Un pionnier de la lutte de libération nationale
Ahmed Bouda

Par La Rédaction
Publié le 19 fév 2017
Ahmed Bouda
Ghazali El Haffaf
Ahmed Mézerna
Hocine Lahoue l- Messali Hadj
I- Ahmed-bouda : Sa vie politiqueLe nom d’Ahmed Bouda est très peu connu de la génération de l’après-indépendance. Il a été occulté comme d’ailleurs celui de beaucoup d’autres militants. Il mérite un long exposé. Je donnerai seulement un bref aperçu de sa vie politique et quelques traits de son caractère.Ahmed Bouda, un pieux fellah de Boudouaou qui, après avoir été tourouqui, puis, membre de l’Association des oulémas, a rejoint en 1933 l’Etoile nord-africaine. Avide d’action politique, il s’engage dans cette formation qui revendique ouvertement l’indépendance de l’Algérie et dont l’activité se poursuit dans le PPA en 1937 après qu’elle eut été dissoute. En 1944, il est recherché par la police après son refus de rejoindre Boghari (Ksar-el-Boukhari) où il a été assigné à résidence. Il fait partie du Comité central du PPA clandestin.Il a été l’un des organisateurs des manifestations du 1er mai 1945, prélude à celles du 8 mai une semaine après. Les manifestations du 1er mai 1945 ont été décidées par la Direction du PPA par mesure de solidarité avec Messali Hadj arrêté le 18 avril 1945 à Ksar Chellala. Voici comment il relate les faits :« Nous avions réparti les militants en trois groupes :– groupe de la Kasbah, rassemblement : Sidi-Abderrahmane ;– groupe de Birkhadem, Bir-Mourad-Raïs, Bouzaréah, El Biar, rassemblement : Bab-Edjedid ;– groupe de Belouizdad (ex-Belcourt), Ruisseau, Hussein Dey, El Harrach, Bologhine, rassemblement : Place des Martyrs.« L’ébranlement des trois cortèges eut lieu à 17 heures précises et leur jonction était prévue à l’entrée de la rue Ben M’hidi (ex-Isly).« Les deux cortèges, l’un venant de la Place des Martyrs, l’autre de Sidi Abderrahmane, se rencontrent à l’endroit fixé : l’entrée de la rue Ben M’hidi (ex-Isly). Ils tentent de gagner la Grande Poste, but final de la marche. A hauteur du cinéma « Casino », rue Ben M’hidi (ex-Isly), la police est là ; elle tire ; quatre hommes tombent, drapeau déployé : Ghazali El Haffaf, Ahmed Boughlamallah, Abdelkader Ziar et Abdelkader Kadi. Ce furent les quatre chouhada du 1er mai 1945 à Alger. Le troisième cortège, parti de Serkadji, est arrivé au bas de la rue Debbih Chérif (ex-Rovigo). Les manifestants ont entendu les coups de feu venus du cinéma «Casino». Ils évitent de passer par cet endroit. Ils le contournent, et par la rue Mogador débouchent Place de l’Emir Abdelkader (ex-Bugeaud) ; de là, ils parcourent la rue Ben M’hidi jusqu’à la Grande Poste où ils se rassemblent.La police française avait tiré ce jour-là sur les manifestants, bien que la Direction du PPA eût donné des consignes strictes de défiler pacifiquement. Les cortèges étaient conduits et encadrés uniquement par des militants du PPA qui brandissaient des banderoles portant les inscriptions : Indépendance ! Libérez les détenus !Ce fut un événement historique, un défi au colonialisme, sans précédent dans l’histoire de l’Algérie. »En 1946, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’amnistie est proclamée par le gouvernement français et les détenus sont libérés. Messali, déporté au Congo-Brazzaville, est autorisé à rentrer en Algérie. Il préside à Bouzaréah en octobre 1946 la réunion du Comité central. Celui-ci décide la participation aux élections au Parlement français (Annexe 1) Le PPA, dissous en 1939, présente des candidats sous une nouvelle appellation : Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Bouda est désigné dans la circonscription du Sud-Constantinois. Par suite de la fraude électorale, seuls cinq députés sur quinze sont élus. Bouda n’en fait pas partie. Le scrutin se déroule en novembre 1946.Le génocide de mai 1945 avait fait des dizaines de milliers de morts dans le Constantinois. Le Comité central en tira la leçon : l’action politique, bien que nécessaire, était insuffisante, il fallait la compléter par une organisation armée. Ce fut chose faite au Congrès du Parti PPA-MTLD qui se tint les 15 et 16 février 1947 à Alger. (Annexe 2) Là fut prise la décision historique de créer l’organisation spéciale (OS). Ainsi une nouvelle structure était née. Il y avait l’organisation-mère le PPA avec sa branche légale : le MTLD, et sa branche armée : l’OS, appelée aussi organisation spéciale, ancêtre de l’ALN. Dans la direction issue du Congrès, Bouda détient l’organisation politique et Belouizdad l’organisation spéciale.En octobre 1947, un véritable raz-de-marée électoral porta le MTLD à la tête des principales municipalités du pays. Ce fut la majorité du peuple qui avait plébiscité l’idée d’indépendance représentée par le MTLD.Même victoire attendue aux élections à l’Assemblée algérienne en avril 1948 ; mais cette fois-ci, la fraude électorale était