Un haut fait d’armes
Bataille d’El Djorf à Tébessa

Par Hassina AMROUNI
Publié le 10 déc 2017
Moins d’un an après son déclenchement, la guerre d’Algérie connaissait son premier haut fait d’armes, à El Djorf, dans la wilaya de Tébessa.
Abbas Laghrour
Adjal Ladjoul
Bachir Chihani
Lazhar Cheriet à gauche
Photo rare prise en 1954. 1- Abbas Laghrour. 2- Mostefa Ben Boulaid.  3- Sidi Henni. 4- Mamoun Khald

Septembre 1955. Près d’un an après le déclenchement de la guerre de libération nationale, le FLN continue à chercher des soutiens auprès de la population afin de mener à bien sa mission libératrice.
Dans « Les tamiseurs de sable », Adjel Adjoul explique comment le choix s’est porté sur la région d’El Djorf à Tébessa pour y organiser une grande rencontre avec les notables de la région chaouie. En effet, c’est « une région accidentée encaissée entre d’immenses falaises verticales, truffée de grottes, de galeries souterraines et, de plus, coiffée de deux rochers géants » (1) et donc difficile d’accès pour l’ennemi.
Plus de 500 personnes prennent part à cette réunion dont pas moins de 300 moudjahidine, ainsi que plusieurs chefs dont Adjel Adjoul, Abbès Laghrour, Lazhar Cheriet, Sidi Henni et d’autres officiers de l’Armée de libération nationale. Un seul mot d’ordre à cette rencontre : convaincre la population de la justesse de la révolution et «démentir dans les faits la propagande française qui présente l’ALN comme une bande de desperados », explique encore Adjoul (2)
Lorsqu’il prononce son discours, Chihani parvient sans difficultés à rallier toute l’assistance à  la cause révolutionnaire. Mais si tout semble se dérouler comme prévu, Adjel Adjoul a tout de même un mauvais pressentiment. « « Franchement, je n’étais pas très chaud pour cette réunion de prestige. Je suspectais tout le monde. J’étais sûr que le 2e bureau avait infiltré ses éléments parmi les invités. A mon avis, c’était une erreur de mélanger civils et djounoud, mais Chihani avait décidé, nous n’avions qu’à obéir. » Et il aura raison puisqu’au petit matin, lorsque l’assistance est priée de se disperser, les premiers à sortir de la grotte reviennent très vite annoncer l’encerclement des lieux par les éléments de l’armée coloniale. Ces derniers sont, en effet, plus de 30 000 à avoir été déployés pour boucler tout le périmètre. Des traîtres venaient de donner la mèche, les doutes de Adjal Adjoul étaient fondés.
Pour les moudjahidine et leurs chefs, l’heure d’un nouvel affrontement a sonné. La bataille va durer plusieurs jours et les moudjahidine vont livrer un combat héroïque face à une armée coloniale en supériorité numérique et armée.

La bataille d’El Djorf évoquée 62 ans après

L’Université « Larbi Tebessi » et des moudjahidine se sont retrouvés en septembre dernier pour évoquer la bataille d’El Djorf, 62 ans après son déroulement.
A cette occasion, le Pr Farid Nasreddine, chef du département histoire et archéologie, rappellera que ce haut-fait d’arme qui s’est déroulé sur deux semaines entières « constitue la 3ème plus importante opération militaire dans toute la région 1 historique Aurès Nememcha ».
Baptisée « tactique de l’assaut montagneux », la stratégie de guerre adoptée par les moudjahidine durant cette bataille consistera à « utiliser les grottes et les rochers en attirant l’ennemi vers des sites où il lui sera difficile de tirer avantage de sa suprématie aérienne », ajoutera encore le même intervenant. Il relèvera, par ailleurs, que cette « manoeuvre a été accompagnée par une répartition judicieuse des djounoud en petits groupes et une utilisation optimale et rationnée des munitions et des provisions », indiquant encore « que la bataille avait coïncidé avec l’arrivée d’une caravane d’approvisionnement en armes et munitions introduite de Tunisie ainsi qu’avec la vaste opération militaire engagée par l’armée d’occupation française, de Oued Larab à Khenchela jusqu’aux piémonts des montagnes Nememcha sur les frontières algéro-tunisiennes, marquée par plusieurs batailles dont Ezzarka et Oum Lekmakem ».
Le Pr Farid Nasreddine notera que « la majorité des chefs de la Révolution de la région 1 historique dont Chihani Bachir, Abbas Laghrour, Adjel Adjoul, El Ouardi Guetal et Ferhi Saï ont pris part à cette bataille » dont « la cause directe de la bataille a été les rencontres ayant permis l’obtention de l’appui de la population et tenues à Ras Ettarfa près du mont El Djorf. Le premier engagement militaire a eu lieu le 21 septembre 1955 lorsque le groupe du chahid Mohamed Adjroud s’est opposé à une force de l’ennemi près de la région de Fertota ».
Pour rappel, quelques 300 moudjahidine participeront à cette bataille. L’armée française, elle, sera appuyée par une imposante artillerie et aviation. Si 120 martyrs tomberont durant les accrochages sanglants à El Djorf, des témoignages de moudjahidine avancent le chiffre de 400 morts, trois avions abattus et d’autres pertes aussi considérables du côté ennemi. D’autres témoins parlent de 700 morts et plus de 300 blessés.

Hassina Amrouni
 
Sources
www.aps.dz
(1) et (2) « Les tamiseurs de sable Aurès-Nememcha 1954-1959 » de Mohamed Larbi Madaci, éd. Anep, Alger 2001
* Articles de la presse nationale