Un grand moment de mobilisation populaire et de solidarité
Grève des huit jours

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 17 fév 2019
Le 28 janvier 1957, l’assemblée générale des Nations unies entame la discussion sur la situation en Algérie. La direction du FLN décide alors de pousser la population algérienne à observer une grève générale durant huit jours. L’objectif est clair : montrer l’unité du peuple algérien derrière les mots d’ordre du FLN. Un succès de cette grève répondra aux déclarations des forces coloniales dont l’argument principal était de faire passer le FLN comme exprimant une position minoritaire, alors que, d’après elle, les Algériens seraient attachés à la présence française et souhaitaient son maintien.
Un commerçant contraint par la force dt’ouvrir son magasin
Brahim Chergui chef politique de la ZAA

Dans son appel, le FLN proclamait : « L’opinion publique internationale a les yeux fixés sur nous. Démontrons au monde que notre peuple a droit à l’indépendance. » Le FLN avait fait circuler ses mots d’ordre : cesser les actions armées pendant la durée de la grève, ne pas circuler dans les quartiers européens, éviter les rassemblements dans les lieux fermés. En même temps, les actions de solidarité avec la population algérienne, dans sa grande majorité en situation précaire, s’organisaient. Des réserves de provisions sont constituées et distribuées aux pauvres. L’organisation clandestine du FLN distribue des bons destinés aux catégories les plus pauvres. Les commerçants sont assurés d’être payés pour les avances de provisions qu’ils consentent aux populations.
Sur le plan diplomatique, la question algérienne connait d’importantes avancées durant l’année 1956. La déclaration du 1er novembre 1954 avait fixé les objectifs diplomatiques du FLN : « Pour parvenir à ces fins, le Front de libération nationale aura deux tâches essentielles à mener de front et simultanément : une action intérieure tant sur le plan politique que sur le plan de l’action propre, et une action extérieure en vue de faire du problème algérien une réalité pour le monde entier avec l’appui de tous nos alliés naturels. » Déjà, le 19 juin 1956, le conseil de sécurité repousse une première fois un projet de résolution présenté par treize Etats afroasiatiques. Le congrès de la Soummam avait fixé comme étant l’un des buts de guerre « l’isolement politique de la France en Algérie et dans le monde ». Le 13 octobre, cinq pays arabes et cinq pays asiatiques demandent de nouveau l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies. Le bureau de l’Assemblée générale décide d’y donner suite le 15 novembre mais la question n’est pas inscrite à l’ordre du jour. Moins d’une année plus tard, le 15 février 1957, l’Assemblée générale se prononce et adopte la résolution suivante : « L’Assemblée générale, ayant entendu les déclarations des diverses délégations et discuté de la situation en Algérie, qui cause beaucoup de souffrances et de pertes en vies humaines, exprime l’espoir que, dans un esprit de coopération, une solution pacifique, démocratique et juste sera trouvée par des moyens appropriés conformément à la charte des Nations unies. » Ce fut une importante victoire diplomatique du FLN qui accrut son audience dans le monde. Le FLN avait fait la preuve de sa représentativité au sein de la population algérienne qui avait montré qu’elle était unie derrière lui et reprenait les mots d’ordre d’indépendance, rejetant les manœuvres de l’administration coloniale. L’audience du FLN grandit au sein de l’opinion publique internationale et valut d’importants soutiens politiques et matériels au sein des populations arabes, islamiques, africaines et européennes, y compris au sein de certains milieux politiques français.
La grève des huit jours fut aussi une occasion pour les Algériens de montrer leur solidarité avec les plus pauvres d’entre eux, les plus fragiles matériellement, qui vivaient au jour le jour et ne pouvaient pas faire des provisions pour une longue période. Dans un entretien accordé à Mémoria en 2014, Yacef Saadi, alors chef militaire du FLN pour Alger, insista sur la mobilisation des artistes, en particulier des moudjahidate qu’il avait réunies dès le 20 janvier 1957 et à qui il avait demandé de convaincre la population et surtout de recenser les familles nécessiteuses qu’il fallait secourir et aider à tenir. Des bons d’achat portant le cachet du FLN furent distribués. Le FLN s’engageait à les honorer en espèces. Les commerçants algériens s’étaient engagés à fournir les titulaires de ces bons et à constituer des réserves de produits alimentaires pour répondre aux besoins des populations nécessiteuses. Les combattants de l’ALN plongèrent dans la clandestinité la plus totale et certains, les moins exposés, durent même remettre leurs armes à leurs responsables respectifs, toute action armée ayant été proscrite pendant la durée de la grève. L’annonce de la grève suscita la panique au sein des autorités coloniales qui répondirent par la répression : arrestations massives, tortures généralisées, attaques contre les commerçants, ouvertures forcées des boutiques, descentes dans les quartiers algériens, généralisation de la torture et déportations massives. Des écoles et des constructions en chantier furent converties en centres de torture. Le gouvernement français décide le 7 janvier 1957 de confier à la 10e division parachutiste dirigée par le général Massu le soin du « maintien de l’ordre » à Alger. On déplora des centaines de meurtres et de disparitions forcées pendant la durée de la grève.

Boualem Touarigt

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