Lalla Zouleikha Oudaï, la mère des résistants
Celle qui, après sa mort, continue d’exister dans l’Histoire... !

Par La Rédaction
Publié le 19 fév 2017
Notes de lecture : Par Le Dr. Mohamed Mokrani « Cet ouvrage, je le publie pour rappeler au peuple le souvenir de la Grande Lalla Zouleikha, celle qui a été parmi les architectes de la révolution, une héroïne qui est tombée dans un inexorable mouvement du don de soi dont le sacrifice suprême en était la meilleure traduction. Elle nous laisse en héritage des valeurs et le souvenir impérissable d’une Femme – que l’on écrit en majuscule – qui a tout donné à notre pays, sans rien demander en retour, sauf la fidélité à sa mémoire, et à la mémoire de tous les chouhada... » K.B
Zoulikha et son fils Lahbib
L’époux, El hadj Larbi Oudaï dit Ahmed
Lahbib, le fils de Zoulikha Oudaï
Echaïb Brahim le père de Zoulikha Oudaï

D’emblée, l’auteur Kamel Bouchama plante le décor. Il nous assure de sa disposition de vouloir lutter contre cette amnésie qui nous mure, qui nous relègue au stade de l’indifférence, voire de l’oubli. N’est-ce pas le travail de l’intellectuel, aujourd’hui..., ce producteur d’idées qui doit agir et «parler en tant que maître de vérité et de justice» ?
C’est ce que j’ai senti, tout au long de son ouvrage qui raconte une femme, que dis-je, une grande Dame qui mérite d’être connue par tous les jeunes de notre pays, afin qu’ils comprennent – avant même de la découvrir à l’école, quand nous déciderons de leur enseigner leur propre Histoire – que l’Algérie a enfanté des combattantes de cette propension dont l’exemple doit les stimuler et les mobiliser, de même que les générations futures, pour plus de travail, de dévouement et de fidélité à nos valeurs afin que triomphent la justice et le progrès au sein de notre société.
Revenons à Lalla Zouleikha Oudaï, la mère des résistants, cet écrit que j’ai lu d’un trait, tellement il est passionnant, envoûtant en différents endroits, surtout quand l’auteur fait parler la moudjahida, dans des dialogues avec ses militants, avec son époux Si Larbi Oudaï, avec son fils Lahbib ou avec sa fille Khadidja, avec laquelle elle s’est commandé un long chemin, ou encore dans ses soliloques quand elle interrogeait son cœur et sa conscience dans le but de trouver, en son for intérieur, les réponses aux questions qu’elle se posait.
Lalla Zouleikha, la mère des résistants mérite d’être lu et relu parce que c’est un ouvrage qui, au-delà de ses grandes émotions, remarquablement restituées, raconte ce combat au féminin, qui a été longtemps recélé, sinon ignoré pour des raisons inexpliquées. Il présente une combattante à travers un cheminement en perpétuel mouvement, depuis sa prime jeunesse. Et là, on sent que l’auteur a mis tout son poids dans ce travail de recherches, mais également de mémoire, pour expliquer aux jeunes et aux moins jeunes – ceux qui veulent connaître leur vraie Histoire – ce qu’était Lalla Zouleikha, cette héroïne, dans la conduite de nombreux hauts-faits. Eh oui, elle en a eu, ces hauts-faits et..., beaucoup, de par son courage, toujours plus accentué, plus fort, qui la mettait au devant de la scène !
Il en parle avec vénération et la décrit avec déférence due à son rang : « Elle n’était pas seulement une dame bien-née, dans la société de la Capitale antique des rois Juba, mais une noble combattante qui a marqué ce pays des martyrs, en son temps et son espace, et qui s’est imposée comme un véritable référent, symbolisant le sacrifice, dans toute sa plénitude.»
