L’année noire
Barberousse 1957

Par Fateh Adli
Publié le 30 déc 2019
Conséquence de la bataille d’Alger, 40 militants et fidayine ont été con damnés à mort et exécuté entre le 11 février et le 4 décembre 1957, à a prison Barberousse (rebaptisée à l’indépendance Serkadji) situées en haut de la Casbah, bastion de la guérilla algérienne contre l’occupation.

Comme dans tous les cas précédents, les condamnations ont été prononcées à la suite des parodies de procès devant un tribunal militaire. L’historien français Gilles Manceron raconte que ces 40 héros ont marché dignement jusqu’à la guillotine, accompagnés par des chants patriotiques comme Min Djibalina, les cris de « Tahya El Djazayer ! », « Vive l’Algérie libre ! » de l’ensemble des détenus de la prison. «Ces chants, ces slogans et les youyous des femmes détenues, repris par les youyous des femmes et les cris de tout le haut de la Casbah, ont résonné, avant la fin de la nuit, entre 3 heures et 4 heures du matin, dans une ville d’Alger qui s’éveillait à peine.»
Parmi ces détenues, elle-même condamnée à mort, il y avait la fidaïa Louisette Ighilahriz, encore en vie, qui témoigne de l’horreur, mais aussi de la grande émotion de ces moments vécus par les hommes exécutés en série. Plus poignant est le témoignage d’un autre survivant, Abdelkader Guerroudj, l’un des responsables de la branche armée du PCA, les Combattants de la libération : « On peut fusiller, dit-il, mais pas guillotiner. Parce que fusiller, c’est presque comme si vous étiez au combat. Quand on est fusillé on est debout, c’est une grande différence. La guillotine, c’est le mépris, la hogra, portés au premier degré. C’est un terme intraduisible en français. C’est quand un homme qui connaît sa puissance s’acharne contre un autre homme dont il connaît l’impuissance. Il faut comprendre : guillotiné, vous êtes sans défense. Vous n’êtes pas debout. »
Le recours massif à la guillotine avait commencé en juin 1956, quelques mois après le vote par le Parlement des « pouvoirs spéciaux » au gouvernement Guy Mollet, marquant ainsi le début de la politique de répression massive en Algérie. Evoquant la date de la première des exécutions à la guillotine, le 19 juin 1956, inaugurée par Ahmed Zabana, suivi le jour même par Ahmed Farradj, l’historien et militant anticolonialiste Pierre Vidal-Naquet parle de « date cruciale ». Cet historien ne s’explique pas comment le gouvernement dit socialiste avait facilement cédé à la demande des «ultras d’Algérie» qui exigeaient l’exécution des nationalistes arrêtés dans le sillage de la bataille d’Alger et condamnés à mort par la justice militaire.
Il faut rappeler que dès les premiers jours qui avaient suivi la « Journée des tomates » du 6 février qui avait mis aux prises Guy Mollet aux manifestations des ultras d’Alger et l’avaient obligé à nommer Robert Lacoste comme ministre résident en Algérie – nouvelle dénomination du Gouverneur général —, de folles rumeurs circulaient à Alger, relayées par une certaine presse colonialistes de mèche avec les ultras : « Plusieurs ministres, impressionnés par la campagne qui se développe à Alger, pousseraient le gouvernement à faire exécuter tout ou partie de la soixantaine d’insurgés faits prisonniers et condamnés à mort par les tribunaux militaires… Les ministres ont été l’objet d’une série de pressions, toutes orientées dans le même sens : “ Si vous n’exécutez pas les condamnés à mort, vous n’obtiendrez jamais le retour au calme des Français d’Algérie.” Ce point de vue a impressionné certains ministres. »
Un groupe de pression s’est vite constitué autour de Robert Lacoste, de Max Lejeune, secrétaire d’Etat aux Forces armées, chargé des Affaires algériennes, et de Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense nationale et des Forces armées. Il était en liaison directe avec les chefs de l’armée en Algérie et seront tout particulièrement proches du commandant en chef des armées en Algérie, nommé le 1er décembre 1956, Raoul Salan, le plus extrémiste d’entre tous. En quelques semaines, ces coalisés ont réussi à obtenir le soutien de Guy Mollet, chef du gouvernement et de son garde des Sceaux, François Mitterrand, pour la première série d’exécutions. Après le départ de Guy Mollet, le 21 mai 1957, son successeur, Maurice Bourgès-Maunoury, se montrera encore plus zélé en matière d’exécution des nationalistes algériens.
C’est ainsi que l’année 1957 fut la plus terrible pour les détenus algériens (torture, condamnation à mort, exécutions...). Le conseil des ministres va officiellement demander au président de la République, René Coty, de refuser d’accorder la grâce des condamnés. Théoriquement, c’est à lui que revenait ce droit, mais le rôle du garde des Sceaux et ministre de la Justice, qui est aussi le vice-président du Conseil supérieur de la magistrature chargé d’examiner les dossiers de recours en grâce, était prépondérant.
Au total, 222 militants algériens ont été guillotinés pendant la guerre de Libération nationale. Cette pratique durera jusqu’à l’été 1959, date à laquelle 80 militants ont été exécutés par fusillade. Cette procédure est plus valorisante pour les moudjahidine, parce que, pour une fois, ces hommes étaient reconnus comme des combattants. Les exécutions capitales se poursuivront tout de même jusqu’à octobre 1960, puisque 7 Algériens seront fusillés de juillet 1959 à octobre 1960. A partir de cette date, les condamnés à mort seront transférés en métropole. Plus de 1 500 d’entre eux seront libérés à l’indépendance.
Adel Fathi

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