Un patrimoine né d’un long savoir-faire
MENAA

Par Hassina AMROUNI
Publié le 29 déc 2019
Située à quelque 85 km à l’Est du chef-lieu de wilaya, Batna, la dechra de Menaa a été érigée sur le haut d’une colline dominant Ighzar n Abdhi (oued Abdi).

Vieux de plus de dix siècles, ce village a gardé toutes les caractéristiques de l’époque de sa construction. C’est sur les ruines de Tfilzi la romaine que la dechra a vu le jour, avec comme point nodal la mosquée Sidi Moussa, aujourd’hui rebaptisée mosquée El Atiq. Puis, la cité a pris forme tout autour, avec un enchevêtrement de maisons typiquement amazighes, réalisées dans des matériaux traditionnels et bâties sur deux niveaux.
Selon Abdelkrim Boudouh, architecte originaire de Menaâ, « les murs des immeubles de la cité sont réalisés en deux couches séparées par un vide de 40 cm. La paroi extérieure est en pierre et celle intérieure en briques de toub (pisé) assurant ainsi à la bâtisse une résistance face aux assauts et une température intérieure fraîche en été et chaude en hiver (...). Les toits et ossatures sont en bois de genévriers des forêts de la région et sont disposés avec une précision telle qu’elle garantit la solidité des maisons dont la longévité témoigne de l’efficacité des bâtisseurs amazighs. L’aération est assurée par de petites ouvertures de formes diverses (triangle, carrés, cercles) faites le haut des murs. »
A l’instar d’autres vieux villages ou cités d’Algérie, la dechra de Menaa a, elle aussi, été conçue par ses bâtisseurs de telle sorte à préserver l’intimité de ses habitants. A ce titre, il faut savoir que le tissu urbain de la cité est constitué de plusieurs voies, les principales étant destinées aux hommes, les secondaires pour les membres du même clan familial, le troisième type de voies est réservé à chaque maison et enfin, les dernières sont destinées exclusivement aux femmes.

La cité aux cinq portes

L’accès à la dechra de Menaa se fait par l’une des cinq portes principales. La première porte est Hametchith N’âgab, la seconde Tasqifeth n L’qahwa (place où l’on sirote le café) donne sur le cours d’Oued Abdi, la troisième Inourère, une aire tabulaire réservée aux activités agricoles, la quatrième Ighzar N’bouras mène aux vergers et la cinquième Aghesdiss donne sur l’un des quartiers de la cité. Il faut noter que grâce à ces cinq entrées principales, le visiteur évite de se perdre dans les dédales de la dechra et parvient à s’y repérer. Toujours dans le souci de préserver l’intimité des femmes, ces dernières disposent de deux accès en genévriers baptisés Abrahath et les Haskifet qui leur permettent le passage d’une maison à une autre.

Au sommet se trouve la mosquée Sidi Moussa

Donnant sur des vergers d’abricotiers, de figuiers et de grenadiers, cultivés à flancs de montagnes, la mosquée Sidi Moussa est le point culminant de la dechra. Construite au Xe siècle, la mosquée parfois appelée Sidi Mekhlouf (aujourd’hui El Atiq) a été restaurée en 1936 puis en 1986, elle continue à défier le temps et ses aléas. Non loin, à l’Est de la dechra se trouve la zaouïa Ben Abbès également appelée Dar Echeikh. C’est l’une des premières zaouïas de la confrérie Kadiria dans le pays. Selon les historiens qui se sont penchés sur le passé de la région et les origines de la dechra, cette zaouïa aurait été érigée en 1660. Abondant dans le même sens, le moqadam de la zaouïa, cheikh Abdelmalek Benabbès, précisera que sa construction serait l’œuvre d’un homme pieux, un dénommé Sidi Boubaker ibn Sidi Mohamed El Akbar, venu de Marrakech (Maroc) pour s’établir à Menaâ avec sa famille. Dans cette zaouïa, dont la mosquée a été bâtie sur des ruines romaines, se trouvent les tombeaux de deux fils d’Ahmed Bey qui s’y était réfugié après la prise de Constantine en 1837 par l’armée de l’occupation française. 
Classée site naturel en 1926, la dechra de Menaa attend toujours d’être classée site culturel ce qui lui permettrait de bénéficier d’un plan de sauvegarde pour la préserver de la dégradation. Il faut savoir que sur les 300 habitations que compte la dechra, seules 150 sont occupées. De plus, de nouvelles constructions jouxtant les anciennes menacent de sérieusement défigurer l’architecture de ce village qui a, malgré tout, réussi à résister au temps.
Enfin, il faut saluer les initiatives répétées des universitaires, de spécialistes en architecture ou en protection du patrimoine qui, très souvent, proposent à leurs étudiants de travailler sur ce site et sur d’autres non encore classés, afin que leurs thèses de fin d’études contribuent à une plus large prise de conscience de la part des pouvoirs publics sur la nécessité de sauvegarder ce patrimoine ancestral.

Hassina Amrouni
 
Sources :
http://www.inumiden.com/la-dechra-de-menaa-un-monument-de-plus-de-10-sie...
www.aps.dz

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