Morte sur l’autel de la liberté
Chahida Mansouria « Soraya » Bendimered

Par Hassina AMROUNI
Publié le 10 fév 2020
Mansouria Bendimered, plus connue sous son nom de guerre « Soraya », fait partie de ces jeunes Algériennes qui ont spontanément répondu à l’appel de la Révolution. Un engagement jusqu’au sacrifice suprême.
Sidi Bel-Abbès
Responsables ALN de la Wilaya V
Réunion des cadres du commandement de la Wilaya V
Chahida Mansouria  « Soraya » Bendimered

Mansouria Bendimered voit le jour le 11 mars 1940. Si, dans son enfance, rien ne présageait de la destinée exceptionnelle de cette fille native de Sidi Bel-Abbès, en revanche, dès l’adolescence, elle commencera à afficher ses penchants nationalistes, accordant une attention toute particulière à toute cette effervescence populaire annonciatrice d’événements graves mais déterminants pour la libération du peuple algérien du joug colonial.
Dès l’âge de 16 ans, Mansouria, jeune fille intelligente mais surtout altruiste, décide d’abandonner son rêve de devenir infirmière pour s’engager dans les rangs de l’Armée de libération nationale. C’est une certaine Kheira Louha dite « Arbia » qui se chargera de la recruter avec d’autres jeunes de SBA sur ordre de Tayeb Larbi et Mohamed Medjadi dit « Bekkai ».
Son courage et sa détermination en font un élément incontournable des cellules combattantes du «fida» activant dans sa ville natale. Une mission à haut risque sachant que Sidi Bel-Abbès, avec son statut de ville-garnison, était constamment encerclée par les troupes françaises, rendant les déplacements et les actions des moudjahidine périlleux. Néanmoins, malgré son jeune âge, voire son inexpérience sur le terrain des combats, « Soraya » exécutera toutes les missions qui lui seront confiées avec succès. Chargée notamment de diverses opérations de transfert d’armes et d’approvisionnement en médicaments, elle sera également sollicitée dans les maquis pour prodiguer des soins aux moudjahidine blessés.
Ayant vent des activités de la jeune fidaïa, les forces coloniales mettent tout en œuvre pour parvenir à son arrestation. En dépit de longues séances d’interrogatoires, assorties d’actes abjects de torture, la jeune fidaïa ne donnera aucune information à ses tortionnaires. Elle sera emprisonnée durant trois mois avant d’être libérée. Dès sa sortie de prison, elle rejoint ses compagnons de lutte pour continuer la mission pour laquelle elle s’était engagée dès le déclenchement de la guerre de libération nationale.
Ses chefs hiérarchiques, convaincus de son abnégation et de sa vaillance, vont lui permettre de réintégrer les commandos du «fida» qui activaient dans les différents quartiers de la ville de Sid Bel-Abbès, toujours sous étroite surveillance militaire. « Soraya » qui a déjà une réputation de baroudeuse est à nouveau arrêtée par les troupes coloniales qui, une fois de plus, et sans doute plus que lors de sa première arrestation, vont la torturer de façon cruelle et atroce. Une fois de plus, « Soraya » fera preuve d’un courage incroyable et son silence laissera fou de rage ses bourreaux. N’ayant rien de concret, ces derniers finissent par la relâcher. Convaincue qu’elle fera désormais preuve d’une étroite surveillance de la part des forces coloniales, elle décide de quitter la zone urbaine pour rallier le front. Les moudjahidine de la zone 5, de la Wilaya V historique l’accueillent à bras ouverts. Et très vite, elle se voit engagée dans des opérations de combat aux côtés de combattants de grande valeur.
Un jour, elle est désignée avec son compagnon d’armes, Abdelkader Benfriou dit « Dady », pour prendre part à une mission de coordination dans la ville de Sidi Bel-Abbès. Une fois sur place, les deux combattants se rendent dans une maison servant à la fois de centre de logistique et de repli (merkez) pour les moudjahidine, sise au 64, avenue Marcel Cerdan et appartenant à un certain Sador Benamar, membre actif de l’OCFLN.
La nouvelle de la présence des moudjahidine parvient aux forces coloniales qui, dès la tombée de la nuit, dépêchent leurs hommes pour encercler le lieu de repli, voire tout le quartier. En apprenant qu’ils venaient d’être découverts, sans doute, suite à une dénonciation, « Soraya » Bendimered et Abdelkader Benfriou décident de combattre jusqu’à leur dernier souffle. Aux tirs nourris qui venaient de l’extérieur, ils répliquaient avec véhémence. Cet échange de feux nourris va permettre aux autres occupants de la maison (résistants, agents de liaison…) de s’éclipser par une porte secrète donnant sur l’oued Mekerra tandis que la jeune femme et son compagnon continuent de résister face à l’ennemi en nette supériorité numérique et armée. L’accrochage va se prolonger pendant plusieurs heures mais, aux premières lueurs de ce matin du 5 juillet 1960, ils donnent l’assaut final. Une fois à l’intérieur de la demeure, ils sont étonnés de voir que ce sont une femme et un homme qui les avaient tenus en échec durant une bonne partie de la nuit.
Mansouria « Soraya » Bendimered et Abdelkader Benfriou tomberont en martyrs, signant leur sacrifice pour l’Algérie de leur sang. Un sacrifice intervenu deux ans, jour pour jour, avant l’indépendance de l’Algérie.
Hassina Amrouni

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