Yacef Saâdi
Z.A.A : Les hommes-clés

Par Fateh Adli
Publié le 19 fév 2017
Infatigable, et surtout indomptable, le héros de la bataille d’Alger, âgé aujourd’hui de 88 ans, est sans doute l’un des derniers acteurs et témoins de cette épopée. Il prit part à toutes les étapes de création et révolution de la Zone autonome d’Alger, jusqu’aux premiers jours de l’Algérie indépendante, lors de la crise de l’été 1962.
Démantèlement du réseau bombes de Yacef Saâdi, le colonel Godard présente à la presse 33 bombes récupérées lors d’une fouille à la Casbah d’Alger
Arrestation de Zohra Drif le 24 septembre 1957
Hacène Guendriche dit Zerrouk

Loin d’avoir eu raison de lui, les différentes polémiques qui le ciblent périodiquement n’ont fait que le renforcer dans ses convictions. Ainsi, après avoir été confronté, une première fois, à la remuante  moudjahida Louiza Ighilahriz, il s’est accroché avec la moudjahida Zohra Drif, au sujet de lettres que celle-ci aurait envoyées, alors qu’elle était arrêtée en même temps que lui par les autorités coloniale, à Hassiba Benbouali, au moment où celle-ci était réfugiée avec d’autres compagnons de lutte dans la célèbre cache à la Casbah. Le voici, depuis quelques moins, en guerre contre un ex-journaliste franco-américain, Ted Morgan, lequel, dans un livre publié en 2016 (Ma Bataille d’Alger), accuse Yacef Saadi d’avoir donné ses compagnon.
Si toutes ces controverses enrichissent parfois le débat sur l’histoire de la guerre de Libération nationale, il faut toujours appréhender ces événements dans leur contexte général, qui est celui de l’insurrection armée et de son environnement politique. Car le parcours de Yacef Saadi se confond avec celui de la Zone autonome d’Alger dont il était le chef militaire et l’organisateur depuis sa création. Yacef Saadi est né à la Casbah le 20 janvier 1928. Très jeune, il rejoint le PPA et adhère à l’OS dès sa création, en 1947, pour servir dans sa branche paramilitaire. Au déclenchement de la Révolution, le 1er novembre 1954, il est contacté par les membres du CRUA pour créer la Zone autonome d’Alger (ZAA). Il est alors désigné comme conseiller politique et militaire de la ZAA, sur laquelle se sont succédé des chefs politiques de premier rang comme Abane Ramdane, Benyoucef Benkhedda et Larbi Ben M’hidi. Yacef Saadi est chargé de structurer le FLN/ALN et de créer des réseaux de fidayine dans les quartiers de la capitale. En 1955, il est chargé par Abane Ramdane d’une mission auprès de la direction de l’Extérieur en Suisse, mais il sera vite expulsé, puis arrêté par les autorités françaises. Après six mois de prison, il sera libéré en septembre 1955 « contre la promesse
d’informer la DST sur les activités du FLN Alger ». Mais le militant Yacef Saadi trouva le subterfuge pour échapper à ce chantage, et décide d’entrer en clandestinité. Suite à quoi, il créé son premier commando de l’ALN à Alger, avec 21 militants aguerris, et attend le feu vert de ses chefs pour passer à l’action.
En octobre 1955, il recrute Ammar Ali dit Ali La Pointe, qu’il tira des milieux de la pègre, et qui va jouer un rôle névralgique dans les événements qui vont se dérouler plus tard. Après un échange avec Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, notamment, Yacef Saadi arrive à les convaincre de la pertinence de sa stratégie qui consistait à assainir, d’abord, la Casbah des éléments suspects, et d’entamer le combat pour faire entendre la voix de l’Algérie à l’étranger : « Pour qu'on nous prenne au sérieux, dira-t-il à Abane, il faut qu'Alger bouge. Qu'on parle de nous. Un pétard rue Michelet fera plus de bruit qu'une embuscade meurtrière en Kabylie. Ici, tout le monde en parlera. La presse fera des titres. Il y aura la radio, le cinéma. C'est ici que tout devra se passer ! »
