Les années de feu
L’état de guerre avant le Congrès de la Soummam

Par Fateh Adli
Publié le 10 fév 2020
Tous les historiens s’accordent à dire que, dans la guerre de Libération nationale, il y a un avant et un après-congrès de la Soummam du 20 août 1956, en ce sens que ces premières assises de la Révolution ont permis une totale restructuration, plus adaptée aux enjeux et aux réalités du combat contre le colonialisme, avec de nouveaux organes, de nouveaux moyens et de nouvelles approches.
Belgacem Grine
les chefs de Zones de 1954 à 1962

Mais, à bien récapituler la première étape de la guerre qui va du 1er novembre 1954 au 20 août 1956, on se rend rapidement compte que tout était déjà mis en place : l’ossature organique de tout cet ensemble était conçue et mise en œuvre dès les premières réunions du CRUA, avec le premier découpage en zones sur lequel sera calqué celui qui sera adopté à la Soummam.
C’est lors de la dernière réunion des six, le 23 octobre 1954, que furent adoptés la déclaration du 1er Novembre, le choix de l’appellation du « Front et Armée de libération nationale » et la répartition finale des tâches. C’est aussi ce jour-là que fut arrêté le découpage territorial de la Révolution, lequel se composait de six Zones (qui deviendront des Wilayas par la suite), réparties comme suit, avec la définition des responsabilités :
- Zone I (Aurès-Nemamchas) : Mostefa Ben Bouilaid ; adjoints : Chihani Bachir, Adjoul Adjel ;
- Zone II (Nord-Constantinois) : Didouche Mourad ; adjoints : Zighoud Youcef, Lakhdar Bentobal ;
- Zone III (Kabylie) : Krim Belkacem ; adjoints : Ouamrane, Zaamoum Mohamed ;
- Zone IV (Algérois-Ouarsenis) : Bitat Rabah ; adjoints : Souidani Boudjemaa et Belhadj Bouchaib ;
- Zone V (Oranie) : Larbi Ben M’hidi ; adjoint : Benabdelmalek Ramdane, Abdelhafid Boussouf.
- Zone VI (Sahara) : en voie de formation, rattachée à la Zone I. Le soin a été laissé à Ben Boulaid de la constituer.
Donc, à bien regarder, le même schéma sera repris par les congressistes de la Soummam, avec juste un changement d’appellation et une structuration interne et un organigramme autrement plus raffinés, avec la création de nouvelles subdivisions : Régions, secteurs et kasmas, adaptées à une réorganisation des unités de combat en bataillons, compagnies, sections et groupes, et l’introduction des grades.
Cette période est aussi marquée par des événements ayant été décisifs pour la suite de l’insurrection à plus d’un titre : d’abord, la mort prématurée de deux pionniers de la lutte armée et deux membres importants du « groupe des Six » qui avaient pensé et planifié le déclenchement de la Révolution, Didouche Mourad et Mostefa Benboulaïd. La disparition de ces deux dirigeants, à laquelle il faut ajouter celle de chefs importants tels que Grine Belkacem, mort au champ d’honneur le 20 novembre 1954, déstabilisa longtemps les deux Zones qu’ils dirigeaient et qui étaient le berceau de la Révolution: le Nord-Constantinois et les Aurès. Ce qui a fait que le redémarrage y a été difficile, même si, paradoxalement, les plus grands exploits furent réalisés pendant cette période charnière, et plus précisément durant l’année 1955, marqué par des batailles mémorables, telles que la bataille d’El-Djorf du 22 septembre 1955, qui vit la participation de 400 combattants de l’ALN, composant plusieurs sections commandées par Chihani Bachir, chef par intérim de la Zone I (future Wilaya I), après la mort tragique de Mostefa Benboulaïd. Cette gigantesque confrontation qui mit aux prises une armada de l’armée coloniale de 25 000 soldats surarmés et appuyés d’avions de chasse et de bombardiers, a surpris les états-majors de l’ennemi qui n’imaginait pas certainement une telle mobilisation des «rebelles» moins d’une année après le déclenchement de l’insurrection, et dans une région qu’ils croyaient pacifiée, après les premières opérations de ratissage effectuées dès le début de 1955.
L’année 1955 vit aussi la grande offensive du Nord-Constantinois menée par Zighoud Youcef, chef de la Zone II, et dont le principal objectif était de desserrer l’étau sur les Aurès qui ployaient sous un déploiement impressionnant des forces armées coloniales qui croyaient alors pouvoir étouffer la révolution dans son berceau. Cet événement changera la donne complètement et permettra aux combattants de l’ALN de reprendre confiance en eux-mêmes après des débuts plutôt aléatoires, aggravés par un manque cruel d’armement et de munitions.
Par ailleurs, c’est dès 1955 que les autorités coloniales ont décrété l’état d’urgence et mobilisé le contingent, passé de 55 000 à 80 000 hommes. La répression fut alors féroce sur tout le territoire national.
Malgré une mobilisation exceptionnelle aux plans militaire, politique et médiatique pour mater la révolution, la question algérienne fut inscrite pour la première fois, au cours de cette année 1955, à l’Assemblée générale des Nations unies. C’est la première grande victoire de la révolution algérienne qui lui permit d’avoir un deuxième souffle et de penser à se projeter dans l’avenir. Ce fut l’objet essentiel du congrès de la Soummam

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