Une dame de grande stature
Décès de la moudjahida Fatima Ouzegane

Par Hassina AMROUNI
Publié le 27 fév 2018
Fatima Ouzegane n’est plus. Celle qui fut l’une des grandes militantes de notre glorieuse révolution a tiré sa révérence au lendemain de son 90e anniversaire.
Fatima Ouzegane

Dans un message de condoléances adressé à la famille de la défunte, le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a tenu à saluer la mémoire d’une grande moudjahida.
« J’ai appris avec une grande tristesse la disparition de la moudjahida, Fatima Ouzegane, après une longue et riche vie de lutte et de combat pour la libération de l’Algérie du joug colonial, en abandonnant les bancs de l’école pour rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale », a indiqué le Président Bouteflika dans son message et d’ajouter que c’est  « à l’appel de la patrie, refusant les chaînes de l’avilissement et de la soumission et aspirant au recouvrement de sa souveraineté et sa dignité nationales, qu’elle s’est jetée corps et âme dans l’arène du combat, aux côtés de ces braves compagnes d’armes, affrontant la machine coloniale, déterminée à atteindre l’une des deux rétributions, la victoire ou le martyr ».
Le Chef de l’Etat a, d’autre part, mis en exergue «les affres de la torture, de la persécution et de l’incarcération, qu’elle a subies sans jamais renoncer», soulignant dans son message que la moudjahida «aspirant à voir le citoyen algérien altier et grand, conscient du rôle qui lui incombe dans le progrès et la prospérité de son pays, avait mis, après l’indépendance, son sens révolutionnaire au service de la défense des droits de la femme et droits de l’homme».
 «Aujourd’hui qu’elle rejoint le Créateur, elle peut être satisfaite des acquis de la femme dans tous les domaines, en particulier dans les hauts postes de décision et en étant agréée par ces concitoyens qui l’ont reconnue à sa juste valeur et salué ses actions pour rester à jamais gravée dans leurs mémoires.» Et de conclure : «Je prie Dieu, le Tout-Puissant, d’accorder à la défunte Sa sainte miséricorde, de l’accueillir dans Son vaste paradis et d’assister sa famille, ses proches et ses compagnons d’armes, en cette douloureuse épreuve».

Naissance dans une famille militante

Fatima Ouzegane voit le jour le 24 janvier 1928 à la Casbah d’Alger, au sein d’une famille de révolutionnaires, originaire d’Ifigha, dans la région d’Azazga. De ce fait, Fettouma et ses quatre sœurs sont, dès le jeune âge, nourries au discours nationaliste.
 La petite Fatima ou Fettouma entame sa scolarité à l’âge de 4 ans. Elle confie : « J’ai commencé mes études chez les Sœurs blanches à Tourne-Rond-Villon, aux environs de Bab J’did à la Casbah. Puis, j’ai fréquenté l’école franco-algérienne, sise rue Marengo. Cette école se trouvait en face d’une medersa.»
Arrivée en sixième, la petite est contrainte d’interrompre ses études car son père Saïd et son oncle, le grand Amar Ouzegane, qui sera l’un des rédacteurs de la plateforme de la Soummam, sont arrêtés par les autorités coloniales ! Son père est transféré à la prison de Barberousse, tandis que son oncle est envoyé au camp de Djenan Bourezg, dans le sud de l’Oranie. Déroulant le fil des souvenirs, la moudjahida raconte : « C’est à partir de là que j’ai commencé à apprendre à m’occuper de la famille. Etant l’aînée de mes sœurs, je devais chercher le permis de communiquer à Cavaignac et accompagner le coursier pour aller voir mon père et lui apporter de la nourriture. En quelque sorte, j’étais devenue le garçon de la famille ».
En 1953, Fettouma Ouzegane se marie avec Abderrahmane Rebaïne. Revenant sur l’engagement de son mari, elle confie : « Mon oncle a repris ses activités après sa libération. De ce fait, il était à nouveau recherché. Vu sa condition délicate et sa position stratégique de l’époque (conseiller politique du CCE), mon oncle s’est réfugié chez nous. Ainsi, mon défunt mari s’est retrouvé à assurer la liaison entre mon oncle et les responsables du FLN ». Arrêté le 21 février 1957, Abderrahmane Rebaïne ne donne plus signe de vie, laissant sa jeune épouse seule, face à ses responsabilités familiales. Avec courage et dignité, Fettouma s’occupera de l’éducation de ses enfants, tout en apportant sa part d’engagement à la lutte pour l’indépendance du pays.
Recherchée à son tour, elle entre dans la clandestinité en septembre 1957, quelque temps plus tard, elle est arrêtée par les parachutistes et jugée pour association de malfaiteurs et atteinte à la sûreté de l’Etat, mais ni les affres des geôles coloniales, ni les interrogatoires musclés et encore moins la torture, ne la feront renoncer au combat pour une Algérie libre et indépendante. De cette partie de sa vie, elle se remémore : « A Barberousse, quand les bourreaux amenaient un condamné à mort pour l’exécuter, ce dernier criait : Allah Akbar! Le cri était repris par les autres détenus. L’écho de ces cris parvenait jusqu’à nous alors et nous entonnions les hymnes nationaux. Ces hymnes qui fusaient de la prison étaient repris par les habitants des quartiers environnants ».
Dès sa sortie de prison, en décembre 1959, elle reprend contact avec les réseaux de l’ALN dans la Zone autonome d’Alger (ZAA), où elle active sous l’identité de Kaddour, son nom de guerre.
 
En 1960, elle est à nouveau arrêtée et gardée au secret durant trois mois à Fort l’empereur. Elle sera ensuite expulsée vers la France d’où elle rallie la Tunisie.
Au lendemain de l’indépendance, Fettouma Ouzegane restera très active. Elle sera notamment membre fondateur de l’Association nationale « SOS Femmes en détresse », présidente d’honneur du Collectif « Fadhma N’soumer », présidente de l’association « Verdict », comité contre la torture et les disparus durant la guerre de libération nationale.

Hassina Amrouni
Sources :
*Plusieurs articles de la presse quotidienne nationale
https://www.facebook.com/fettouma.ouzegane


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