Benyoucef Benkhedda
Z.Z.A : les hommes-clés

Par Fateh Adli
Publié le 19 fév 2017
Militant du PPA/MTLD dans sa région natale à Blida, Benkhedda n’était pas considéré parmi les plus radicaux du parti qui vont ensuite, comme on le sait, constituer le premier noyau de l’Organisation spéciale (OS) dès la fin des années 1940. Pourtant, dès 1956, il se retrouve au premier cercle des décideurs qui mirent au point la stratégie de la guerre de libération, à commencer par son implication dans la création de la Zone autonome d’Alger, détachée désormais de la Wilaya IV, puis dans la bataille d’Alger, avant d’être propulsé à la tête du deuxième gouvernement provisoire.
Membres du CCE à madrid en 1957. 1- Benkhedda. 2- Dahlab. 3-Abane. 4- Krim
Au maquis : 1-Ali Kafi. 2- benyoucef Benkhedda. 3- Krim Belkacem
La délégation du GPRA en Tunisie
1- Saâd Dahleb. 2- Benyoucef Benkhedda. 3- Mohamed Boudiaf. 4- Krim Belkacem
Le 3e GPRA

A l’heure de la crise du parti nationaliste en 1953-1954, Benkhedda choisit son camp, qui était celui des « centralistes », du nom des membres du Comité central du parti qui contestaient ouvertement l’autoritarisme de Messali Hadj, mais tout en se tenant à l’écart des fougueux «activistes» qui voulaient accélérer l’avènement de la lutte armée. Plus proche idéologiquement des modérés de l’UDMA de Ferhat Abbas et de l’élite libérale, il adhéra finalement au mot d’ordre de la révolution, grâce à l’appui d’un Abane Ramdane fraîchement sorti de prison, et qui avait réussi à convaincre tout le gotha des anciens assimilationnistes (udmistes, communistes et ouléma) de rejoindre l’insurrection et de participer, plus tard, au congrès de la Soummam.
 Benyoucef Benkhedda s’engage rapidement avec Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, mais aussi avec tous les autres membres du CCE, à assurer l’encadrement politique de la Zone autonome d’Alger, qui avait, à l’issue du congrès de la Soummam du 20 août 1956, un statut de wilaya à part entière. Les trois s’attelèrent à mettre en place des réseaux de militants et de fidayine dans les quartiers de la capitale, dont la responsabilité a été confiée à Yacef Saadi. Mais, à la création du CCE, Benkhedda sera appelé, au même titre que ses compagnons, à quitter le territoire national, pour continuer à diriger cette haute instance de la Révolution, à partir de Tunis.
Dans la répartition des tâches du CCE, organe exécutif de la Révolution, Benkhedda, qui y sera admis comme membre un peu plus tard, se réserva les contacts avec les Européens et la direction de la nouvelle Zone autonome d’Alger, tandis que Larbi Ben M’Hidi choisit d’être responsable de l’action armée à Alger, alors que Abane Ramdane, en sa qualité de responsable politique et financier, chapeautait toute cette nouvelle stratégie de guerre urbaine lancée dans la capitale.
 Cela dit, Benkhedda, au vu de ses qualités intellectuelles et militantes avérées, eut des missions plus diversifiées liées à la mobilisation de la population, à la propagande et l’information, à la diffusion des directives et des mots d’ordre du FLN et à la rédaction des tracts et affiches divers à l’usage des militants et des sympathisants. C’est ainsi qu’il participa, par exemple, à la confection et à la rédaction du journal El-Moudjahid, organe central de la Révolution et outil de sensibilisation essentiel pour la cause algérienne, avec notamment Abane, Redha Malek et Frantz Fanon.
Les trois politiques : Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi et Benyoucef Benkhedda œuvreront ensemble durant cette période à consolider la primauté du politique sur le militaire (principe cardinal de la plateforme de la Soummam) sur le terrain, à travers la réorganisation de la guérilla urbaine, dans la Zone autonome d’Alger, et tout le travail d’encadrement qui a accompagné la Bataille d’Alger, la grève des huit jours et la mobilisation populaire qui va aboutir aux grandioses manifestations du 11 décembre 1960. Avec d’autres militants chevronnés et acquis à cette philosophie, ils y ont prouvé l’inéluctabilité de la lutte politique dans le combat libérateur.
La répression féroce qui s’est abattue sur l’insurrection urbaine, puis la mort d’Abane et de Ben M’hidi au cours de la même année (1957) ont eu comme effet de pousser la direction de la Révolution à se retrancher dans une vision plus radicale qui devrait privilégier l’action armée, au moment où l’instance exécutive (le CCE), installée à Tunis, s’en retrouve de plus en plus éloignée.
On sait que, avant de partir, Benyoucef Benkhedda avait échappé miraculeusement aux mains des « paras » du général Massu. Il décide de quitter définitivement la capitale après l’assassinat de Ben M’Hidi dans sa cellule de prison par les sbires de Bigeard, et dont le meurtre, comme on le sait maintenant, a été revendiqué par le sanguinaire commandant Paul Aussaresses.
A la création du premier GPRA, en septembre 1958, Benyoucef Benkhedda fut désigné ministre des Affaires sociales. Il accomplit avec succès plusieurs missions au nom du FLN, et effectue un grand périple qui l’amène dans de nombreux pays du monde arabe, d’Europe et d’Amérique latine.
Le 9 août 1961, alors que les pourparlers pour l’indépendance de l’Algérie étaient engagés, Benyoucef Benkhedda sera désigné par ses pairs à la tête du deuxième GPRA, en remplacement de Ferhat Abbas. Il restera à ce poste jusqu’au 3 juillet 1962, date de la proclamation de l’Indépendance qui a suivi automatiquement le référendum pour l’autodétermination. Mais, tout ne s’est pas passé comme souhaité. La course au pouvoir déchire irrémédiablement le commandement de la Révolution, et Benkhedda dut affronter une situation inextricable pour éviter le chaos total. En assumant son rôle et ses prérogatives jusqu’au bout, il va vite s’accrocher avec le commandant de l’Etat-major, sans savoir qu’il allait commettre le geste qui lui sera fatal.
 
Adel Fathi

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