Le Nord-Constantinois prend le relais

Par Fateh Adli
Publié le 09 fév 2020
L’effilochement relativement rapide des maquis de la Zone I (Aurès-Nemamchas), le berceau de la Révolution, à la suite de la mort inattendue de son chef incontesté, Mostefa Benboulaïd, dans le fameux attentat à la pile piégée, le 22 mars 1955, a laissé croire, à un moment, que l’insurrection ne pouvait plus rebondir. Le général français Berlanche avait déclaré un jour qu’il ferait des Aurès « le tombeau de l’insurrection algérienne ».
Massacre de la population au stade municipal de Skikda
Chihani Bachir
Ali Kafi
Retour du Roi Mohammed V de son exil  à Madagascar

Si la reprise du combat dans cette zone pionnière se révéla des plus laborieuses, en raison du durcissement des opérations de répression enclenchées par l’armée d’occupation, mais aussi des interminables luttes intestines qui opposaient les anciens lieutenants de Benboulaïd, le flambeau a été vite repris par la zone voisine, la Zone II qui couvrait le Nord-Constantinois jusqu’à Kherrata, dans l’actuelle wilaya de Béjaïa, et dont les dirigeants ont pris sur eux de poursuivre l’implantation des maquis et les actions armées contre les cibles coloniales.
L’enjeu pour Zighoud Youcef et son état-major était, en même temps, de planifier des actions d’envergure susceptible de marquer une rupture définitive avec la colonisation par une adhésion aussi visible que massive de la population. C’était l’objectif de la grande offensive du 20 août 1955 qui marquera un nouveau départ de la lutte pour l’Indépendance.
Cela dit, cette décision capitale qui a été prise par le chef de la Zone II était largement justifiée par la férocité et la barbarie des autorités coloniales à l’égard des populations locales. Ainsi, au début de la même année, au lendemain du passage de Zighoud et ses collaborateurs dans un douar de la région de Skikda, pour une campagne de sensibilisation pour la lutte armée contre l’occupation, une unité de l’armée française a pris d’assaut la maison où avait été organisée la rencontre, tuant son propriétaire et plusieurs membres de sa famille, et forçant au déplacement l’ensemble des habitants du village.
Après cette tragédie qui a mis en émoi les habitants de toute la région, Zighoud est revenu sur les lieux pour s’enquérir de la situation. Bouleversé à la vue de l’ampleur du drame, il harangua la foule en s’engageant à venger les victimes, et annonça que la riposte devait être aussi cruelle, pour démontrer au peuple que les moudjahidine étaient, eux aussi, capables de frapper fort.
C’est donc à partir de là que les combattants de l’ALN de cette zone commençaient à porter des coups durs à l’ennemi. La première action fut une embuscade contre les forces coloniales menée sur le tronçon entre Skikda et Collo. C’était le coup d’envoi d’une longue série d’attaques et de harcèlements annonçant la généralisation du combat libérateur dans toute la région. La riposte de l’armée coloniale ne s’est pas fait attendre : des renforts impressionnants furent envoyés dans toute la région, mais cela n’a pas eu raison de la détermination des insurgés. Au contraire, leurs actions s’intensifièrent et s’accélérèrent. C’était le moment pour organiser l’acheminement des armes et la mobilisation de la population, dans la perspective d’opérations toujours plus retentissantes.
C’est ainsi que, en quelques mois, des groupes se sont constitués dans le Nord-Constantinois, dont chacun était chargé d’une mission : une embuscade, un attentat ou une action de sabotage visant des infrastructures françaises et la destruction de moyens de communication. Le succès de ces actions en inspira d’autres et persuada Zighoud Youcef qu’il était, désormais, en mesure de planifier et de mener une action militaire d’envergure, susceptible de déstabiliser sérieusement les états-majors de l’ennemi.
L’idée était déjà dans la tête de Zighoud qui estimait que c’était le seul moyen aussi pour desserrer l’étau sur la Zone I, sur laquelle était alors concentrée l’armée d’occupation. C’est ce que lui avait suggéré Chihani Bachir, le successeur de Benboulaïd dans les Aurès, dans un message de détresse qu’il lui avait fait parvenir. Il a donc attendu que toutes les conditions, militaires, politiques et morales, soient réunies pour passer à l’action, en songeant à faire le plus grand coup d’éclat possible.
Fin juin, Zighoud convoqua ses hommes – ils étaient une cinquantaine – à une réunion décisive dans la région de Zeman, pour définir les tâches de chacun. C’est ainsi qu’il désigna, entre autres, Salah Boubnider, dit Sawt El-Arab, à la tête de la région d’El-Khroub, Ali Kafi à Zerga, et Abdelmadjid Lakehal-Ras à Smendou. Leur mission était d’évaluer les potentialités dans tous les domaines et de prendre le pouls des populations locales. Pour donner à son projet une dimension politique et un écho maghrébin, Zighoud choisit la journée du 20 août, qui rappelait l’exil forcé du roi du Maroc, Mohamed V, et les manifestations de protestation qui devaient s’en suivre. Le coup d’envoi de l’opération fut lancé à midi. En trois heures, ce fut l’embrasement général, avec un nombre de victimes effarant : 12 000 morts, côté algérien, et des centaines, côté français.
C’est grâce cette grande offensive, pensée, planifiée et dirigée par Zighoud Youcef, que le monde entier a enfin ouvert les yeux sur la réalité de la colonisation en Algérie et la lutte du peuple algérien pour le recouvrement de sa liberté. Aucune propagande ne pouvait plus occulter la vérité à l’opinion mondiale.

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