Berceau de la bataille d’Alger
Zone Autonome d'Alger

Par Fateh Adli
Publié le 19 fév 2017
Il est établi que la création de la Zone autonome d’Alger, dans le cadre d’un nouveau découpage territorial, était sous-jacente au lancement de la guérilla dans la capitale, qui était préconisé au congrès de la Soummam, par le tandem Abane-Ben M’hidi. Alors que la « question algérienne » était inscrite à l’ordre du jour des débats à l’ONU, les deux architectes de la Soummam, décident, pour donner à l’insurrection une envergure nationale et internationale, d'intensifier et de concentrer les opérations armées sur la capitale. Cela dit, il s’agissait moins de mener des actions symboliques que d’ébranler les états-majors des forces coloniales et de dévoiler dans le même temps leur brutalité, et celle du colonialisme, devant l’opinion publique internationale. C’est certainement cette double projection politico-militaire qui amena les deux dirigeants du FLN à se charger directement, au démarrage, du commandement de cette zone tampon
Attentat de la rue de Thèbes, à la Casbah le 10 août 1956
Attentat à l’automatic le 30 septembre 1956
Attentat du Milk Bar le 30 septembre 1956
10e division parachutiste du général Massu (Bataille d’Alger 1957)

Pour les militants, l’apprentissage de la guérilla les amena à passer plusieurs étapes, avant d’arriver à la célèbre grève des huit jours (mode de lutte pacifique) qui coexistait avec une lutte armée portée héroïquement par les fidayine et les fidayate, et qui était en fait antérieure aux assises de la Soummam. Car, il faut rappeler que la première action a été perpétrée à Bab El-Oued, quartier européen d'Alger, le 19 juillet 1956 par le commando FLN de Boudries qui a fait un mort et trois blessés. En représailles, les plus radicaux des militants de l'Algérie française s'organisent en groupuscules paramilitaires, sous la direction d’un ex-officier du SDECE. Avec ses miliciens, celui-ci monte l'attentat de la rue de Thèbes, dans la Casbah d’Alger, dans la nuit du 10 août 1956, qui fait 16 morts et 57 blessés, et marque un tournant dans la guerre de Libération nationale.
Le 30 septembre 1956, deux bombes explosent au Milk Bar et à la Cafétéria, faisant 4 morts et 52 blessés : les hostilités sont ouvertes, et la machine de propagande coloniale se met en branle pour tenter de ternir le combat des Algériens pour la libération de leur pays, en présentant les auteurs des actions comme de « vulgaires terroristes assoiffés de sang » et « enrôlés par des dirigeants irresponsables ».   
Yacef Saadi, qui était alors le chef militaire de la Zone autonome d’Alger, expliquera cet engrenage à la journaliste Marie-Monique Robin : « Jusqu'au massacre de la rue de Thèbes, nous ne faisions des attentats à Alger qu'en réponse à des arrestations massives ou à des exécutions. Mais là, nous n'avions plus le choix : fous de rage, les habitants de la Casbah ont commencé à marcher sur la ville européenne pour venger leurs morts. J'ai eu beaucoup de mal à les arrêter, en les haranguant depuis les terrasses, pour éviter un bain de sang. Je leur ai promis que le FLN les vengerait. »
S’ensuivit un cycle d’actions-répression qui s’achèvera par la neutralisation celle des chefs opérationnels (Yacef Saadi, Ali Lapointe…), et surtout par l’arrestation, puis l’élimination du chef politique de la Zone autonome d’Alger et tête pensante de cette bataille, Larbi Ben M’hidi, alors que les autres chefs politiques, membres du CCE, avaient déjà, à cette époque, quitté Alger pour Tunis. D’aucuns ont pointé cette faible solidarité des autres responsables de la Révolution avec les rescapés de la bataille d’Alger.  
Les officiers français ont baptisé l’opération de répression contre les réseaux du FLN dans la capitale
« la Bataille d’Alger». Elle fut menée par la 10e division des parachutistes, sous le commandement du général Massu. C’est face à une armada de près de 10 000 parachutistes aguerris, et à tout un système phagocyté par les plus extrémistes de l’armée, dotés de tous les pouvoirs et de tous les moyens (les fameux pouvoirs spéciaux voulus et obtenus par Guy Mollet), que les combattants de l’ALN étaient confrontés : une bataille inégale, où les militaires, imbus de leur puissance et de l’impunité dont ils étaient couverts, faisaient montre d’un incroyable zèle en généralisant notamment le recours à la torture et aux exécutions sommaires, et en faisant fi de toutes les règles du droit dont se vantaient les politiques du gouvernement. Le général Massu dira dans un témoignage, après l’Indépendance de l’Algérie, que lui-même et ses hommes étaient
« contraints » d’en faire usage, dès lors qu’ils avaient la charge de rétablir l’ordre dans la capitale. Autrement dit, sans la systématisation de ces méthodes décriée au temps des nazis, l’armée coloniale n’aurait jamais réussi à réduire la résistance algérienne dans la capitale.       
Face donc à une mobilisation de plus de 10 000 parachutistes, sans compter les autres forces de sécurité (police, gendarmerie, auxiliaires…) et la systématisation de la torture dès 1956, les dirigeants de la Révolution au niveau de la capitale créèrent un réseau de femmes chargés de poser des bombes dans des lieux choisis, pour riposter aux exactions odieuses et quotidiennes de la soldatesque française dotée désormais des pleins pouvoirs. Le recrutement rapide et facile de ces jeunes volontaires dénote le degré de révolte de larges couches de la population contre l’occupant et sa soldatesque.  
Une douzaine de fidayates ont laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de cette bataille d’Alger, dont huit seulement ont survécu à la guerre. Parmi elle, des Françaises de souche, à l’image de Danielle Minne, devenue Djamila Amrane, après son mariage avec le moudjahid martyr Khalil Amrane, ou encore Raymonde Peschard, tombée au champ d’honneur en Wilaya III, le 26 novembre 1957. Tuée le 8 octobre 1957, avec Ali La Pointe, P’tit Omar et Hamid Bouhamidi, à l’intérieur de cette fameuse casemate dans laquelle ils s’étaient refugiés, encerclés par les parachutistes du général Massu, Hassiba Benbouali est devenue l’icône du martyre. D’autres ont eu un autre sort, moins tragique, mais vont souffrir le martyre dans les geôles coloniales, sous les supplices de bourreaux inhumains.
Adel Fathi

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