Arrêtée lors d’un accrochage à la casbah
Djamila Bouhired

Par Djamel BELBEY
Publié le 19 fév 2017
Les fidayate. De g. à dr. : Samia Lakhdari, Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali.
Djamila Bouhired soumise à l’interrogatoire
De g. à dr. : Baya Hocine, Djamila Bouhired et Zohra Drif
Djamila Bouhired et Zohra Drif au Caire en 1972
Djamila Bouhired entourée par les artistes égyptiens : Abdelhalim Hafez, à droite, et Mohamed Abdel Wahab, à gauche.
Djamila Bouhired en voyage officiel au pays du Golfe

Djamila Bouhired, qui s’est engagée dans les rangs de la révolution à la fleur de l’âge, dans les années 1950 alors qu’elle était étudiante, faisait partie du « réseau bombes » du FLN.
Agent de liaison du Comité de coordination et d'exécution (CCE) et assistante personnelle de Yacef Saadi, chef de la Zone autonome d'Alger pendant la bataille d'Alger, Djamila Bouhired dépose, le 30 septembre 1956, une bombe qui n'explose pas dans le hall du Maurétania. Elle recruta Djamila Bouazza qui, elle, déposa le 26 janvier suivant une bombe très meurtrière au Coq-Hardi.
Le 9 avril 1957, au cours d'un accrochage dans une ruelle de la Casbah d'Alger, Djamila Bouhired, est blessée. Une balle transperce son dos, lui fracasse la clavicule et lui perfore le sein gauche. Elle ne peut fuir et est donc arrêtée par les parachutistes de la 4e compagnie du 9e régiment des zouaves.

Arrestation et condamnation

Transportée à l'hôpital, elle est interrogée quatre heures plus tard environ, puis conduite dans une maison inconnue, non loin de la capitale, où elle est atrocement torturée. Dès son arrestation, les paras des services spéciaux, ayant trouvé sur elle des papiers qui prouvent qu'elle est en relation constante avec Yacef Saadi, le chef de l’organisation ALN/FLN à Alger, la torturent sur la table d'opération du 9 au 26 avril. Les paras viennent, tous les quarts d'heure, vriller un couteau dans sa plaie. La torture qu’elle subit est destinée à lui faire avouer l’endroit où Yasef Saadi se cache, mais elle ne dit rien. Elle tente bien de faire cesser la torture en donnant quelques adresses sans importance et des renseignements contenus dans les papiers saisis. Lors de sa détention, la jeune fille de vingt et un ans subira les pires atrocités, elle est suppliciée à l'électricité. Elle témoigne : « Les trois capitaines, qui m'avaient emmenée de l'hôpital vers 21 heures, et les deux parachutistes me mirent nue et l'on me banda les yeux. On m'attacha sur un banc en prenant soin de disposer sous les liens des chiffons humides aux poignets, aux bras, sur le ventre, aux cuisses, aux chevilles et aux jambes et l'on me plaça des électrodes dans le sexe, dans les mains, les oreilles, sur le front, dans la bouche, au bout des seins. Vers trois heures du matin, je m'évanouis, puis délirai. » Le 21 avril 1957, elle est dirigée à El Biar (Alger) dans un autre centre de torture et jusqu’au 25 avril 1957 elle est encore battue, même si l'administration coloniale l’a nié durant des années même après l'indépendance de l'Algérie. Les sévices ont été constatés par le médecin du FLN Janine Belkhodja. Le médecin légiste Godard, quant à lui, ne reconnaitra pas de traces de violences. Le diagnostic officiel évoque une fistule tuberculeuse ancienne.
Djamila Bouhired est condamnée à mort par le Tribunal permanent des Forces armées, le 15 juillet 1957. Elle éclate de rire à l'annonce de cette condamnation. Cependant, son exécution est stoppée par une campagne médiatique menée par Jacques Vergès et Georges Arnaud. Ils écrivent un manifeste, publié la même année aux Editions de Minuit, Pour Djamila Bouhired. C'est avec le livre d'Henri Alleg La Question, l'un des manifestes qui alerteront l'opinion publique sur les mauvais traitements et les tortures infligés par l'armée aux combattants algériens. Devant le tollé international soulevé par sa condamnation, elle est finalement graciée et libérée en 1962.

L’Intox des services spéciaux

Les services spéciaux français, relayés par une campagne d’intoxication qui avait touché tous les révolutionnaires, ont bien tenté de jeter le trouble sur les circonstances de son arrestation, d’abord en avançant la thèse, qu’elle l’avait été suite à une dénonciation, sans pour autant donner le nom de l’auteur, et ensuite, prétendus qu’elle avait été blessée par une balle tirée par Yacef Saâdi. Il s’en trouvait même ceux qui – révisionnisme quand tu nous tiens – avaient distillé des allégations qu’elle n’aurait jamais été torturée.
 Zohra Drif, qui était présente lors de l’accrochage, témoigne ainsi que « Djamila a été blessée par balle et elle a été arrêtée, seule. À partir de ce moment, plus aucun combattant n’a eu accès à elle jusqu’à son incarcération. Elle était seule, entre les mains des tortionnaires de la 10e Division parachutiste du général Massu dont tous les Algérois connaissaient les méthodes d’interrogatoire ». Selon elle, « nos ennemis savaient à l’époque qui était Djamila Bouhired, à quel niveau de l’organisation elle se trouvait, ce qu’elle faisait et avec quelles personnes elle était en relation permanente, c’est-à-dire Larbi Ben M’hidi, Yacef Saâdi et Ali La Pointe, qui étaient encore en vie et en activité à l’époque. Les parachutistes savaient qu’ils venaient de faire « une prise » de première importance ». « Aussi, raconte-t-elle, dès son arrestation, le travail
« psychologique » de l’armée en direction du peuple algérien a commencé. Tout de suite, Djamila, comme tous les militants arrêtés, a été salie et dénigrée pour démoraliser la population et la couper des militants. »
Cela étant, même l’ennemi le reconnaît, Djamila Bouhired aura été un exemple de courage. A telle enseigne qu’elle a inspiré pas mal d'écrivain et de cinéastes, de ce monde.
Djamel Belbey

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