L’homme attentionné au combat de la femme
2e anniversaire du décès d’Abdelhafid Yaha dit Si l’Hafid

Par La Rédaction
Publié le 27 fév 2018
Au début de l’année 2018, nous avons perdu deux grandes moudjahidate, en l’occurrence Mahdjouba Guemar veuve de Krim Belkacem et Fettouma Ouzegane. Ces moudjahidate ont chacune à leur manière, servi la révolution algérienne dans sa plus noble expression. Lors des obsèques de feu Fettouma Ouzegane, où j’ai rencontré deux autres moudjahidates, à savoir Madame Annie Steiner et Madame Louisette Ighil Ahriz, m’est revenue en mémoire comment le Commandant de la wilaya III historique, feu Abdelhafid Yaha dit Si l’Hafid a géré et soutenu les femmes pendant et après la guerre de libération nationale.
Abdelhafid Yaha au 1er plan
Feu Abdelhafid Yaha dans les bras de sa maman
Abdelhafid Yaha à droite
Abdelhafid Yaha à droite
Abdelhafid Yaha
Abdelhafid Yaha

Fettouma Ouzegane a été une des pionnières de la lutte des femmes algériennes pendant la révolution et qui a continué, le combat après l’indépendance, pour la défense des droits des femmes et des enfants de chouhadas.  Fettouma comme l’appelait, amicalement, avait été emprisonnée dans les années 1980 et je me souviens du combat qu’avait mené Si l’Hafid pour sa libération. Oui, parce que pour Si l’Hafid, il était inadmissible de réduire à ce niveau ses compagnes de lutte, qui géraient les refuges et qui étaient des agents de liaison dans les maquis et plus tard ses filles et ses petites filles à des êtres inférieures.
Pendant la révolution, il a été marqué par son épouse qui a été de tous les combats et par une mère moudjahida, maintes fois, torturée et qui gérait un refuge et transportait le courrier de la Willaya III. Si l’Hafid apprend très vite que la femme est une force que l’ennemie n’avait pas et qu’elle fera la différence dans la lutte vers la liberté. C’est pour cela qu’elle devait être reconnue à sa juste valeur. C’est, ainsi, qu’il décide de s’adresser directement à elles dans les villages de la Wilaya III.
Lors d’une rencontre avec une moudjahida, elle m’expliqua comment un des hommes les plus recherchés par l’armée française avait été surnommé par les femmes «Azidhan», c’est-à-dire littéralement «le sucré». Autrement dit, l’homme attentionné. Pourquoi ? Parce qu’il parlait avec les femmes d’égal à égal et il était conscient de l’engagement énorme et des risques que ses femmes prenaient. C’est pour cela qu’il alla jusqu’à les inviter à s’adresser directement à lui en cas de tortures ou de viol. Cette moudjahida d’Azrou Kellal, village natal d’Amar Ath Cheikh (père spirituel de Si l’Hafid), me raconta que lorsqu’elle avait été violée par les soldats de l’armée coloniale lors d’un ratissage, elle alla voir Si l’Hafid qui a réussi à la convaincre que ce viol a été une attaque à la révolution algérienne et qu’elle était, désormais, un soldat de l’Armée de libération nationale (ALN). En effet, Si l’Hafid a toujours évoqué le rôle des femmes dans la révolution comme une condition sine qua non pour l’obtention de l’indépendance.
Dès le début de la guerre de libération nationale, avec les premiers hommes qui avaient rejoint les maquis, la femme organisa une logistique incroyable pour gérer des refuges, récolter des denrées alimentaires et mettre sur pied un système d’alerte pour l’entrée et la sortie des moudjahidine des villages.
Si l’Hafid a toujours dit et écrit que la Wilaya III n’aurait pas survécu au plan mis en place par le général Challe de 1959 à 1962 sous le nom «Opération Jumelles» sans l’apport indéniable des femmes. Avec ce plan, l’armée française quadrille et ferme totalement la Wilaya III et personne ne peut bouger sans un laissez-passer délivré par l’administration coloniale. Or, les femmes réussissaient à obtenir des laissez-passer et c’est ainsi qu’elles transportaient des denrées alimentaires et autres effets dont les moudjahidine avaient besoin dans le maquis. Les femmes avaient pris en main le courrier et faisaient office d’agents de liaison dans les maquis de la Wilaya III.
Si l’Hafid a, dans son livre Ma guerre d’Algérie, d’abord rendu hommage à sa femme avant de commercer à écrire ses Mémoires. Ce qui démontre que pour Si l’Hafid son combat était aussi un combat pour la reconnaissance de la femme dans sa vie privée et en droit.
En tant que fille de Si l’Hafid, j’ai eu la joie d’avoir été accompagnée dans ma vie par son éducation et surtout par sa force d’esprit pour être, enfin, une femme épanouie et heureuse de transmettre à mes filles l’histoire de leur grand-père qui a, de tout temps, respecté les femmes.

Par Fariza Yaha (Fille de feu Abdelhafid Yaha, commandant de la wilaya III)

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