Menâa, la perle des Aurès

Par Hassina AMROUNI
Publié le 29 déc 2019
Située à près de 80 km au sud-ouest de Batna et à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Biskra, la commune de Menaa s’étend de la vallée de l’oued Abdi à la vallée de l’oued Abiod, les deux oueds étant séparés par Djebel Arezg.
Pierre Morizot

En remontant le fil de l’histoire de la région, l’historien Pierre Morizot a découvert des vestiges archéologiques qui lui ont permis d’attester que la région où est implanté l’actuel village de Menaa a, du temps de l’empereur romain Marc Aurèle, abrité une agglomération dénommée Tfilzi. Remontant au IIIe siècle de notre ère, cette dernière était dotée de trois institutions politiques avec des magistrats.
Les documents historiques ne citent pas beaucoup Menaa, elle a, semble-t-il, sombré dans l’oubli après le départ des Romains.
Vers le Xe siècle, la région va accueillir de nouveaux occupants. On raconte que quatre familles, en l’occurrence les Khalfa, les Slimane, les Yahi et les Khlif ont rencontré un saint homme qui leur dira : « Suivez mon âne et là où il s’arrêtera édifiez votre village et appelez- le Menaa ».
Selon l’historien Emile Masqueray, « le toponyme Menaa d’origine latine, dérive du mot Moenia qui signifie le rempart de la ville » (*)
Ce premier noyau d’habitants sera rejoint plus tard par la famille des Ben Abbes, une famille « forcément religieuse » dont la première construction sera une zaouia « qui a joué au fil du temps un rôle important dans la politique, dans l’enseignement et dans l’économie de Menaa ». Entre harmonie et sérénité, les habitants de la dechra de Menaa coulent des jours tranquilles.

Période Ottomane

L’arrivée des Ottomans en Algérie ne bouleverse guère le quotidien des habitants de Menaa. Du moins pas au départ. Mais en raison de rivalités de pouvoir et de secrets d’alcôves, opposant les plus hauts dignitaires du régime ottoman, des beys, se sentant menacés, trouvent refuge à Menaa. Si l’on sait qu’Ahmed Bey y a passé plusieurs années chez son ami Ibn Abbes, on dit que trois autres beys de Constantine ont, avant lui, trouvé refuge au sein de la zaouia de Menaa, en l’occurrence le bey Hadj Mustapha, fils de Salah Bey, surnommé Ingliz, car il passa dix ans en captivité en Angleterre. Il trouva refuge à Menaa en 1805. Deux ans plus tard, c’est le bey Ahmed Tobbal, surnommé le boiteux, qui y trouve asile. En 1808, c’est au tour du bey Brahim ben Elgarb, également connu sous le nom Brahim ben Elpelawan, de s’y exiler.

