n’avait pas le temps. Les larmes aux yeux, nous avons fait nos adieux au brave et courageux Si l’Istiklal Benmira Tayeb », se souvient son ancien compagnon du commando « Si Zoubir ».
Séchant leurs larmes, ils reprennent leur course pour rallier le reste du groupe. Vers 16 heures, Si Moussa leur ordonne de sortir de l’oued pour prendre position dans un endroit stratégique pour faire face à l’aviation et aux soldats français qui étaient derrière eux. Ould El Hocine explique qu’« avant de nous installer et placer nos pièces mitrailleuses, les 4 pilotes des T6 ont refusé le combat. Ils avaient flairé le danger. Les soldats ont également rebroussé chemin car la nuit commençait à tomber ».
Les villageois étaient fiers des moudjahidine qui, durant toute la journée ont tenu tête à l’ennemi. Pour leur manifester leur gratitude, ils leur ont préparé un refuge au sein du douar. Une heure plus tard, Si Moussa désigne trois moudjahidine pour aller ramener le corps du martyr Istiklal. Mais sur le chemin, ils rencontrent des villageois qui les informent que les soldats français ont retrouvé leur compagnon. Au moment de sa capture, ils lui ont dit : «On t’a eu, sale fellaga ». Dans un dernier sursaut de courage et de dignité, l’Istiklal se soulève, se met à genoux et crache à la face du lieutenant français qui n’hésite pas à l’achever de trois balles. L’Istiklal a été enterré par les villageois après le départ des soldats français.
Le moudjahid achève son récit en disant qu’« en cette journée du vendredi du 27e jour éblouissant de sidna Ramadhan – Leïlat el Kadr –, nous avons triomphé dans la grande bataille de Sidi Mohand Aklouche, malgré le nombre impressionnant de soldats français, l’armée française n’a pu venir à bout de notre résistance, de notre volonté de fer. Notre arme est la foi en Dieu. A certains moments, nous étions dans une situation désespérée, alarmante. Dieu a exaucé nos prières, il ne nous a pas abandonnés : Mouadjizat El Illah (les miracles de Dieu) ».
L’ennemi, comme à son habitude pensait avoir affaire à des moussebiline sans armes automatiques. Il a constaté qu’il a eu affaire à des moudjahidines équipés d’un armement moderne qui ont repoussé ses deux tentatives d’invasion laissant plusieurs morts et blessés sur le terrain ainsi que la destruction de deux avions de chasse T6. Il a constaté aussi qu’il avait affaire au commando du Chahid Si Zoubir.
A noter qu’au cours de cette bataille de Sidi Mohand Aklouche, la France a enregistré 64 morts, des centaines de blessés, 2 avions de chasse T6 Morane (Jaguar) abattus. Le commando « Si Zoubir » a déploré une perte, le chahid Si l’Istiklal Benmira Tayeb, ainsi que deux blessés.

Hassina Amrouni

Source :
Témoignage de Mohamed Chérif Ould El Hocine
in L’Expression du 30/10/2004

DOSSIER

Les années de feu

L’état de guerre avant le Congrès de la Soummam

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES

L’ALGERIE RETROUVE SES REPÈRES AMAZIGHS

Yennayer, le retour aux sources des Banu Mazigh

MEMOIRE

Morte sur l’autel de la liberté

Chahida Mansouria « Soraya » Bendimered