Le commandant Azzedine
Z.A.A: Les hommes-clés

Par Fateh Adli
Publié le 19 fév 2017
De son vrai nom Rabah Zerari, le commandant Azzedine était le chef opérationnel de la Wilaya IV (Algérois et Ouarsenis) en 1957-1958, sous le commandement du colonel M’hammed Bouguerra, il se distingua par sa grande capacité d’organisation et eut à conduire la légendaire compagnie Ali-Khodja en 1957, avec laquelle il mena d’innombrables attaques contre des cibles de l’armée française dans les régions d’Aïn Bessam et de Lakhdaria (ex-Palestro). Il contribua à former des centaines de moudjahidine sur les techniques de la guérilla, et était connu pour sa bravoure et son esprit de combativité. On lui doit aussi le succès de ses troupes dans la mise en échec d’une tentative de contre-maquis menée par des ralliés regroupés dans ce qui était appelé la « Force K », conduite par le sinistrement célèbre Abdelkader Belhadj.
Ghardimaou 1961. 1- Ali Mendjeli. 2- Commandant Azzedine. 3- Abdelaziz Bouteflika
1- Le colonel Si M’hamed Bougara chef de la wilaya IV historique.  2- Si Lakhdar. 3- Commandant Azzedine Zerrari
Le chef d’Etat-major, le colonel Houari Boumediene, en compagnie de ses 3 adjoints en 1961. 1- Commandant Ali Mendjeli. 2- Commandant Si Slimane (Kaïd Ahmed) . 3- Commandant Azzedine Zerrari

Arrêté en novembre 1958, il réussit à regagner le maquis en feignant d’accepter « la paix des braves » proposé par le général de Gaulle aux combattants de l’ALN, et à laquelle certains officiers de la Wilaya IV, comme le colonel Salah Zamoum, furent tentés d’adhérer. Après deux mois et demi de marche, il réussit à gagner Tunis, où il intégra vite le CNRA, puis le commandement militaire sous la direction du colonel Boumediene. En 1960, il est désigné adjoint au chef de l’Etat-major général, avec notamment les commandant Ali Mendjeli et Si Slimane (Kaïd Ahmed), et dont le siège était au Maroc. Et c’est à partir de là que tout le staff de l’EMG s’est déplacé en Tunisie, à Ghardimaou plus précisément, où il a installé son PC, jusqu’à l’indépendance.
Début 1962, à quelques mois, de la proclamation du cessez-le feu, le 19 mars 1962, le commandant Azzedine fut détaché à Alger, avec comme mission de recréer la Zone autonome d’Alger, afin de tenir en échec l’OAS, qui avait entamé sa politique de la guerre brûlée.  Il aura des contacts fréquents avec le préfet d'Alger, Vitalis Cros et Michel Hacq, directeur de la police judicaire, tous deux responsables de la « Mission C » (Choc) pour la lutte contre l'organisation criminelle française. Une mission difficile dans un contexte miné. Il fallait à la fois protéger les populations algériennes des exactions de cette organisation et accélérer le processus d’indépendance qui était enclenché.
Mais comment faire face à des groupuscules terroristes qui frappaient aveuglément, et dont l’objectif final était d’empêcher justement que ce processus aboutisse ?  L’OAS concentra ses attaques contre les symboles du pouvoir. Sa première victime fut le commissaire central d’Alger le 31 mai 1961. Un symbole fort par lequel les ultras se montraient décidés à déclarer la guerre à tout l’Etat français. Pour preuve, ils fomenteront plusieurs attaques contre le général de Gaulle lui-même, jusqu’après le 5 juillet 1962. Ils s’attaquèrent aussi aux « porteurs de valises », aux anticolonialistes et aux communistes.    
L’OAS est surtout connue pour avoir été l’une des premières organisations terroristes à avoir organisé des attentats à la voiture piégée : 25 morts à Oran le 22 février et 62 morts à Alger le 2 mai 1962. Chose que le FLN/ALN, désigné par les autorités coloniales comme une
« organisation terroriste », n’aurait jamais osé perpétrer, pour contrebalancer le système de terreur qui s’écharnait sur la Révolution et ses partisans. Le commandant
Azzedine lui-même, dans sa mission, se garda de tout contre-terrorisme, parce que non seulement il savait que cela ne pouvait qu’aggraver une situation déjà complexe, mais surtout parce qu’il fallait coordonner, au nom de l’ALN, avec les autorités coloniales pour assurer la stricte application des accords de cessez-le feu signés entre les deux parties. Même si les réseaux de fidayine, formés depuis la bataille d’Alger, se tenaient toujours prêts au combat et qu’ils étaient encore capables d’agir.  Cela dit, il y eut une seule réplique, à une série d’attentats, dont celui à la voiture piégée du 2 mai 1962, au port d'Alger, perpétré par l'OAS, fait 110 morts et 150 blessés, en majorité des dockers et des demandeurs d'emploi. Au vaste élan de solidarité déclenché à partir des différents quartiers par toute la population, européens et musulmans confondus, ont répondu les tirs des ultras de l’OAS provoquant ainsi un véritable carnage.
Cette politique dite de la terre brûlée, amena les instigateurs de l’OAS aussi à ordonner des opérations de plasticage ciblant les équipements collectifs, les écoles ou les bibliothèques, dont celle de l’université d’Alger incendiée le 7 juin 1962, faisant des victimes parmi les Algériens. Ce qui ne devait pas laisser le FLN/ALN représenté par les dirigeants de la Zone autonome d’Alger. Or, c’est sur le terrain politique que se jouait la grande bataille. Bénéficiant d’un soutien massif des pieds-noirs d’Algérie, l’OAS réussit plusieurs fois à mobiliser ses sympathisants dans des manifestations de rue, pour protester contre les négociations de paix et à provoquer des émeutes meurtrières, comme celle de la rue d’Isly, le 26 mars 1962 qui fit 54 morts chez les pieds noirs pris sous le feu des forces françaises.
Le 5 juillet, le commandant Azzedine revient à la capitale à la tête de 12 bataillons, pour assurer le passage à l’armée des frontières qui était confrontée à quelques foyers de résistances, notamment au niveau de la Wilaya IV, dont la Zone autonome d’Alger était considéré comme le prolongement naturel. Mais son rôle s’arrêta tout d’un coup là. Très peiné par les affrontements fratricides qui ont marqué les premiers mois de l'indépendante durant la crise de l’été 1962, il refuse de s’y impliquer et décide de quitter définitivement l'armée de libération et la vie politique. Il consacrera son temps à écrire ses Mémoires, en publiant trois récit qui restent des références : On nous appelait fellaghas (1978, Paris), Alger ne brûla pas (1980, Paris, réédité en 1997, Alger) et enfin C'était la guerre (1993, Paris) avec Jean-Claude Carrière.
Il reviendra sur la scène politique, au milieu des années 1990, pour fonder avec notamment Salah Boubnider le Comité des citoyens pour la défense de la République  (CCDR). Tout récemment, il est de nouveau monté au créneau pour défendre l’honneur de son compagnon, Yacef Saadi, diffamé par un auteur franco-américain.
Adel Fathi

CONTRIBUTION

Moudjahid et fin diplomate

Décès du commandant de l’ALN Si Djelloul Khatib

FIGURES HISTORIQUES

Un destin singulier

Mohamed ALLAHOUM dit Antar

GRANDES DATES

Le héro oublié

Le chahid Bahri Hafid dit Abdelhafid

GUERRE DE LIBERATION
MEMOIRE
MOUVEMENT NATIONAL

De RABAH BITAT à HASSAN KHATIB

La valeureuse wilaya IV en mouvement