destinée à barrer la route au MTLD : l’administration coloniale ne retint que neuf élus sur cinquante-neuf candidats. Parmi les élus : Bouda.A la séance inaugurale de l’Assemblée algérienne, les délégués du premier collège (européen) ont entonné la Marseillaise selon la tradition française en cours dans les assemblées élues ; ceux du MTLD deuxième collège (musulman) se levèrent à leur tour, mais pour leur répliquer, et ils entonnent : Fidaou El Djazaïr. Inutile de décrire la stupéfaction indignée des élus européens qui entendent pour la première fois l’hymne du PPA composé par Moufdi Zakaria en 1937, bien avant Kassamen, qui, lui, fut composé en 1956.Depuis, la Marseillaise ne retentira plus jamais dans l’enceinte de l’Assemblée algérienne, ou, ailleurs, dans une toute autre assemblée officielle.Lorsqu’en 1953 éclate la crise entre le Comité central et Messali, et après que celui-ci eut réclamé les pleins pouvoirs pour diriger le Parti, Bouda est de ceux qui soutiennent le principe de la Direction collégiale. (Annexe 3) Il s’efforce de contenir la division au sommet afin qu’elle ne descende pas jusqu’à la base. Pratiquement membre de la Direction depuis 1944, il est prêt à assumer ses responsabilités devant un Congrès. Voici, à ce propos, le langage qu’il tient au chef du Parti au cours d’un entretien avec ce dernier, à Niort (France), où Messali était en résidence surveillée : « Des responsables de la situation, dit Bouda, les uns sont morts, d’autres se sont retirés ; il ne reste guère que quatre : Messali, Lahouel, Mézerna et Bouda. Présentons-nous devant le Congrès, et assumons nos responsabilités ; n’accablons pas les nouveaux membres du CC ; certains n’y ont accédé que depuis quelques mois. Les premiers responsables, ce sont nous quatre, et vous, en tête. Rejeter sur d’autres la responsabilité de la gestion du Parti, durant plusieurs années, ce n’est ni honnête, ni révolutionnaire. Si des jugements devaient être prononcées, c’est contre nous quatre d’abord. »Au cours de la Guerre de libération, il remplit plusieurs missions dans les capitales arabes et musulmanes au profit de la Révolution. Après l’indépendance, il assume volontairement la fonction d’enseignant durant une période limitée à cause du déficit en enseignants. Il fréquente assidûment la mosquée, et c’est à la mosquée du Ruisseau que la mort le surprend, le front prosterné dans l’adoration du Tout Puissant le 20 février 1999.رحم الله أخانا بودا و اسكناه الجنةII Quelques traits de caractère de BoudaSi Ahmed Bouda était d’une haute moralité. Sa devise se résumait en deux mots : religion et patrie. (Eddine ou el watan). On la retrouve dans les différentes phases de sa vie militante.Sur le plan des moyens de lutte, entre le réformisme et la voie révolutionnaire, il a choisi la dernière.Au cours de la campagne électorale de novembre 1946 pour la députation à l’Assemblée législative française, un orateur d’un parti adverse de tendance réformiste lui apporte la contradiction :« Nous sommes, affirme ce dernier, nous aussi, pour l’indépendance. Mais nous voulons y accéder par étapes. C’est comme l’échelle. Pour arriver au sommet, on ne peut le faire d’un seul bond. Il faut gravir les barres une à une. »Réplique de Bouda :« C’est vrai, dit-il, pour arriver au haut de l’échelle, il faut gravir les barres une à une. Mais ce que notre respectable frère (le contradicteur) oublie c’est que l’échelle est fermement tenue en bas par la France qui peut facilement faire dégringoler quiconque de l’échelle et à n’importe quel moment. »Affirmer sa personnalité sans complexeLes Algériens sont en pleine guerre contre la France depuis 1954. Les prestigieux joueurs de football algériens qui ont fait la gloire de l’équipe de France ont quitté celle-ci et ont rejoint le FLN. Ils ont constitué une équipe à part pour participer à leur façon à la lutte pour la libération du pays du colonialisme. Ils ont débarqué à Bagdad où ils ont été reçus par Bouda, le représentant du FLN en Irak.Le match tombe un jour de Ramadhan et il y va du prestige du FLN. Nos sportifs doivent être en forme à cette occasion. Ne faut-il pas rompre le jeûne ? « Non », répond Bouda. Les joueurs ont jeûné ce jour-là, et ils ont remporté la victoire.Le souci d’économiser les deniers de la RévolutionEn 1952, la Direction du PPA-MTLD a envoyé au Caire deux de ses membres, dont Bouda, pour une mission déterminée. Mission accomplie, les deux délégués sont de retour à Alger. Ils font un compte-rendu de leurs activités au Bureau politique. D’entrée de jeu, Bouda fustige son compagnon de voyage pour avoir préféré dans leur déplacement par train, la classe première à la classe économique : « Un préjudice causé aux finances du Parti », souligne Si Ahmed.L’utilisation des biens du Parti à des fins personnellesUn membre de la Direction a utilisé le véhicule du Parti (une unique Traction-avant Citroën) pour transporter sa femme malade, d’un endroit à un autre. Colère de Bouda qui soulève la question au Bureau politique. Il ne supporte pas que les biens du Parti soient utilisés à des fins personnelles ou familiales. L’exemple est contagieux et risque de s’étendre à la base.Les cadeaux offerts au Parti sont sa propriété1958. Une délégation du FLN vient de rentrer d’une mission dans les capitales arabes du Moyen Orient. En Arabie Saoudite, elle a été reçue par le Souverain qui a offert à chaque membre : une montre en or et une abaya style local. Pour Bouda, il n’est pas question de garder le cadeau pour soi et il en fait don au FLN. L’exemple est suivi par un autre membre de la délégation. Malheureusement, il s’arrête là ; il ne constitue pas un précédent dans les annales de la Délégation extérieure du FLN.LogementBouda a habité le même logement qu’avant 1954, un appartement de l’immeuble Hélène Boucher, face au stade du 20 août 1955. Il continuera à monter et à descendre les huit étages sans chercher à habiter ailleurs malgré son passé de militant.Son logement a servi plus d’une fois de lieu de réunion au Comité central du PPA-MTLDAustérité avant toutEn Libye, il est le représentant du FLN. L’arrivée de Krim Belkacem, personnalité connue de la Révolution, est annoncée et Bouda doit recevoir le personnage d’une manière officielle.Il porte une vieille paire de chaussures ; l’une est percée. Bouda l’a bouchée à l’aide d’un morceau de carton. « Il ne sied pas à un représentant du FLN de porter des chaussures rapiécées », lui fait remarquer quelqu’un de son entourage. Réponse de Bouda : « Il y a en ce moment en Algérie des personnes qui marchent pieds nus ou avec des chaussures déchirées. »Recherche constante de l’UnionFin 1955, Bouda est chargé par Abane de se rendre au Caire avec mission de renforcer la Délégation extérieure du FLN. Il constate, non sans amertume et inquiétude, la division qui existe entre les dirigeants du FLN, entre ceux d’Alger et ceux du Caire. Un danger pour l’avenir de la Révolution. Ce sentiment est partagé par un autre ancien membre du Comité central du PPA-MTLD. Au moment de se séparer, les deux hommes prennent l’engagement, chacun de son côté, de lutter de toutes ses forces pour éviter l’éclatement au sommet du FLN, et resserrer les rangs des militants.PalestineBouda est un visionnaire. Il perçoit les choses d’une manière intuitive. (Le croyant perçoit les choses avec la Lumière de Dieu.)Sa préoccupation principale ne se limite pas à l’Algérie en guerre. Il y a la Palestine occupée par les Juifs. Au moment où l’opinion arabe est focalisée sur la Guerre d’Algérie, il soutient :« Le conflit central des Arabes et des Musulmans, ce n’est pas tant l’Algérie, mais la Palestine et Al Aqça. »Les événements, aujourd’hui, lui donnent raison.Le multipartismeBouda a salué avec ferveur l’avènement du multipartisme dans les années 1980.A certains militants islamistes qui tiraient à boulets rouges sur les hommes du pouvoir, il conseille la modération et le réalisme.« Le multipartisme, disait-il, c’est un bienfait (Ni’ma). Il ouvre la voie à la liberté d’expression, à la liberté d’organisation, après les années noires de la pensée unique, et du parti unique. Exploitons les possibilités qui nous sont offertes. Diffusons nos idées, recommandons le bien, interdisons le mal, luttons contre l’analphabétisme, la pauvreté. »Un exemple de droitureIl se rendait compte de son déficit culturel. Il suivait avec intérêt les colloques sur « La pensée islamique » qui se tenaient fréquemment en Algérie et il n’hésitait pas à prendre la parole dans les assemblées.Bouda demeure un exemple de droiture pour nous tous et pour nos enfants. Faisons-le connaître. Pourquoi ne pas penser à « une Fondation Bouda » chargée de collecter les témoignages sur les différentes étapes de sa vie militante où il a su joindre le dévouement et le courage à la modestie et à l’humilité. Cela pourrait constituer une base de données en vue de l’écriture de sa biographie.Je m’excuse de ne m’être pas étendu davantage sur le sujet. Cela mérité des efforts de nous tous qui l’avons connu.Après l’indépendance, il se porte volontaire pour un poste d’enseignant, les enseignants manquaient terriblement à la suite du vide laissé par les pieds-noirs. Son but était de contribuer à la diffusion du Savoir (El-Ilm), à sa mesure, dans les limites de ses connaissances, ce Savoir dont il avait été sevré durant toute son existence, engagement totalement pour une Algérie « libre » (disait-il) dans le cadre de l’IslamQue Dieu répande sa clémence sur notre frère Ahmed Bouda.Benyoucef Benkhedda
CONTRIBUTION

Le choix du retour dans une Algérie dévastée

Cheikh Abdelkader El-Medjaoui (1848-1914)

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Histoire de la ville de Bordj Bou Arréridj