Le piège des accords d’Evian

Par Fateh Adli
Publié le 20 déc 2018
Les relations entre l’Algérie et la France n’ont jamais été normalisées, même lorsque la paix est totalement est revenue entre les deux pays, et même après la signature des fameux accords d’Evian portant sur la coopération. Ainsi, dès l’indépendance de l’Algérie, proclamée le 5 juillet en 1962, cette coopération se révéla être sans effet sur l’essor du pays, puisque la France n’a jamais prouvé sa volonté d’aider son ancienne colonie à s’affranchir de la dépendance économique et à créer les bases d’un Etat fort et souverain. Ce qui amène nombre d’historiens à s’interroger si ces accords ont été une étape décisive dans la décolonisation ou un tremplin pour un néo-colonialisme qui commençait déjà à se manifester un peu partout dans le monde.
Krim Belkacem à Evian, le 20 août 1960
Louis Joxe, chef de la délègation française et ministre d’Etat chargé des affaires algériennes, entouré de Robert Buron et de Jean de Broglie
La délégation algérienne aux accords d’Evian
Le fort Mers el-Kebir
Houari Boumediene inaugurant le premier navire construit à Mers El Kébir le 18 mars 1975

Exerçant un chantage flagrant, les autorités françaises ont dès le départ conditionné leur coopération avec l’Algérie indépendante dans les domaines socio-économiques, culturels et diplomatiques, par le maintien de leurs privilèges essentiellement économiques et militaires en Algérie. Ce qui n’était pas fait pour aider à l’assainissement des relations et un retour de la confiance entre les deux pays au sortir d’une guerre atroce qui avait duré sept ans et demi et laissé un pays en ruine et une population meurtrie. Et c’est ce qui a fait dire à certains acteurs algériens, dès cette époque, qu’à avec ces clauses imposées par la partie française, l’indépendance n’en pouvait être qu’incomplète, voire inaboutie.
Les Français voulaient assurer leurs intérêts, qui étaient immenses, en Algérie et qui consistaient notamment dans le maintien de leurs compagnies pétrolières activant déjà en Algérie, en plus de la poursuite de l’exploitation des hydrocarbures algériens, conformément aux législations en vigueur durant la période de l’occupation. Aussi, ces accords intégraient l’Algérie dans la zone du franc français, ce qui permettait tacitement à la France de contrôler les réserves du Trésor algérien. En somme, l’essentiel des leviers économiques algériens devaient dépendre des centres de décision français.
Dans le volet militaire, la France a exigé lors des accords d’Evian le maintien de sa base militaire installée à Mers El-Kébir, ainsi que la poursuite des essais nucléaires secrets dans le Sahara algérien. Ces clauses s’inscrivaient naturellement dans le cadre d’une stratégie globale de la France soucieuse de sa position de grande puissance et de ses intérêts vitaux dans le pourtour méditerranéen, face notamment à l’Union soviétique qui était déjà soupçonnée de lorgner sur l’Algérie indépendante.
Dans le domaine culturel, la préservation de la langue française en Algérie était perçue comme un gage d’avenir pour les Français, même si la contribution de la France dans le redémarrage de l’enseignement en Algérie à partir de 1962 est jugée bien en deçà des attentes. A ce propos, le Président Ahmed Ben Bella témoigne que le gouvernement français n’a consenti d’envoyer qu’un dixième du nombre d’enseignants demandés par Alger.
Les grandes contradictions induites par le début d’application des clauses contenues dans ces accords, ont très vite poussé l’Algérie, tour à tour, à les modifier, à les amender, puis enfin à les dépasser complètement, en paraphant de nouveaux accords de coopération, fondés sur le respect et les intérêts mutuels, loin de la politique d’hégémonie qu’inspiraient les accords d’Evian. Il faut dire que même le président français Valery Giscard d’Estaing (1974-1980) a reconnu, lors d’une conférence de presse qu’il a tenue dès la première année de son mandat, que ces accords n’avaient jamais constitué un cadre idéal pour la coopération algéro-française.
C’est ainsi que les deux parties se résolurent à les adapter aux nouvelles réalités, avant de s’en passer définitivement. Le premier accord, portant sur les hydrocarbures, a été signé en 1965, suivi de près par un deuxième relatif au commerce, aux finances et à la monnaie, en plus de la nationalisation des terres et des exploitations agricoles. En 1968, un accord important sur l’émigration sera paraphé entre les deux parties, et achèvera de rendre nulles toutes les anciennes clauses énoncées dans les accords d’Evian concernant ce volet important pour les Algériens. Cet accord coïncidait avec un acte de décolonisation historique : le départ des forces françaises de la base de Mers El-Kébir. L’année 1971 verra une décision tout aussi historique, la nationalisation des hydrocarbures, qui mettra un trait définitif à la dépendance économique de l’Algérie et, par ricochet, aux fameuses clauses astreignantes prévues dans les accords d’Evian.
Cela dit, au plan des relations strictement humaines, des milliers de pieds-noirs continuaient à vivre en Algérie, sans aucune contrainte. Les accords d’Evian prévoyaient que les Français qui choisiraient de rester en Algérie, après l’Indépendance, ont le droit de conserver leur nationalité durant trois ans, au-delà desquels ils seront soumis à la loi algérienne. Mais, c’est au niveau officiel que les gouvernements français successifs vont afficher des attitudes de plus en plus crispées vis-à-vis de l’Algérie, tout en refusant de reconnaitre « la guerre d’Algérie » et les crimes commis par l’armée coloniale durant la période d’occupation, au point de censurer tout débat et toute production cinématographique relatant ses événements avec plus ou moins d’objectivité.

Adel Fathi

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Il était l’un des conseillers du colonel Amirouche

Il y a 60 ans, Tahar Amirouchen tombait en martyr

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