Invasion française

Sept ans après l’invasion des terres algériennes par les troupes coloniales françaises, Constantine est envahie à son tour. Ahmed Bey résiste mais il est contraint de quitter sa cité pour trouver refuge dans des tribus amies. Il rejoint Menaa et trouve asile au sein de la zaouia des Beni Abbes. Sa famille est également à ses côtés ainsi que ses combattants. Cheikh Sidi Mohamed Ibn Sidi Ben Abbas qui lui offre l’hospitalité le fait soigner lorsque sa maladie empire. Les deux fils du bey, Mohamed et Mahmoud, y trouvent la mort, le premier à 13 ans et le second à 5 ans, ils sont enterrés aux côtés des cheikhs de la zaouia. Ahmed Bey demeure dans le village quelques années avant de repartir lorsqu’il ne s’y sent plus en sécurité.
Les troupes coloniales investissent la région à partir de 1844. A cette époque, le village de Menaa compte 150 maisons et quelque 1200 habitants. Malheureusement, ce sera dès lors le début d’une longue période d’instabilité puisqu’après la bataille des Zaâtchas en 1849, à laquelle prennent part toutes les tribus aurésiennes, des signes de désobéissance commencent à se manifester du côté de Nara. Après l’assassinat de deux membres de la famille du caïd Ben Abbès, le colonel Carbuccia fait déplacer sa colonne vers Nara où il ordonne d’incendier tout le village. Les villageois se défendent, des morts sont dénombrés dans les deux camps, c’est pourquoi, les Ouled Abdi, en signe de représailles décident de s’attaquer directement à leur caïd Mohamed Ben Abbès mais ce dernier parvient à échapper à une mort certaine, en se réfugiant à Marcouna, toujours dans la région de Batna.
Prétextant la hausse des impôts sur les palmiers Bouziane, l’ancien cheikh, sous l’Emir Abdelkader envoie des émissaires à travers toute la région des Aurès, afin de rallier des hommes au combat des Zaâtchas. Une quarantaine de volontaires de Nara se rend directement à Zaâtcha pour apporter son soutien.
Le 26 novembre 1849, l’assaut de Zaâtcha est donné. Le village est totalement rasé. Bouziane ainsi que les défenseurs qui lui avaient apporté leur soutien sont tous tués.
Nara se retrouve alors dans l’œil du cyclone dès le début de l’année 1850. Des renforts viennent des tribus des Beni Bouslimane, Ahmar Khaddou ou même des Touabas pour aider la population à faire face à cette colonne du 8e bataillon de chasseurs à pied qui est en marche contre le village. Dans leur stratégie de défense, ils misent sur la position escarpée du village et surtout sur la rudesse du climat en cette saison hivernale.
Les affrontements entre la population et les soldats français durent deux jours. Des pertes sont dénombrées dans les deux camps. Côté français, on annonce la mort de huit hommes dont deux officiers, tandis que du côté autochtone, une trentaine de martyrs sont déplorés. A cela s’ajoute la destruction totale des trois dechras qui constituaient le village de Nara. Les rescapés n’obtiendront que le droit, 20 ans plus tard, de reconstruire leur village mais pas sur le même emplacement.
En dépit d’une présence coloniale, Menaa retrouve une accalmie et une certaine aisance grâce à une prospérité économique procurée par une production fruitière abondante et une richesse animale (à l’époque, le village disposait de 87 bœufs et vaches, 174 moutons, 1740 chèvres, 28 chevaux et juments et 16 mulets).
En 1864, les Ouled Sidi Cheikh s’insurgent. La nouvelle parvient deux mois plus tard aux villageois de Nara, via une missive qui annonçait que «les colonnes françaises qui opéraient dans l’ouest avaient été détruites par un Chérif paru dans le Gharb (Ouest) et que l’insurrection devenue générale était triomphante», qu’ils «devaient donc se tenir prêts à l’heure de la délivrance». Revigorés par cette nouvelle, les habitants commencent à se rebeller contre les autorités coloniales. Suite à cela, Si Mohamed ben Sokhi et Ahmed ben Abdelah sont accusés de propagande à l’insurrection. Ils sont arrêtés, emprisonnés pendant deux mois et condamnés à une amende de 200 francs chacun.

Menaa, un village qui s’agrandit

Dans le souci d’asseoir encore un peu plus leur présence dans la région et faciliter ainsi leurs déplacements entre Batna et tous les villages environnants, le colonisateur entreprend la construction d’un réseau routier pour remplacer les pistes carrossables, la première entamée avant la Première Guerre mondiale. Le pont de Menaa est érigé en 1917, suivent ensuite d’autres constructions (école, hôtel, poste, habitations…)
En s’agrandissant, Menaa est, à partir du XIXe siècle, un douar – siège d’un caïd –, de la commune mixte de l’Aurès avec pour chef-lieu Arris.
En 1958, et suite à la création du département de Batna et de l’arrondissement d’Arris en 1956, le douar Menaa devient une commune de plein exercice.
A cette époque, la guerre d’Algérie bat déjà son plein et la région s’engage pleinement dans la lutte libératrice.

Hassina Amrouni

Sources :
-Divers documents
(*) Université Hadj Lakhdar de Batna, Département d’architecture, Analyse d’habitat individuel, zone semi-aride, Menaa (thèse), année 2014-2015 (https://fr.slideshare.net/madalinakarly/menaa)

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