Le martyr sans sépulture
Le Colonel M’Hamed Bougara

Par Hassina AMROUNI
Publié le 16 fév 2017
Lors de la Révolution algérienne, plusieurs Khemissi ont été sacrifiés sur l’autel de la liberté parmi lesquels Si Belahcene Belkebir, Si Abdelkader Belsaâdi, Si Hamdane Kelkouli, Si Mohamed Bouamrani mais aussi le colonel M’Hamed Bougara.
 De dr. à g. : Ben Ali, Si Ahmed Bougara, Bachir Rouis, Med Bounaâma, Omar Ben Mahdjoub, Si Belahcen Belkbir
Si M’hamed Bougara
 A droite Si M’hamed Bougara
En médaillon chahid Si M’hamed Bougara et ses compagnons d’armes

Issu d’une modeste famille, originaire de Titest en Petite Kabylie, Ahmed Bougara dit Si M’Hamed a vu le jour le 2 décembre 1928 à Khemis Miliana où son père, employé des P.T.T., dans les années 1920, avait été muté. Cadet d’une fratrie de six enfants, M’Hamed entame ses études dans sa ville natale puis rejoint Alger pour une formation technique, suivie d’un cursus au sein de l’université Zeitouna de Tunis (en 1946).
D’abord membre actif des Scouts musulmans algériens, il rejoint ensuite les rangs du PPA-MTLD, alors qu’il n’a que 16 ans. Jeune et impétueux, il n’hésite pas à braver les dangers, conscient que la liberté ne s’arrache qu’au prix du sacrifice de ceux qui la désirent. Arrêté au lendemain des événements du 8 mai 1945, il séjourne en prison, ce qui ne fera qu’accentuer sa rage envers le régime colonial. Une fois libéré, il n’hésite pas à devenir membre de l’Organisation Secrète (OS), mettant à nouveau sa liberté en péril puisqu’il sera arrêté en 1950 et placé en résidence surveillée jusqu’en 1954. Dès sa libération, il monte au maquis, au Djebel Amrouna dans la région de Theniet El Had, convaincu que sa place est là, parmi ses frères combattants, les armes à la main. Il gagne ses galons grâce à son courage, son abnégation et sa vaillance. En effet, nommé commandant en 1956, il prend part en août de la même année, au Congrès de la Soummam, en tant que membre de la délégation de la Wilaya IV. Sa rencontre avec quelques-unes des figures de proue de la révolution de l’époque telles que Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, Amirouche et Krim Belkacem sera déterminante pour la suite de son parcours révolutionnaire. Quant à celle du colonel Ammar Ouamrane, elle le mettra sur la trajectoire du commandement de la Wilaya IV.
Si M’Hamed Bougara jouera un grand rôle dans l’organisation de la Wilaya IV et sera associé à plusieurs événements, visant la dynamisation des maquis de l’ALN et le renforcement des capacités militaires d’autres régions, notamment, dans les Wilayas V, I, etc. En fait, le colonel M’Hamed Bougara jouissait d’une grande aura qui faisait que son autorité allait bien-au-delà les frontières de la Wilaya IV qu’il présidait et qui s’étendait des Issers dans l’actuelle wilaya de Boumerdès, jusqu’au massif de l’Ouarsenis, en passant par la plaine de la Mitidja, les monts du Zaccar au nord et Ksar-Chellala au sud. Encourageant sans cesse ses troupes à s’engager pleinement pour la cause algérienne, même au péril de leur vie, il répétait souvent
qu’ « il faut épouser une cause juste et lutter pour la justice, sans chercher de récompense, sans chercher à savoir s’il y en a une ». Il s’adressait également aux nouveaux citadins et lettrés qui rejoignaient les maquis de l’ALN, en leur disant : « Vous qui venez des villes, qui avez des diplômes, qui disposez d’une éducation acquise sur les bancs de l’université ou du lycée, vous serez étonnés de ce que vous apprendrez auprès de votre peuple, car l’enseignement acquis à l’école du peuple n’est dispensé par aucune université. Apprenez-leur ce que vous savez, mais apprenez aussi tout ce qu’ils savent ! Vous en serez étonnés. »

Ultime combat

Alors qu’il a su faire face à plusieurs opérations militaires de l’armée coloniale, à Blida ou  Khemis Miliana avec une rare maîtrise, le colonel Si M’Hamed Bougara sera engagé dans une ultime bataille le 5 mai 1959 à Ouled Bouachra, près de Médéa.
L’affrontement sanglant se soldera par d’importantes pertes humaines tant du côté algérien que du côté français. Au lendemain de la bataille, les moudjahidine reviennent sur les lieux afin d’enterrer leurs morts, cependant, le corps du chef de la Wilaya IV demeure introuvable. Dans son ouvrage intitulé Frères contemplatifs en zone de guerre : Algérie 1954 : 1962 Wilaya IV, Si Mohamed Teguia témoigne de cet épisode douloureux :  « La disparition du colonel Si M’hamed, au sens propre et au sens figuré, car son corps ne fut pas retrouvé, fut un coup rude pour l’état-major de la wilaya, dont il représentait l’élément d’équilibre, celui qui se conformait le plus aux principes d’équité, de sagesse ; sa perte, en ce temps trouble, ne fut pas connue par les djounoud. Un mystère planait ; les combattants encore vivants, revenus sur les lieux de l’accrochage retrouvèrent les corps de tous leurs compagnons morts au combat, qu’ils enterrèrent, sauf celui de Si M’hamed. » Bien que les Français tentent de semer la discorde au sein des rangs des combattants de l’ALN faisant croire à un complot interne, il s’avèrera que le colonel Bougara a été fait prisonnier et torturé. Dans un tract, il est expliqué que, « blessé lors de la bataille de Ouled Bouachra, Si M’hamed a été fait prisonnier par les troupes du colonel Challe et mourra sous la torture ». Son corps demeure jusqu’à ce jour introuvable.
La Fondation de la Wilaya IV, présidée par le colonel Si Hassan, a vainement tenté de réclamer les restes du chahid, du temps de la mandature de Chirac mais cette requête n’a reçu aucun écho.

Hassina Amrouni

 Sources :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/05/06
www.algermiliana.com/
standardstation.blogspot.com

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