Une laborieuse organisation des Zones

Par Fateh Adli
Publié le 10 fév 2020
A la création des cinq premières zones appelées en arabe (mantiqas), celles-ci étaient composées essentiellement de secteurs (kisms) couvrant de larges territoires, ce qui ne facilitait pas la tâche aux responsables locaux qui peinaient à coordonner les actions et à implanter la Révolution dans toutes les régions et douars. Aussi, la limitation aléatoire et irrégulière de chaque territoire n’était-elle pas faite pour aider à une meilleure organisation des maquis.
Didouche Mourad
Zighoud Youcef
Krim Belkacem et Si Nacer

Un état des lieux des cinq premières zones nous montre les spécificités et les difficultés de chaque territoire.
Ainsi, la Zone I qui regroupait la vaste région des Aurès, et qui était la plus importante, était divisée à sa création en cinq secteurs et comptait 550 combattants munis de quelque 200 armes de guerre, selon des statistiques établies. Cette zone a connu une évolution rapide à partir de 1955. Le nombre de moudjahidine est grimpé à plus de 1500, dont 75% étaient équipés d’armes de guerre et 25% de fusils de chasse, soutenus par 3 000 hommes de réserves prêts à prendre les armes.
Cette puissance de feu dont jouissaient les maquisards auréssiens leur permit de remporter de grandes batailles face à l’ennemi qui avait pourtant concentré tous ses efforts sur cette région rebelle. La bataille d’El-Djorf qui a eu lieu le 22 septembre 1955 est l’exemple le plus édifiant.
La mort subite du chef historique de cette zone, Mostefa Benboulaid, le 18 janvier 1955, a cependant freiné l’élan qu’elle avait pris, à tel point qu’elle restera sans commandement unifié pendant des années. Ce qui l’a empêché, par exemple d’avoir son représentant aux fameuses assises de la Soummam du 20 août 1956.
La Zone qui couvrait le Nord-Constantinois, qui va de Sétif au Sud jusqu’aux frontières tunisiennes, à l’Est, et de Sedrata à l’est jusqu’à Kherrata et Souk-Lethnine à l’Ouest, n’a pas connu un bon démarrage, à cause sans doute de la mort prématuré, le 18 janvier 1955, de son chef, Didouche Mourad, sur qui les chefs de la Révolution comptaient beaucoup pour lancer l’insurrection dans cette région du pays.
Cette zone était divisée essentiellement en trois grands fronts : le front du centre, englobant notamment Skikda et Smendou, confié à Zighoud Youcef qui succédera naturellement à Didouche et représentera le Nord-Constantinois au congrès de la Soummam ; le front comprenant les régions de Mila et l’ouest de Jijel, sous la direction d’Abdallah Bentobal et, enfin, le front de l’Est (région d’Annaba), conduite par Ammar Benaouda.
A l’instar des autres zones, la Zone II connut de grandes difficultés au déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre 1954. Ainsi, le nombre de combattants à cette date ne dépassait pas la centaine, muni d’une soixantaine d’armes. Dans ses Mémoires, le colonel Ali Kafi, qui était quatrième commandant de cette zone (devenue Wilaya, à partir de 1956), considère que le véritable coup d’envoi de la lutte armée dans cette région fut avec la bataille de Boukerker du 18 janvier 1955, où Didouche Mourad et neuf autres moudjahidine tombèrent au champ d’honneur. Mais ce sera la grande offensive du 20 août 1955 qui impulsera une nouvelle dynamique à la Révolution dans le Nord-Constantinois et dans tout le pays.
Après cette offensive, la Zone II connaitra une évolution fulgurante, avec le recrutement de nouveaux combattants dans les rangs de l’ALN. Selon des statistiques françaises, le nombre de moudjahidine dans la Zone II oscillait durant cette période entre 900 et 1 200, dont 30% munis d’armes de guerre et 70% de fusils de chasse, en plus de 1 000 hommes de soutien.
En matière d’organisation, la Zone II créa des « Conseils populaires » qui constituaient l’assise populaire de la Révolution dans cette région. Cette structure, ayant fait ses preuves, sera adoptée par le Congrès de la Soummam qui décida de la généraliser à toutes les wilayas. Après le Congrès, la Zone II, devenue à l’occasion Wilaya II, connaitra un nouveau découpage, plus stable et mieux adapté, avec la création de quatre Zones, neufs Régions et des dizaines de Secteurs.
Contrairement aux deux premières zones, la Kabylie avait mis du temps à se lancer dans la lutte armée. La plupart des militants de cette région avaient pris le parti de Messali Hadj depuis le début de la crise du MTLD. Par conséquent, les premiers moudjahidine s’étaient focalisés, au début, sur une campagne d’explication et de sensibilisation, parallèlement au processus de structuration du FLN à tous les niveaux, tandis que le recrutement se faisait lentement, ce qui a fait dire à certains observateurs que les opérations militaires dans la Zone III n’avaient pas commencé. Les actions étaient, en effet, limitées à des embuscades qui commençaient à prendre de l’ampleur à partir du printemps 1955, avec les actions de sabotage visant des infrastructures coloniales.
La Kabylie sous le règne de Krim Belkacem était divisée en Haute et Basse Kabylie, dont chaque partie était composée de 12 Régions et de 30 Secteurs. Au déclenchement de l’insurrection, cette zone comptait 450 combattants, puis 3 100, au congrès de la Soummam.
La Zone IV (l’Algérois et l’Ouarsenis) va de Zemmouri et Tenès, au Nord, à Bouira, Ain Bessam et Tiaret au Sud, des frontières de l’Oranie à l’Ouest à Minerville (Thénia), Palestro à l’Est. Alger y était rattachée au début de la Révolution, mais le Congrès en a fait une zone autonome, située au confluent de trois wilayas historiques.
Le nombre de moudjahidine dans la Zone IV, au 1er novembre 1954, était de cinquante, ce qui représente l’effectif le plus bas. Cependant, cette zone a connu un bond considérable en nombre et en structures durant l’année 1955, en comptant désormais dans ses rangs mille combattants, deux milles moussebel et quarante mille adhérents au FLN.
Enfin, la Zone V (l’Oranie) a connu, dès le début, un découpage défini comme suit : de la Mer méditerranée, au nord, à l’extrême-sud d’Algérie, des frontières marocaines à l’ouest aux frontières administratives d’Alger à l’est. Cette zone représente un tiers de la superficie de l’Algérie, ce qui fait d’elle la plus grande zone du pays. La révolution n’y a pas percé au départ, en raison des grandes pertes que les forces coloniales avaient pu infliger aux premiers groupes de moudjahidine (une soixantaine), à leur tête Ben Abdelmalek Ramdhan, l’adjoint de Larbi Ben M’hidi, chef de la zone, qui est tombé dans la nuit du 1er novembre 1954, ce qui a imposé une nouvelle organisation qui a pris beaucoup de temps.
La région de l’Oranie connaitra son nouveau départ à partir d’octobre 1955, avec notamment la venue de nouvelles recrues qui renfoncèrent les rangs de l’ALN. Cette zone comptait désormais 500 moudjahidine et autant de moussebeline, pour atteindre, en mai 1956, 1 500 combattants et 1 000 moussebeline. Ce qui a permis à ses dirigeants de poursuivre leurs opérations d’implantation, de mener des actions qualitatives contre l’ennemi et de sortir enfin de l’isolement.

Adel Fathi

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