Ainsi, et pour mieux marquer la place de la moudjahida Lalla Zouleikha Oudaï et son aura dans la lutte pour la vérité, la liberté et la justice, Kamel Bouchama est allé fouiller dans les confins de l’Histoire pour nous édifier, par des exemples vivants, sur l’engagement des femmes, à travers les temps, telles les moudjahidate de la période du Prophète Mohamed (QSSSL). Il nous rappelle les Noussayba Al ‘Ansariya, lors des batailles de «Khaïbar», de la prise de la Mecque, de «Hounaïn», du siège de Taïf, « d’El-Yamama » avec ses deux fils Habib et Abdallah, de même que Safia, la fille d’Abdel Mottalib qui a brillé, comme son frère Hamza, lors des batailles d’« El Khendeq » (le fossé) et d’« Ohod », par sa bravoure, sa vaillance et son héroïsme.
Il nous assure que Lalla Zouleikha, tout comme ces « sahabiyate » (*), est rentrée dans l’Histoire, à l’image de ses aïeules, la Reine guerrière des Aurès, Dyhia Tadmut (la belle gazelle) en langue berbère des Chaouias, appelée communément El Kahina, qui était une cavalière émérite, qui maitrisait parfaitement l’art de la guerre, et qui excellait dans le tir à l’arc et le maniement de la lance.
 Effectivement, affirme Kamel Bouchama, dans son ouvrage, la moudjahida Zouleikha est rentrée dans ce registre, comme Lalla Fatma N’ Soumer, l’héroïne de la Haute Kabylie, celle qui a créé son propre mouvement de libération contre la colonisation française, et qui s’est jetée dans des batailles sanglantes, pendant plus de sept ans, face aux armées du maréchal Randon. Et il termine avec ses énumérations, jusqu’à évoquer les héroïnes chahidate de la Révolution de Novembre. Il en parle avec passion et assure que Lalla Zouleikha figure d’ores et déjà, dans ce palmarès des élues du Firdaous d’Allah. Oui, écrit-il dans son ouvrage, en belles lettres. «Elle est en bonne place, dans la mémoire collective qui, demain, sera confortée par des textes de spécialistes, dans des ouvrages qui élagueront des « excédents de fioritures », pour ne laisser que le vrai, le juste et le crédible. Mais en attendant, elle côtoie, aujourd’hui, avant que l’Histoire ne l’écrive demain, en lettres d’or, les grandes figures féminines de la révolution algérienne, telles les Malika Gaïd, Hassiba Benbouali, Fadila Saâdane, Meriem Bouattoura, ou encore les sœurs Sahnoun, Farida et Fadhéla, dont l’aînée Farida est tombée en martyr, dans un accrochage à Ouled Bouachra, à l’ouest de Médéa, en 1959, à l’âge de 17 ans. Elle est également dans les mêmes compartiments de l’Éden, que les sœurs Bedj, Messaouda et Fatima, ces deux militantes qui ont rejoint le maquis et choisi la mort pour l’amour et la liberté de leur pays.»
Cet ouvrage qui vient à point nommé – et qui se veut une contribution honnête avec d’autres écrits d’historiens –, pour nous faire sortir de notre léthargie, et nous activer enfin à reconsidérer nos vaillants héros et héroïnes de la lutte opiniâtre menée contre le colonialisme, augure une phase concrète d’écriture de l’Histoire, la vraie, avec cette héroïne du Dahra..., d’autres l’ont sacrée icône de la Révolution, et ils ont raison. Cet ouvrage donc, la raconte en différentes étapes de sa vie de patriote, de sa jeunesse à Marengo (Hadjout d’aujourd’hui) jusqu’à son entrée dans la fournaise du combat libérateur, depuis Cherchell, ensuite sa présence active et concrète au maquis et enfin son martyre, en ce 25 octobre de l’année 1957, après avoir été capturée lors d’un important ratissage et torturée par des procédés sauvages et inhumains.
