Un pur produit de la Révolution
Kamel BOUCHAMA

Par Leïla Boukli
Publié le 19 fév 2017
Homme politique, homme de lettres, et particulièrement fécond en œuvres politiques, historiques et culturelles, Kamel Bouchama a assumé de grandes responsabilités dès son jeune âge. Il a été succinctement responsable national de la jeunesse, commissaire national du parti du FLN, secrétaire permanent du CC du FLN, ministre et ambassadeur. Il a publié de nombreux articles dans la presse nationale et dans des journaux du Moyen-Orient et est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages.
Kamel Bouchama à l’âge de huit mois
Kamel Bouchama debout à droite en compagnie de son  père et son jeune frére Youcef
...Au lycée de Ben Aknoun à 16 ans
Kamel Bouchama, jeune commisaire national du FLN recevant le président Boumediene  dans un village agricole à Bouira
Kamel Bouchama, jeune commisaire national du FLN recevant le président Boumediene  dans un village agricole à Bouira
Le ministre Kamel Bouchama en compagnie de Messaâdia et Benzaza lors du départ de l’équipe nationale de football au Mexique en 1986

C’est le 5 septembre 1943 que vient au monde dans cette belle et ancienne ville de Cherchell, un enfant que l’on prénommera Kamel. Ville de villégiature aujourd’hui, où la pierre atteste et avoue, comme dirait le poète chilien Neruda, « avoir vécu ». Cette cité consigne en effet sur ses flancs le rappel des heures de gloire ou de tumultes qu’elle a connues des siècles durant. Elle a été fondée au IVe siècle av. J.-C. par les Phéniciens, devenue capitale de la province romaine de Mauritanie Césarienne sous Juba II, terre de refuge aux XVIe et XVIIe siècles pour une importante communauté de Maures traqués par l’impitoyable inquisition de l’époque et finalement expulsés d’Andalousie. Cet homme hyper actif a été tout au long de sa carrière militant, ministre, ambassadeur… Il a pour violon d’Ingres l’écriture et compte plus de 25 ouvrages et de nombreux articles de presse.
 Actuellement, il travaille sur la Syrie, un pays qu’il a bien connu et parallèlement sur un roman autobiographique où il revient sur son enfance à Cherchell, ville qui regorge de traditions ancestrales.
La famille Bouchama a été de tout temps partagée entre Cherchell d’où elle est originaire et où Kamel fera ses classes primaires et Alger où réside une partie de la fratrie. C’est à l’illustre Médersa de la capitale qu’il poursuivra ses études secondaires, juste après la grève de 1956. Il faut dire que bien que jeunes, ces élèves avaient bien ancré dans leurs esprits la Révolution et Kamel militera activement dans la SU (la Section universitaire du FLN) de 1959 à 1962. Juste après l’indépendance, Kamel Bouchama sera parmi les fondateurs de la toute première organisation des lycéens et collégiens d’Algérie (UNLCA) et peu de temps après, aux côtés des Omar Chaou, Madjid Benaceur, Boualem Makouf, Zhor Ounissi, Kamel Tolba, il sera dans la première section de Djil El Djadid, prélude à la création de l’organisation de la JFLN, que présidera le défunt Abdallah Fadhel.
« Le lycée franco-musulman était pour nous le sanctuaire du savoir. Nous avons eu la chance de bénéficier de l’enseignement d’excellents professeurs tant en arabe qu’en français », qu’il n’a jamais oubliés. Il cite, avec une pointe de nostalgie à l’œil, les professeurs Merad, Ould Rouis, Agha, Aouissi dit El Mecheri, Causse, Mme Le Blé … Tous bilingues et hautement qualifiés, dit-il fièrement. Il se souvient de leur côté humain, de l’osmose qui existait dans le temps entre enseignants et étudiants, de cette ambiance de partage, de tolérance, de cet îlot d’exception dans cette Algérie meurtrie. Il y passe la première partie d’un bac Lettres. C’est au Caire qu’il obtiendra haut la main en tant que candidat libre la seconde partie du Bac. « Mme Le Blé, notre professeur d’Histoire-Géo, nous a fait aimer cette civilisation pharaonique, confortée par les quelques films qui parlaient de cela ».
Kamel Bouchama doit poursuivre ses études. Il a conscience que l’Algérie avait besoin de cadres en ce début d’indépendance. Lui rêve de participer au lancement des programmes d’édification. Alors, comme beaucoup de jeunes, il arpente les couloirs de l’actuel Palais du gouvernement où les principaux ministères du nouvel Etat se trouvaient. La chance lui sourit.
