Témoin des millénaires passés
Le château romain « Ksar el Kaoua »

Par Hassina AMROUNI
Publié le 19 déc 2018
A 12 km au nord d’Ammi Moussa, on peut admirer, en empruntant une route serpentant au milieu d’une nature verdoyante, le célèbre Ksar el Kaoua, un château datant du IIIe siècle après J.-C. et qui fait partie des vestiges hérités de la présence romaine dans la région.
Erigé dans ce qui était, à l’époque antique, une province de Mauritanie Césarienne, le ksar également désigné sous le nom de Ruines du Latifundium de Kaoua, jouit d’une position stratégique à plus d’un titre. En effet, les Romains ont jeté leur dévolu sur le sommet de cette crête pour y construire le Castellum car il offrait la possibilité de liaisons avec le camp militaire de la cité romaine Castellum Tinginitum (Chlef) dont il était proche mais aussi parce qu’il était le point de passage des caravanes romaines transportant le blé vers les côtes du nord, en provenance du plateau du Sersou, de la grande plaine du Cheliff et la grande plaine de Cheliff par la vallée basse de Oued Rhiou. Construit sous le règne de l’empereur Constantin Ier, à l’époque du Bas-Empire, Ksar el Kaoua était, dès lors, le point central de tout le système défensif mis en place par les Romains et formé par plusieurs autres châtelets comme ceux de Kebaba et Sedadja ou encore par des petits postes défensifs construits sur les points les plus hauts pour dominer Ksar el Koua et prévenir les attaques ennemies. Fouilles françaisesAprès le départ des Romains, chassés par les Vandales, le ksar résiste avec force au temps qui passe. A leur arrivée, les Français, découvrant les ruines de l’antique Castellum, comprennent très vite que le site choisi par les Romains n’était pas anodin. Aussi, entreprennent-ils d’y ériger, eux aussi, un fort militaire – Fort La Redoute – à partir duquel ils dominent toute la vallée de Oued Rhiou et protègent leurs intérêts dans toute la plaine du Chelif. Ils donnent aux pierres du Castellum une seconde vie, en les utilisant pour la construction du fort et des premières maisons d’Ammi Moussa. En 1859, près de deux décennies après leur occupation de la région, les Français décident de s’intéresser à ce vestige. Des fouilles sont alors entreprises par le capitaine Henri Marchand, officier du génie de l’armée française. Dans son rapport, cité dans le 16e numéro de l’Atlas archéologique de Stephane Gsell, il décrit le château ainsi : « L’entrée de l’enceinte est formée par deux pieds droits en arrière desquels est une première porte qui a 2m 50 de large deux chasses roues et une corniche unie font saillie. La seconde porte et une corniche unie et est toute semblable à la première avec quelques moulures, des corniches et deux pierres pour les tourillons des battants de la porte. Les deux portes latérales desservent un immense commun circulaire de 300 m de longueur sur une largeur de 8 à 11m qu’occupaient sans doute la garnison, les serviteurs et les esclaves. L’entrée du fort est une porte à peint cintre. Neuf de ses onze voussures sont ornementées ainsi que ses corniches. Six demi-colonnes relèvent cette entrée. La clef de la voûte contient dans un médaillon l’inscription citée plus haut. La porte d’entrée donne sous un vestibule, à sa droite étaient deux pièces servant d’écurie ou de ménagerie, avec mangeoires en pierre de taille encastrées dans les murs. Sous la cour qui est à ciel ouvert, il y a deux immenses citernes ayant chacune 6m 10 de longueur, 3m 70 de largeur sur 4 m de hauteur ».Une autre description de l’intérieur du Castellum – plus approfondie – est faite, durant la même période d’occupation française par le directeur de la 17e circonscription archéologique d’Oran : «Aussitôt après avoir passé la porte, nous remarquerons d’abord encore à notre gauche les escaliers assez bien conservés qui devaient conduire soit simplement à une plateforme située au-dessus de la grande porte d’entrée et servant de poste de surveillance soit au second étage que, d’après Marchand, comportait cette construction. On peut monter cet escalier, si on le désire ; il est encore en assez bon état pour cela. En laissant l’escalier à gauche, on arrive devant une grande porte voûte donnant accès à une petite pièce qui communique elle-même, également par une porte voûte, avec une pièce plus grande qu’elle commande, qui constituaient probablement le corps de garde.Si nous voulons maintenant avoir une vue d’ensemble de l’intérieur du Castellum, plaçons-nous sur les décombres situés à droite de l’arrière, la touffe de lentisque très apparente marque le point où la voûte de la citerne de droite a été crevée par la chute des colonnes. On aperçoit tout à fait à droite une partie du haut de la pointe voûtée qui donnait accès à la première écurie, puis, en tournant nos regards vers la gauche, nous découvrons le haut carré de la porte qui donnait sur l’entrée de la pièce où se trouvent les auges. Dans l’angle du couloir, on voit la gazelle de la chasse, puis, successivement les pièces de la face est et nord de l’habitation. En nous tournant un peu vers la droite, nous verrons toute la partie formant la face intérieure sud du Castellum. Tout à fait à droite, la porte voûte communique avec deux pièces que nous croyons être le corps de garde, puis successivement, en allant vers la gauche, la grande porte d’entrée, la petite fenêtre basse de la porte d’entrée de la première écurie et à sa gauche, perpendiculairement, le haut de la porte d’entrée de la petite écurie ; ensuite, toujours vers la gauche, le pan de mur portant la sculpture de la chasse.Si maintenant nous quittons l’intérieur du Castellum, nous trouvons, après avoir passé la grande porte voûtée qui servait d’entrée et en suivant la galerie qui conduit à l’extérieur, les portes latérales qui donnaient accès aux enceintes dont parle Marchand. On rencontre dans ces enceintes un grand nombre de briques et de tuiles qui attirent l’attention sur l’existence d’habitations qui devaient abriter les esclaves, les serviteurs et, probablement une partie de la garnison de la place ».Il faut savoir que durant les fouilles entreprises en 1859, le capitaine Marchand et ses hommes ont retrouvé des « os humains, des os d’éléphants ou d’animaux de grande espèce, la moitié d’un œuf d’autruche, des débris de poteries et un morceau de mosaïque commune sous l’arceau qui l’a préservé, une petite pièce de cuivre à effigie effacée ».Classé site archéologique en 1901 et monument national au journal officiel le 23 janvier 1968, des travaux de réaménagement ont été entrepris en 2015 en vue de valoriser le site et le protéger des diverses sources de déprédation. Des chercheurs, des universitaires du laboratoire d’archéologie et du patrimoine de l’Université Alger 2 ainsi que des étudiants des universités de Mascara, Chlef et Tlemcen, ont été associés à ce projet de réhabilitation du Castellum qui consiste à le nettoyer, à faire des aménagements externes, à consolider les murs menaçant ruine et à reconstruire les colonnes effondrées. . Hassina AmrouniSources :http://www.lechelif-dz.com/2017/04/19/ksar-el-kaoua/* Articles divers de la presse nationale
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