La fronde désespérée du colonel Lamouri

Par Fateh Adli
Publié le 26 fév 2018
L’échec de la tentative menée par les quatre colonels pour faire pression sur la direction de l’Extérieur, suite notamment à la mort des deux colonels Amirouche et Si El-Houès, n’a pas infléchi les chefs de maquis. Bien au contraire, le sentiment de révolte s’est étendu à d’autres régions qui se plaignaient des mêmes problèmes, et surtout d’une rupture de stocks.
De g.à dr. : Tahar Zbiri, Abderrahmane Ben Salem, Mohamed Aouachria, Amara Laskri dit Bouglez (en surbrillance) et Tayeb Djebbar
Mahmoud Chérif
Mahmoud Chérif
De g. à dr, Le colonel Si M'hamed Bougara chef de la wilaya IV  historique Si Lakhdar et le commandant Azzedine

De tous ces mouvements de fronde contre la direction de l’extérieur, celui conduit en 1959 par le chef de la Wilaya I, le colonel Mohamed Lamouri, fut de loin le plus radical, et le plus dramatique, puisqu’il se termine par l’exécution de tous ses initiateurs dans un simulacre de procès qui a gravement terni l’image de la glorieuse révolution.   
Ce soulèvement inopiné de vaillants officiers ayant fait preuve de leur dévouement à la cause illustre la situation déplorable dans les maquis, quatre ans après le déclenchement de l’insurrection. Une situation qui se caractérise par l’insoutenable précarité des moudjahidine de l’intérieur, confrontés au rouleau compresseur des grandes opérations lancées par l’armée française contre les positions de l’ALN.  
Avec son adjoint à la Wilaya I, le colonel Ahmed Nouaoura, Lamouri s’appuie particulièrement sur les officiers de la Base de l’Est, dont des chefs de bataillons, à l’image du colonel Mohamed Aouachria, et le commandant Mostefa Lakhel, pour préparer son offensive contre l’extérieur, incarné par le GPRA, installé en Tunisie. Directement confrontés à ce problème d’acheminement d’armes, dont ils avaient la charge, les hommes de la Base de l’Est se sont engagés dans cette dissidence de guerre lasse. Mais, ce qui avait, au début, l’air d’être « un coup de gueule » finit par se transformer en une tentative de « coup d’Etat ». Les officiers « récalcitrants » de la Wilaya I (désignés comme des « mouchaouichine » ), étaient persuadés que le GPRA, détenu par un « triumvirat » (les fameux 3B : Bentobal Lakhdar, Belkacem Krim et Boussouf Abdelhafid), avait largement outrepassé ses prérogatives et que seule une action extrême pouvait ramener la Révolution sur sa voie initiale.
On ne peut pas imaginer comment les choses se seraient déroulées, si l’action de Lamouri et ses compagnons avait abouti : le centre de gravité se serait-il déplacé à l’intérieur ? Les officiers de l’intérieurs auraient-ils eu plus de prérogatives, plus de pouvoir de décision, comme l’auraient souhaité lui-même et tous les chefs de maquis ?
Ce qui est sûr c’est que le plan échaudé par le colonel Lamouri n’a pas réussi, puisque son plan fut rapidement déjoué par le commandant résidant de la Wilaya I, le colonel Mahmoud Chérif, dont l’autorité était ouvertement contestée par Lamouri et son état-major. Tous les réseaux de soutien aux officiers dissidents, aussi bien sur le territoire national algérien que sur le sol tunisien, ont été démantelés.
L’erreur de Lamouri était peut-être de n’avoir pas su associer d’autres chefs de wilayas à sa cause, comme l’avait fait, avant lui, le groupe des « quatre » lors de leur réunion à Oued Asker. On lui a aussi reproché le fait d’avoir préparé son action en Tunisie, alors qu’il aurait dû le faire à partir de l’intérieur. Les instances de commandement en Tunisie, incarnées par le GPRA et l’Etat-major général de l’ALN, unis face à l’adversité qui leur venait de l’intérieur, n’avaient même pas essayé de comprendre les motivations des frondeurs. Elles ont fait appel aux autorités tunisiennes pour arrêter les « comploteurs ». Ce qui a, au demeurant, permis d’éviter un bain de sang qui aurait aggravé une situation déjà assez explosive le long des frontières, avec la montée des dissidents de la Base de l’Est.
Aucune circonstance atténuante n’a été accordée aux accusés, ce qui dénote l’absence totale de dialogue, au niveau de la direction, sur les questions soulevées par la révolte de ces officiers qui avaient pourtant prouvé leur loyauté et leur dévouement au combat libérateur. La violence avec laquelle le GPRA et l’état-major de l’armée ont réagi à cette tentative de « renversement » menée par le colonel Lamouri et ses compagnons, montre à quel point les dirigeants de la Révolution à l’extérieur redoutaient cette contestation de l’intérieur du pays, où les combattants commençaient à se plaindre sérieusement du manque d’armes et de munitions. Elle dénote surtout que cette direction n’avait aucune solution à proposer.
La direction ne s’attendait sans doute pas que l’élimination de Lamouri et ses compagnons allait aggraver la situation, surtout au sein de la Base de l’Est, où les bataillons ont vite déclaré leur dissidence contre l’état-major de l’ALN. Il a fallu de longs pourparlers avec ses dirigeants pour les ramener au calme.   
Comme la mort des colonels des Wilaya III et VI au champ d’honneur, à la même période, la neutralisation des officiers dissidents de la Wilaya I portera un coup dur au moral déjà faible de tous les moudjahidine. Il reste que la conséquence la plus importante et la plus déterminante sur le terrain est que l’acheminement des armes et des munitions vers les maquis de l’intérieur sera presque totalement paralysée.  
Adel Fathi

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