La wilaya III dans l’impasse

Par Fateh Adli
Publié le 26 fév 2018
Juillet 1957. La nomination du colonel Amirouche à la tête de la Wilaya III, en remplacement du colonel Si Nacer (Mohammedi Saïd), affecté en Tunisie, devait booster la lutte dans cette wilaya charnière, en réorganisant les maquis, en repoussant les maquis messalistes et, surtout, en adoptant une stratégique plus efficace pour faire face à l’offensive de l’armée coloniale qui ne va pas tarder à s’abattre sur la région. Ce fut l’opération «Jumelles» de sinistre renommée, lancée officiellement le 22 juillet 1959, et dans laquelle quelque 60 000 soldats ont été mobilisés.
De g. à dr. : Krim Belkacem, Mohamedi Said, M'hamed Bougara, Sadek Dehiles et Ouamrane
La dépouille du colonel Amirouche
Colonel Amirouche avec Ait Hamou Amirouche
Commandant Abderrahmane Mira
colonel Mohand Oulhadj debout au milieu

Cependant, la bonne volonté du colonel et de son état-major s’est vite heurtée à un problème lancinant : le manque d’armes et de munitions en quantités suffisantes pour affronter une telle armada. Dès 1958, Amirouche commençait à s’en plaindre sérieusement et de plus en plus bruyamment. Les caravanes d’acheminements se faisaient de plus en plus rares, depuis que la double ligne électrifiée sur les frontières avec la Tunisie a été renforcée. Il se trouvera que le problème était plus complexe et plus profond qu’il n’apparaissait au début.
A cheval sur cette question d’armement, Amirouche sera le plus motivé à la fameuse rencontre des colonels à Oued-Asker, en décembre 1958, pour discuter de cette problématique qui paralysaient l’ensemble des maquis de l’ALN à travers le pays. C’est donc naturellement qu’il fut choisi par ses pairs pour aller transmettre leurs doléances aux dirigeants de l’extérieur en Tunisie. Avant son départ, il a mis au parfum ses hommes, lors d’un rassemblement au PC de la Wilaya III, dans l’Akfadou, où il se montra, d’après des témoignages, très «remonté» contre les chefs installés à Tunis qu’il accusait de ne rien faire pour les maquisards de l’intérieur alors que, eux, ils menaient une vie tranquille, à l’abri du besoin.   
La mort subite du colonel Amirouche dans la célèbre bataille de Djebel Thameur, le 29 mars 1959, en compagnie du chef de la Wilaya VI, le colonel Ahmed Benabderezak, dit Si Houès, va mettre de nouveau la wilaya III à la croisée des chemins. L’opération « Jumelles » battait alors son plein, les moudjahidines étaient exténués par cinq années de combats intenses et ininterrompus. C’est dans un contexte des plus démotivants que le commandant Mira devait prendre les destinées de la Wilaya III : réorganiser les maquis ébranlés par les affres de la « bleuite », tout en affrontant « le rouleau compresseur » de l’armée coloniale qui avait pour mission de pacifier la région par tous les moyens possibles. Il faut dire que la disparition du colonel Amirouche avait laissé le commandement de la Wilaya III dans le désarroi le plus total, surtout que tout le monde attendait les nouvelles instructions à son retour de Tunisie, et surtout des lots d’armes et de munitions.
Le colonel Amirouche sera remplacé «au pied levé» par le commandant Abderrahmane Mira, qui lui-même revenait de Tunisie pour escorter une caravane d’armement, dans des conditions pour le moins chaotiques. Loin de la guerre de leadership qui s’est aussitôt déclaré entre lui et son rival, le commandant Mohand-Oulhadj, l’arrivée de Mira en Wilaya III eut comme conséquence d’insuffler une nouvelle dynamique aux maquis qui étaient livrés au désordre, et de les remobiliser pour faire face à la plus grande offensive militaire de l’histoire de la colonisation de l’Algérie, et qui avait comme objectif d’anéantir les maquis de l’ALN dans la Wilaya III, alors que les armes et les munitions manquaient toujours aussi cruellement. Les trois compagnies envoyées en Tunisie pour se ravitailler en armes en Tunisie, n’avaient pas réussi à franchir la ligne Morice. A cela s’ajoutait l’apparition d’une fronde interne, menée par un groupe d’officiers et de sous-officiers, qui se regroupèrent dans ce qui était appelé « le Comité des officiers libres », qui a voulu contester le commandement de leur wilaya, et qui se plaignait du manque de ressources. C’est dans ces conditions particulièrement hostiles que le commandant Mira tenta de redéployer l’ALN, de relever le moral des moudjahidine et des populations, après le passage de ce tourbillon, et enfin de desserrer l’étau sur sa wilaya cernée par d’autres opérations militaires lancées simultanément dans toutes les wilayas limitrophes. Un rapport du CNRA avait même signifié au GPRA, à cette époque, un affaiblissement général des forces de l’intérieur, dû essentiellement au manque de relève, suite à la mort d’un grand nombre de combattants, et à l’épuisement des armes et des munitions. Mais la situation en Kabylie était, de l’avis de tous les historiens et témoins qui ont écrit sur cet épisode, particulièrement intenable. Pour eux, le grand mérite de la Wilaya III, et de ses vaillants combattants, était d’avoir survécu à ce déluge de feu qui s’était abattu sur elle.   
   Fin 1959, la guerre faisait encore rage, et aucune perspective de négociation n’était encore envisagée. Il a fallu plusieurs mois pour que les maquis de l’intérieur aient pu reprendre contact avec l’extérieur, et recevoir de nouvelles livraisons d’armes pour poursuivre la lutte. A la mort d’Abderrahmane Mira, le 6 novembre 1959, il laissera une Kabylie exsangue et dévastée par l’armée française. Son successeur, Mohand-Oulhadj héritera du même fardeau, jusqu’à la proclamation du cessez-le-feu.
Adel Fathi 

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