Il serait, peut-être, fastidieux de raconter toutes ces étapes, et priver le lecteur de cette envie et, plus encore, du plaisir de découvrir par la lecture la combattante Lalla Zouleikha, la mère des résistants. Ainsi, contraint de ne pouvoir tout dire, la concernant, dans cette note de lecture, je me contenterai de vous restituer quand même, en les prenant de ce magnifique ouvrage, quelques informations de faits et performances historiques qui forcent le respect. Et comment ne sommes-nous pas attentifs et respectueux envers cette femme qui est rentrée de plain-pied dans l’Histoire de notre pays ? Ne restons-nous pas ébahis, à tout le moins surpris, quand cette dame de principe ordonnait à son fils – qu’elle aimait tant – d’aller faire son devoir, et de penser plus tard à son avenir ? Son fils, Lahbib, pour notre information, s’apprêtait, à son retour de l’Indochine, à convoler en justes noces avec sa cousine. « Il y a un devoir plus urgent, plus important pour nous…, il y a la libération du pays pour aboutir à la joie de tout le peuple. Penser seulement à soi, aujourd’hui, est un sentiment trop égoïste. Va rejoindre tes frères les moudjahidine ! Monte au maquis pour faire ton devoir, et tu te marieras à l’indépendance… ! » Mais Lahbib ne survivra pas, il tombera au champ d’honneur, les armes à la main, et rejoindra son père Si Hadj Larbi Oudaï, également tombé en pleine bataille, où il rendait coup sur coup aux soldats de la colonisation.
Obstinément prête pour plus de sacrifice et d’abnégation dans la loyauté et la fidélité aux idéaux de ses ancêtres, de fiers Berbères dans notre Numidie légendaire, Lalla Zouleikha, n’avait pas peur de la mort. Une fois capturée en plein ratissage et crucifiée pour être exhibée sur un half-track, elle interpellait d’une voix ferme, après avoir craché au visage du capitaine qui dirigeait cette sauvage opération, en leur lançant en ces termes : « Mes frères, soyez témoins de la faiblesse de l’armée coloniale qui lance ses soldats armés jusqu’aux dents contre une femme. Ne vous affalez pas. Continuez votre combat jusqu’au jour où flottera notre drapeau national, sur tous les frontons de nos villes et villages. Montez au maquis ! Libérez le pays ! Tahya El Djazaïr ! »
De ce fait, la maquisarde était préparée pour accueillir son destin, dans le charme de la mort qui n’existe que pour les braves indomptables comme elles. Alors, en femme de caractère, elle a écrit son nom en lettres d’or, indélébiles, inaltérables, perpétuelles. Mais ce nom, dérobé aujourd’hui par les vicissitudes du présent, fera demain, inéluctablement son chemin, son long chemin, quand le ton sera donné au temps et que la bravoure des combattants de la liberté fera son auguste entrée dans l’arène de la déférence pour triompher de nos égocentrismes, longtemps arborés dans le seul but de faire valoir le chemin que chacun parmi nous a dû s’inventer. N’est-ce pas, que « l’imagination gouverne le monde ! », comme le disait si bien Napoléon Bonaparte…?
Mais elle, Lalla Zouleikha, dans sa vie féconde d’hier, n’a pas hésité, dans l’humilité des authentiques héroïnes et héros de la guerre de libération nationale, à tisser celle de son avenir, celle qui fait qu’après sa mort, elle continue d’exister dans l’Histoire... Cette Histoire qui, effectivement, elle l’a bel et bien écrite, par son martyre, par celui de sa famille et de ses proches, au nombre de dix sept pour que vive l’Algérie, libérée d’une tutelle imposée par les armes, dans le sang et les larmes.

Dr. Mokrani Mohamed
Spécialiste en Ophtalmologie Alger

 (*) Les «Sahabiyate» sont comme les compagnons du Prophète Mohamed (QSSSL),
celles qui ont vécu et lutté à ses côtés.

DOSSIER

Ammar Guerram brise le silence

Le complot des colonels

GRANDES DATES

La modestie des grands

Mohamed Benaïssa dit Mohamed Ben Mohamed

GUERRE DE LIBERATION

Une stèle érigée à la mémoire des 17 martyrs d’Aït Oumaouche

À l’occasion de la célébration de la fête de la victoire

MEMOIRE

Le redoutable fidaï d’Aïn Beïda

Le chahid Boudjemaâ Ilihem

MOUVEMENT NATIONAL

Un guerrier hors pair

Le chahid Ahmed Maouche dit Ahmed N’Abdallah

UNE VILLE, UNE HISTOIRE