 Nous le retrouvons dans un Institut relevant de la Ligue arabe, celui des Télécommunications du Caire. Il s’y inscrit à l’instar d’une centaine de jeunes algériens à la demande du gouvernement algérien qui avait sous Moussa Hassani, alors ministre du secteur, postulé pour l’arabisation des postes et télécommunications. Quelques mois après, il est versé à l’Université du Caire, parce qu’Alger avait changé d’option concernant l’arabisation de la poste et des télécommunications, après la venue au gouvernement d’Abdelkader Zaibek. Il ne reviendra à Alger qu’au début de l’année universitaire 1965, après l’ouverture de la faculté de lettres et sciences humaines, option arabe. Parallèlement, il enseignera l’arabe dans un établissement secondaire puis sera affecté à l’Académie militaire interarmes avec les officiers supérieurs, pour une période déterminée. Il reprend ses études et ses anciennes responsabilités au sein de la JFLN et du FLN dont il était le plus jeune militant dans la kasma de Cherchell. Il sera successivement responsable régional de la jeunesse, membre fédéral et membre du Conseil national, et avant le 19 juin, il aura le privilège en tant que jeune d’être membre de la Kasma FLN. En 1968, il est membre de la Commission de restructuration du FLN pour la Fédération de Cherchell, tout en restant membre du Conseil national de la JFLN. Cette même année, il fait son premier long périple en Corée du Nord avec la délégation gouvernementale, présidée par le regretté Dr Tedjini Haddam, alors ministre de la Santé. Nommé par la suite Commissaire national adjoint du FLN, avec deux autres jeunes, Hamid Sidi Said – qui sera plus tard plusieurs fois wali et ministre – et Abdelkader Neghra qui aura le privilège de diriger le Mouvement panafricain de la jeunesse (MPJ). Kamel Bouchama dirigera à cette époque la délégation algérienne au premier Congrès Mondial de la Jeunesse qui s’est tenu au siège des Nations unies à New York et parlera également au nom de la Jeunesse du Vietnam combattant, parce que mandaté, à partir de Rome par la direction du FLN du Sud Vietnam. En 1971, il quitte l’éducation pour se consacrer uniquement au parti et à la jeunesse. Il se spécialise dans le monde arabe et se charge de plusieurs missions, surtout celles ayant trait aux mouvements de libération de par le monde. En 1978, il est appelé à Alger, au siège central, au niveau de la Commission nationale organique pour superviser, avec d’autres hauts responsables, la préparation du 4e Congrès du FLN qui n’aura lieu qu’après la mort du Président Boumediene. Là, il est élu membre du Comité central et deviendra président de la Commission nationale qui supervise l’application de la gestion socialiste des entreprises (GSE). Une année plus tard, le FLN se réunit en Congrès extraordinaire et Bouchama sera confirmé en sa qualité de membre de CC et nommé membre du Secrétariat permanent avec Si Mohamed Chérif Messadia, Salah Louanchi, Mustapha Benzaza et autres. Kamel Bouchama restera à ce poste, jusqu’à janvier 1984, après le 5e Congrès du FLN, où il sera nommé par le Président Chadli, ministre de la Jeunesse et des Sports. Son travail au profit de la jeunesse fait dire au président, bien après 1988,
devant un parterre de responsables : « Ce secteur a eu deux véritables ministres, Fadhel et Bouchama ».
La réponse de Messadia, se rappelle-t-il, a été aussi prompte que lapidaire : « Ces deux-là, Si Chadli, ont fait la bonne école. Fadhel a été le premier Secrétaire général de la JFLN et Bouchama a été un élément dynamique au sein de cette organisation depuis sa création. »
Il a de plus été le premier président algérien du Conseil supérieur du sport en Afrique (CSSA) et c’est  pendant son mandat de ministre qu’a été organisé le 1er Conseil des ministres africains de la jeunesse et des sports, le Congrès de la jeunesse arabe à Alger ainsi que le premier Festival national de la jeunesse et les deux éditions des Jeux Sportifs nationaux où ont été découverts les futurs champions du monde du 1500m Morseli et Boulmerka. Après les événements d’octobre, il reprend son violon d’Ingres, l’écriture et compte aujourd’hui plus de 25 ouvrages. Il prépare actuellement un travail sur la Syrie qu’il a bien connue et dont la situation actuelle le rend littéralement malade. « On est en train de détruire les instituions et structures de ce beau pays et à travers lui toute la civilisation millénaire du Moyen-Orient. Il ne m’a jamais effleuré l’esprit qu’un jour Damas et Alep subiraient ce martyre au nom de la démocratie. Je vois plutôt le dessein de la reconfiguration d’une région jadis fleuron sur plusieurs plans. Bien qu’aujourd’hui la situation semble s’arranger, reste le spectre de la division entretenu au profit d’Israël pour sa paix et sécurité. Diverses informations confirment que le plan de la division est belle et bien entamé ; celui de Yinon de février 1982 pour le partage de la Syrie et la refondation de la région accepté par les Américains va dans le prolongement du plan Sykes-Picot. »
Cet homme à la fois sensible et réaliste est père de trois enfants, un architecte, un ingénieur et la toute dernière, sa fierté, cadre supérieur à l’étranger. Elle a obtenue sa Licence en économie à 20 ans, a été major de promo à
l’ESSEC et plus tard à HEC.

Leila Boukli

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