En mai 1956, Yacef Saâdi est désigné comme chef FLN de la Zone autonome d'Alger et devient le bras droit de Larbi Ben M'Hidi, chef du FLN pour la zone militaire d'Alger, avec le grade de colonel. La célèbre bataille d’Alger n’était pas encore déclenchée. Après une première action à Bab El-Oued, le 25 juin 1956, les réseaux dirigés par Yacef Saadi sont poursuivis par les brigades de « la Main rouge », une milice constituée des ultras et des colons européens, avant d’être confrontés aux parachutistes du général Massu, appelé à la rescousse. Face à la répression féroce qui s’abat sur la population civile algérienne, Yacef Saadi et ses hommes mettent en place un « réseau bombes » confié à des jeunes femmes militantes. Une série d’attentats à la bombe entre l’automne 1956 et l’été 1957, faisant des dizaines de morts parmi la communauté européenne, ébranlent les états-majors de l’armée coloniale. La vraie « bataille d’Alger » – dénomination donnée par les Français à l’opération de répression – commence en janvier 1957, avec l’arrivée de quelque 10 000 parachutistes conduits par le général Massu, chargés de quadriller les principaux quartiers
« chauds » d’Alger, et dotés de tous les pouvoirs, policiers et judiciaires. Ce fut la porte ouverte à la torture et les exécutions sommaires. Lors d’une rencontre avec la sociologue Germaine Tillion (1907-2008), venue à la tête d’une commission d’enquête internationale et qui lui demandait d’arrêter ses actions, Yacef Saadi lui fit cette proposition :  « Je m'engage à mettre fin au terrorisme contre les civils si la France accepte d'arrêter les exécutions capitales ».  le 24 septembre 1957, il fut arrêté, lui et sa collaboratrice Zohra Drif, par les éléments du 1er REP, dans sa cache à la Casbah, suite à une « trahison », selon de nombreux témoignages. Lui-même accuse, documents à l’appui, le double agent Hacene Guendriche dit Zerrouk, dont le nom est largement cité dans l’affaire de la Bleuite.  Les deux détenus seront condamnés à mort. Mais sa peine sera commuée après le retour de Charles de Gaulle au pouvoir, en 1958. Il sera libéré après les accords d’Evian du 18 mars 1962.
A sa sortie de prison, il se retrouve au centre des tiraillements qui déchiraient les rangs de l’ALN, suite au conflit entre le GPRA et l’Etat-major général sous la conduite de Boumediene. Yacef Saadi choisit rapidement son camp, et justifiera sa position par le souci de faire cesser la guerre fratricide. Il sera de nouveau amené à diriger des hommes pour assurer la sécurité des quartiers populaires et points stratégiques occupés par l’armée des frontières, à son arrivée à Alger, en septembre 1962.     
Après 1963, il est nommé par Ben Bella président du Centre national d’amitié avec les peuples (CNAP), destiné à faire connaître à l'étranger les réalisations de l’Algérie indépendante, puis créé une société de production, Casbah Films, première société d’audiovisuel privée en Algérie. Elle produit notamment le film de guerre devenu culte : la Bataille d’Alger, en 1966. En 2001, il est nommé membre du Conseil de la nation (Sénat), par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika.
Ses témoignages sont incontournables pour les chercheurs et les historiens sur une des phases les plus douloureuses de la révolution algérienne : la bataille d’Alger. Il a déjà laissé un premier témoignage écrit : Les Souvenirs de la Bataille d’Alger, écrit en prison, et publié en 1962, puis un second en trois tomes : La Bataille d’Alger, paru en 1997 chez Casbah édition (Alger) et Publisud (Paris), et une œuvre cinématographique historique dont il est à la fois le scénariste et le producteur : le film culte La Bataille d’Alger, réalisé en 1966 par l’Italien Gillo Pontecorvo, et dans lequel il campe son propre rôle.  
Adel Fathi

CONTRIBUTION

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