« Le dernier tabou » de la colonisation ?

Par Fateh Adli
Publié le 17 fév 2019
Paru en 2015 et 2016 en France et en Algérie, l’ouvrage du journaliste chercheur Pierre Daum, intitulé : Le Dernier Tabou, les harkis restés en Algérie après l’indépendance, démonte tous les stéréotypes véhiculés jusque-là, tant en France qu’en Algérie, sur cette question des anciens supplétifs de l’armée coloniale pendant et après la guerre de Libération nationale.
Pierre Daum
La délégation algérienne à Evian
Femmes algériennes à l’indépendance
Camps de Harkis en France
 Harkis sur le point de quitter l’Algérie
 Harkis regroupés dans un camp à Annaba

Venant d’un auteur français, cette enquête interpelle en premier lieu l’opinion publique française sur tant d’idées reçues assénés pendant des décennies sur cet épisode trouble de la guerre d’Algérie. Première idée reçue battue en brèche : celle du « massacre massif » des harkis après la signature des accords d’Evian et la proclamation de l’Indépendance, le 5 juillet 1962. Pour l’auteur de l’essai, «les nostalgiques de l’Algérie française instrumentalisent depuis cinquante ans les souffrances (par ailleurs réelles) que de nombreux harkis ont vécues au moment de l’indépendance. En exagérant le nombre de morts ( le chiffre de 150 000 est très souvent repris alors qu’il ne repose sur aucun fondement historique) et en parlant de « massacre », voire de
« génocide » des harkis, ces nostalgiques tentent, sous couvert d’un pseudo-humanisme, de justifier le combat des ultras de l’Algérie française, notamment de l’OAS.
Pierre Daum estime que derrière les discours des « Nostalgériques » dénonçant le « massacre des harkis » il faut en fait entendre :
« Nous n’aurions jamais dû lâcher l’Algérie, regardez ce que ces pauvres harkis ont subi ! » C’est malheureusement ce discours mensonger et manipulateur qui a façonné l’opinion française et alimenté toutes les dérives dont s’est rendue coupable la classe politique française jusqu’ici. Un discours qui a fait croire à une majorité de Français qu’en 1962, les harkis avaient soit réussi à s’enfuir en France, soit avaient été massacrés par un FLN «revanchard».
« La version véhiculée par ces groupes, explique l’auteur, postule qu’aucun harki n’est resté vivre en Algérie. Ce qui est complètement faux. Mon enquête révèle qu’en réalité, la grande majorité des harkis est restée dans son pays sans y être assassinée. »
D’après les résultats de la longue et minutieuse enquête du chercheur, qui l’a mené à recueillir des témoignages d’un certain nombre de harkis vivant toujours en Algérie, la plupart d’entre eux sont retournés dans leurs villages et ont retrouvé la vie de paysans très pauvres qu’ils avaient avant la guerre.
Il n’y a, donc, eu ni massacre ni scènes de vengeance comme l’auraient imaginé ces thuriféraires de la colonisation et nostalgiques de l’Algérie française. L’auteur
atteste que si des harkis ont dû se sentir inquiétés ou marginalisés dans leur entourage ou dans leur village, pour leur passé peu glorieux, où ils ont parfois commis des crimes et des dépassements impardonnables, « beaucoup n’ont pas été véritablement inquiétés ». Il y a aussi le cas de ceux qui ont comparu devant des tribunaux populaires, pour jurer qu’ils n’ont « rien fait de mal » ou qu’ils ont été « forcés par les Français ». Ce qui n’était pas toujours faux. L’auteur relève également que certains, par contre, reconnus coupables de violences à l’égard de la population civile, ont été condamnés pendant quelques semaines à des travaux forcés. D’autres ont encore ont été condamnés à des peines de prison et seront libérés. Seuls « les plus coupables », selon les termes de Pierre Daum, de tortures, viols, exactions en tout genre ont été exécutés.
Tout cela n’empêcha pas, en cette période de chaos de l’été 1962, qu’aient lieu de nombreux crimes aveugles, des vengeances sordides et des exécutions sommaires,
« sans rapport parfois avec la guerre ». Il s’agit souvent de vieux litiges liés à la terre, d’héritage ou d’honneur.
Extrait de l’ouvrage :
« (…) Le jour du cessez-le-feu, le 19 mars 1962, le commandant rassemble ses harkis : « Celui qui veut partir en France, il peut partir. Et celui qui veut rester, il reste ! » M. Snoussi choisit de rester. « Ma famille était ici. Ma mère, mon frère, je ne pouvais pas les abandonner. »Tous les supplétifs n’ont pas eu la possibilité d’un tel choix. A peine l’armée française disparue, les moudjahidin descendirent des montagnes. « Ils nous ont emmenés dans la caserne de Sidi Larbi, à trente kilomètres d’ici, de l’autre côté de la montagne. C’est une ancienne caserne de l’armée française, que l’ALN (Armée de libération nationale, la branche militaire du FLN) a récupérée. » Il y passe quinze jours, « en avril 1962 », au milieu de quatre cents autres harkis, en provenance de toute la région. « Ensuite, ils nous ont relâchés petit à petit, et je suis rentré au village. A Beni Bahdel, nous étions sept harkis. On vit tous encore ici. » M. Snoussi fait partie de cette grande majorité de harkis – plusieurs centaines de milliers si on prend le terme au sens large – qui sont restés en Algérie après l’indépendance, et qui n’ont pas été tués (…) »
Adel Fathi

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