Sidi Boudergua le vaillant
Saint patron des Khemissi

Par Hassina AMROUNI
Publié le 16 fév 2017
On ne connaît pas beaucoup de choses sur les origines de Sidi Boudergua, peu de travaux de recherches lui ayant été consacrés.
Sidi Boudergua

Ce qui est certain, c’est que celui qui était également appelé Sidi Boutriq, Soumata ou Soufay, naquit au début du XVIe siècle, entre 1490 et 1510 et mourut aux alentours de 1560 ou 1580.
Bien que son tombeau, situé à Khemis Miliana, soit visité par de nombreux fidèles, beaucoup disent que ce n’était pas un véritable saint. Cependant, ses qualités de chef militaire, sa grande sagesse et sa bravoure faisaient de lui un personnage très respecté et très écouté par sa communauté.
Maître des routes, d’où son surnom « Sidi Boutriq », Sidi Boudergua, que l’on dit originaire de la tribu des Soumata (dans la wilaya d’El Affroun), est connu pour avoir farouchement combattu les troupes turques qui, à son époque, ne cessaient d’asservir les populations autochtones.
En effet, dès son arrivée sur les terres d’El Djazaïr, l’empire ottoman déploya ses hommes dans toutes les villes et villages qui leur étaient accessibles. Installés dans leurs citadelles construites sur des terres appartenant à des Algériens qui se retrouvaient ainsi spoliés de leurs biens par la force, les beys et aghas imposaient leur hégémonie à une population sans défense, qu’ils appauvrissaient chaque jour un peu plus, en lui imposant toutes sortes de taxes et d’impôts. Et gare à ceux qui osaient réclamer leurs droits, ils s’exposaient aux pires châtiments. Certains rois étaient plus féroces que d’autres et leur despotisme était sans limites.
Après le départ pour Constantinople en 1533 de Kheireddine Barberousse, premier gouverneur d’Alger, ce dernier laisse le commandement d’Alger à Hassan Agha. Ce dernier n’hésite pas à lancer des expéditions sur les côtes et les îles espagnoles et italiennes, d’où il ramène un gros butin. Grâce à sa victoire contre Charles Quint lors de son expédition punitive sur Alger en 1541, il obtient le ralliement de certaines tribus en Kabylie, dans le Hodna, le Constantinois et le Zab, tandis que d’autres refuseront de lui faire allégeance. C’est le cas du roi du royaume de Koukou Ahmed Ben El-Kadi qu’il décide châtier en organisant une expédition punitive en avril 1542. Face à une armée de 6000 hommes, le roi de Koukou n’a pas d’autre choix que se soumettre à Hassan Agha, payant un tribut en argent et en bétail.
Hassan Agha lance l’année d’après une autre expédition sur Tlemcen. Son armée de 14000 hommes réussit sans grande résistance à faire soumettre le roi Moulay Ahmed. A son retour de Tlemcen, il tombe gravement malade, son remplaçant est tout désigné. Selon Diego de Haëdo : « Le jour même de la mort de Hassan Agha, les Turcs et les janissaires d’Alger, sans attendre que le Sultan leur eût envoyé un roi, élurent d’un commun accord un des principaux d’entre eux, qu’on appelait El Hadji, c’est-à-dire le pèlerin (…). Celui dont nous parlons était très respecté et très populaire à Alger où il s’était signalé souvent et pendant longtemps dans la paix et dans la guerre. Il s’était fait surtout connaître pour son habileté et son courage au moment où l’empereur Charles Quint avait assiégé Alger. Il était alors capitaine général de la milice et les Turcs avaient été en grande partie redevables de leurs succès à ses soins et à ses conseils. »

