Le « fennec » condamné à la peine capitale
Mustapha Fettal Il était à la tête de la ZAA d’octobre 1955 à mai 1956

Par Djamel BELBEY
Publié le 19 fév 2017
Hadj Othmane Ramel

Mustapha Fettal, surnommé affectueusement « le Fennec », est l’un des dirigeants de la branche militaire de la ZAA d’octobre octobre 1955 à mai 1956, qui ont réussi a réactiver la lutte armée à Alger, dans le prolongement des premières actions armées perpétrées par les « novembristes », mais qui finirent presque tous par être arrêtés par la police française. Interpellé en mai 1956, il a été condamné à mort par l'administration française.
Avec son copain de quartier Mokhtar Bouchafa, ils étaient déjà prêts à se lancer dans l’action directe, dès septembre 1954, c'est-à-dire près de deux mois avant le déclenchement de la lutte. Mais, il a dû attendre, l’année suivante, soit 1955, pour voir l’organisation réactivée par Arezki Bouzrina, Krim Belkacem et Amar Ouamrane. Ces derniers réussissent à implanter des groupes armés, les uns sous la responsabilité de Mustapha Fettal et de Bouchafa Mokhtar, les autres sous celle de Hadj Otmane Ramel. Ils organisent Alger en trois régions, et ce, dès 1956. Bien avant l’instauration de la Zone autonome d’Alger en 1957.
En mars 1956, alors que l’Assemblée venait de voter « les pouvoirs spéciaux » au gouverneur d’Alger, Mustapha Fettal «le Fennec » – un sobriquet affectueux dont il a été affublé par Zohra Drif et Samia Lakhdari – et ses compagnons organisent une série d’attentats synchronisés à Alger. Mustapha Fettal devait incendier les garages de la SFRA, mais cette action a échoué. Ses camarades de lutte retiennent, toutefois, que ces groupes ont tout de même instauré un climat de peur chez les colons européens et l’administration coloniale à Alger. Et c'était là l'objectif recherché, note-t-on. 

Son arrestation

Mustapha dut se cacher d’abord chez Fatiha Bouhired, dite « oukhiti », elle-même, femme d’un militant nationaliste, arrêté et tué par l’armée française. « Un responsable était caché dans ma chambre, je lui apportais à manger. Mon mari travaillait avec lui », racontait-elle, dans le livre Des femmes dans la guerre d'Algérie : entretiens, de Djamila Amrane.
 Mais à la découverte de sa cache par l’armée coloniale, Mustapha est monté au maquis, « mais sans laisser passer. Les maquisards n’ont pas voulu l’accepter, il y avait au maquis son cousin, il a été envoyé à Ain Bessam pour le retrouver. Il est tombé dans un ratissage, il a été blessé et arrêté et ils l’ont ramené à Alger», ajoute-t-elle.
« Chez lui, ils avaient trouvé la cache, l’acide et les bombes. Et lorsqu’ils ont arrêté Mustapha, ils l’ont torturé pour qu’il leur montre d’autres caches. Il leur a dit qu’il en connaissait pour qu’ils l’amènent rue Akacha, et pendant qu’ils creusaient pour chercher une autre cache dans la maison d’Abderrazak, il s’est sauvé avec les menottes en main. Il avait frappé un gardien avec les menottes. Les militaires qui étaient sur la terrasse l’ont vu, et les autres qui étaient en bas ne l’ont pas vu ».

Pensionnaire du couloir de la mort

A la prison de Serkadji, Mustapha Fettal était le plus grand pensionnaire du couloir de la mort. Il avait passé 22 mois à attendre, chaque jour, qu’on le conduise (enfin) à la guillotine, selon Anne-Marie Steiner. Mme Steiner témoigne de cette image des condamnés : « Ils (les militants condamnés) partaient à la guillotine avec un courage extraordinaire, et je ne sais pas d’où ils puisaient ce courage. Peut-être si, ils lançaient des Allahou Akbar et des chants patriotiques et on sait ce que cela veut dire », lance-t-elle, pleine d’admiration.
Mais, en définitive, grâce à l’action de Germaine Tillion, de Gaulle a fini par gracier 181 condamnés à mort, parmi eux Mustapha Fettal et Yacef Saâdi.

Djamel Belbey

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