Un patrimoine immatèriel universel
Ahellil du Gourara

Par Hassina AMROUNI
Publié le 12 fév 2019
Pratique artistique ancestrale, propre aux Zénètes du Gourara, l’Ahellil a été classé en novembre 2005 sur la liste du patrimoine mondial oral intangible de l’humanité par l’Unesco.

Pratiqué lors des fêtes religieuses et pèlerinages mais aussi lors des fêtes profanes comme les mariages ou les foires locales, l’Ahellil, localisé dans la partie berbérophone du Gourara, symbolise « la cohésion de la communauté dans un environnement difficile et véhicule les valeurs et l’histoire des Zénètes dans une langue aujourd’hui menacée de disparition ».
Ce spectacle traditionnel se déroule à la tombée de la nuit. « Un groupe d’hommes se réunit en plein air et forme un cercle au milieu duquel se trouve un abashniw (poète et chanteur soliste), un bab n tamdja (flûtiste) et un bab n qallal (percussionniste, joueur de tambour). Tous, épaule contre épaule, répètent en chœur derrière le soliste et son orchestre, ces complaintes faites de suppliques et de quête de pardon et de grâce. Ahellil chante l’amour et la mort, Dieu et les hommes, le pur et l’impur. Dans un enchevêtrement sublime, il fait cohabiter sacré et profane. Il relate l’histoire (la petite et la grande). Des événements locaux, des épopées amoureuses, des conflits familiaux s’intercalent entre le rappel de préceptes religieux et le récit de batailles mémorables. Pris par le rythme de sa propre voix, l’abshniw exécute des postures de plus en plus gracieuses. Ses génuflexions accentuées par la tonalité d’une voix aiguë de plus en plus poignante provoquent des mouvements, vers l’avant puis des retours, de la partie du cercle à laquelle il s’adresse. »
(A. Moussaoui).
A la fois poésie, chant polyphonique, musique et danse, l’Ahellil réunit jusqu’à une centaine de personnes, autour du soliste. Elles lui donnent la réplique en tapant dans leurs mains, produisant une sorte d’écho qui fait monter l’émotion d’un cran.
Suivant un schéma bien défini, l’Ahellil s’ouvre sur lemserreh, ouverte à tous, cette partie, composée de chants courts, connus de toute l’assemblée, dure jusqu’à une heure avancée de la nuit, puis débute la seconde partie, en l’occurrence l’aougrout, réservée aux plus expérimentés. Celle-ci se prolonge jusqu’à l’aube pour laisser place en troisième partie au tra qui s’achève avec le lever du soleil.

L’œuvre colossale de Mouloud Mammeri sur l’Ahellil

Mouloud Mammeri a beaucoup contribué à la connaissance et à la reconnaissance de cette pratique artistique traditionnelle.
Deux années après son installation à la tête du Centre de recherche en anthropologie préhistoire et éthnographie, en 1969, il découvre la région du Gourara et ses multiples richesses patrimoniales. Il met en place une équipe pluridisciplinaire réunissant l’étude de la littérature orale, l’ethnomusicologie, l’anthropologie historique, la sociologie de l’éducation, de la santé et des pratiques religieuses. Sous sa direction, les chercheurs vont aller à la rencontre de la population locale, recueillir de la bouche des anciens « les maîtres de la parole », cette riche poésie orale déclamée lors de la cérémonie de l’Ahellil. Ce travail de fond va durer de 1971 à 1979, de longues années, durant lesquelles Mouloud Mammeri et son équipe vont parcourir le Gourara, Fatis au nord jusqu’à l’Aouguerout au sud, enregistrant, transcrivant et recueillant des textes millénaires.
Ce travail de longue haleine se matérialise par la publication d’un ouvrage, considéré à ce jour, comme « LA » référence pour tout chercheur désirant se lancer dans l’étude de cette poésie très complexe et très structurée dont la maîtrise n’est loisible qu’à une poignée de Gouraris.
Ancré dans la tradition et le patrimoine local, l’Ahellil qui était jadis pratiqué en diverses occasions a connu un certain déclin, du fait du désintérêt des jeunes d’aujourd’hui à cette pratique, modernité oblige.
Aussi, le festival national de l’Ahellil, institué en 2006 et le classement de cette pratique par l’Unesco en 2005 ont contribué à lui redonner un second souffle mais surtout à l’inscrire dans la pérennité.
Hassina Amrouni

Sources :
http://www.amistimimoun.org/6Publis/Timimounlamystique2.pdf
http://mammeri100.dz/index.php/fr/partimoine-immateriel/34-l-ahellil-du-...

DOSSIER

Entre histoire et surenchère

Les harkis après l'indépendance

GUERRE DE LIBERATION

Chahid sans tombe

Hamou Boutlelis

MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES

Le médecin militant nationaliste

Mohamed Lamine Debaghine

MEMOIRE

Le fils prodige de Achaâcha

Portrait du chahid Abdelkader Belarbi

CONTRIBUTION

Le FLN c’est la Révolution. - Le FLN c’est la Nation. - L’ALN c’est l’état

Rencontre avec deux résponsables de la Wilaya II : Tahar Bouderbala-Ammar Benaouda