Sidi Boudergua décide de se rebeller

La nouvelle de la mort de Hassan Agha réjouit plus d’un car il était autant haï que craint. Mais bien que son successeur jouisse d’une certaine respectabilité, il n’en demeura pas moins un envahisseur qu’il fallait combattre.
« Au moment où la nouvelle de la mort de Hassan Agha parvint aux tribus de l’intérieur qui le redoutaient extrêmement, il existait un cheikh nommé Sidi Boutereque, prince de nombreux Arabes, voisins de Miliana, ville située à un peu plus de douze lieues à l’ouest d’Alger ; les douars et les tentes de cette tribu se trouvent aux bains de Hammam-Ri’ra. Ce cheikh crut que l’occasion était bonne pour accomplir ce que beaucoup d’Arabes désiraient depuis longtemps, c’est-à-dire pour se révolter contre les Turcs qui les opprimaient et les maltraitaient continuellement. En conséquence, il réunit vingt mille Mores, cavaliers ou fantassins, tant parmi les siens que dans d’autres tribus qu’il avait excitées à se joindre à lui, et marcha sur Alger à la tête de cette armée à la fin mars 1544. Il s’avança en pillant, en détruisant tout, coupant les chemins, et inspira une si grande terreur aux Algériens que personne n’osait plus sortir de la ville. » (*)
En fait, Sidi Boudergua ou Sidi Boutreque qui avait secrètement préparé cette révolte avait rallié à son combat la tribu des Soumata dont il était originaire mais aussi celles des Beni Menacer et Beni Menad qu’il n’eut aucun mal à convaincre de la justesse de sa mission.
C’est alors que le caïd nommé au commandement de la garnison de Miliana décida de relever le défi et d’affronter Sidi Boutereque avec seulement une quarantaine de janissaires armés de mousquets. Les tentatives de Hadji Pacha pour le retenir furent vaines, aussi « il n’avait pas fait un jour de chemin que Boutereque, prévenu de sa marche, se porta sur lui et le massacra avec tout son monde ».
Sidi Boudergua continua sa marche sur Alger à la tête de son armée vers la fin du mois de mars 1544, détruisant sur son passage tout ce qui pouvait symboliser la présence turque, puis entreprit le siège d’Alger pendant deux long mois. Une période trop longue pour ces paysans qui s’inquiétaient tant pour leurs familles et leurs terres mais surtout épuisés par les difficultés d’approvisionnement des 20 mille hommes en eau et en nourriture.
« Cet événement hâta le départ de Hadji Pacha qui avait déjà rassemblé une armée pour aller châtier les Arabes qui, depuis deux mois à peu près, tenaient les Turcs bloqués dans Alger. Il sortit à la fin du mois de mai avec quatre mille Turcs ou renégats armés de mousquets, cinq cents Andalous ou Spahis algériens. Il donna le commandement au caïd Rabadan et nomma capitaine général de l’infanterie un brave renégat sicilien nommé Catania, natif de Catane (…). Le pacha s’avança avec tout son monde, bien décidé à mettre Boutereque à la raison ; la rencontre advint à huit lieues d’Alger et quatre de Miliana, au pied d’une montagne qu’on appelle Mata (très probablement Soumala, un peu au-delà d’El Affroun). La bataille commença et les Turcs firent un grand carnage des Mores, ayant beaucoup de mousquets contre un ennemi qui ne combattait qu’avec la lance et le bouclier. L’armée de Boutereque fut battue et mise en fuite, et les Turcs poussèrent l’ennemi si vivement que leur chef fut forcé de s’enfuir à Fez ayant tout perdu. »
Reçu avec respect et déférence par le sultan de Fès, Moulay Mohammed Cheikh Cherif, qui lui reconnaissant ses hautes qualités militaires l’entraîna avec lui dans plusieurs batailles. C’est d’ailleurs lui qui « l’amena avec lui, dix ans plus tard, quand il s’empara de Tlemcen ».
Lorsqu’il décède, Sidi Boudergua sera enterré dans sa région et son tombeau se trouve aujourd’hui, à la sortie nord-est de Khemis Miliana.

Hassina Amrouni
 Sources :
*Diego de Haëdo, « Histoire des rois d’Alger », GAL éditions, Alger 2004, pages 235 (réedition)
http://www.algermiliana.com/

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